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Mutation des virus et gestion des pandémies - l'exemples du virus A (H1N1)

 

C - LA MISE EN PLACE DE LA VACCINATION

1. Une circulaire la met en place

Cette circulaire conjointe du ministère de l'intérieur, de l'Outre-Mer et des collectivités territoriales, et du ministère de la Santé et des sports du 21 août 2009 met en place une « planification logistique d'une campagne de vaccination contre le nouveau virus A(H1N1) ». Adressée aux préfets, elle a pour but de préparer « une grande campagne de vaccination », sur quatre mois. Cette campagne n'a pas vocation à se renouveler l'an prochain.

Rappelant les contraintes liées à la nécessité d'une traçabilité individuelle, au caractère progressif des livraisons et aux volumes de données à traiter, elle dispose que chaque préfet établira un plan départemental de vaccination, et déterminera un minimum de trois sites de vaccination spécialement créés pour l'occasion, notamment dans des gymnases ou des salles polyvalentes, en étroite relation avec les collectivités territoriales.

Elle prévoit la vaccination des élèves par des équipes mobiles dans les établissements scolaires. Elle fixe la composition des équipes de vaccination. L'équipe type comprend des personnels administratifs ou techniques, des personnels soignants travaillant sous la responsabilité d'un professionnel de santé de plein exercice, des paramédicaux de plein exercice, et des médecins ou internes en médecine, soit au total de 15 personnes. Cette équipe type prendra en charge sur une durée de quatre heures, 360 personnes, à raison de 3 agents vaccinateurs par équipe et de 30 injections par heure et par agent vaccinateur.

Elle précise que le poste de vaccination est composé de trois agents :

- un agent chargé de la préparation de la vaccination, assurant la reconstitution du vaccin et le remplissage des seringues équipées d'aiguilles serties (personnel soignant) ;

- d'un agent vaccinateur (personnel soignant) ;

- d'un agent chargé de la traçabilité (personnel administratif).

Elle détermine les profils des personnels composant les équipes de vaccination. Elle prévoit la recherche en priorité de volontaires, mais aussi une réquisition « qui apportera, le moment venu, le formalisme nécessaire à la couverture et à la rémunération et, le cas échéant, sera l'instrument d'une mobilisation complémentaire ».

2. Des choix annoncés et assumés

Les ministres concernés présentent régulièrement leur politique et défendent les choix qui ont été faits.

a) Dans un contexte de pénurie, seront d'abord vaccinées les personnes considérées comme prioritaires

Ce choix se retrouve dans les autres pays.

Le 24 septembre 2009, le Premier Ministre et la ministre de la Santé ont annoncé dans quel ordre de priorité il serait possible de se faire vacciner lorsque les autorisations de mise sur le marché auront été délivrées. La liste ci-dessous reprend les recommandations du Haut Conseil de Santé Publique.

PERSONNES INVITÉES À SE FAIRE VACCINER PAR ORDRE DE PRIORITÉ

- Personnels de santé de réanimation néonatale et pédiatrique

- Personnels médical, paramédical et aide-soignant des établissements de santé ainsi que médecins et infirmiers du secteur ambulatoire exposés à des patients grippés ou en contact avec des patients porteurs de facteurs de risque

- Femmes enceintes (à partir du 2è trimestre)

- - Entourage des nourrissons de moins de 6 mois (famille et personnes assurant la garde de ces nourrissons)

- Professionnels chargés de l'accueil de la petite enfance (jusqu'à 3 ans)

- Nourrissons âgés de 6 à 23 mois révolus avec des facteurs de risque (atteints de pathologies chroniques sévères)

- Sujets âgés de 2 à 64 ans avec facteurs de risque

- Autres professionnels de santé, professionnels de secours et transporteurs sanitaires

- Nourrissons de 6 à 23 mois révolus sans facteur de risque

- Personnels d'accueil des pharmacies

- Personnels des établissements médico-sociaux

- Plus de 65 ans avec facteurs de risque

- 2 à 18 ans sans facteur de risque

- Plus de 18 ans sans facteur de risque

Cette liste paraît rationnelle lorsqu'elle est annoncée. On s'apercevra par la suite qu'elle n'était pas suffisamment détaillée et qu'elle n'incluait pas des catégories de population particulièrement sensibles aux infections respiratoires aigues.

Jusque début janvier, il fallait donc prouver que l'on appartenait à l'une de ces catégories pour être vacciné, en montrant le bon de vaccination que tout citoyen devait recevoir de sa caisse de sécurité sociale. Très souvent, ces bons sont parvenus chez les Français au moment où la ministre de la Santé annonçait qu'ils n'étaient plus nécessaires.

Courant décembre, certaines personnes pouvaient néanmoins être vaccinées sans bon, selon l'appréciation du responsable du centre de vaccination, variable selon les lieux, mais leur nombre fut très faible.

b) La vaccination ne sera pas obligatoire

C'est une annonce du Premier Ministre qui précise qu'elle sera proposée à tout Français souhaitant se faire vacciner. La campagne de vaccination se fera au fur et à mesure de l'arrivée des vaccins. Le gouvernement a décidé qu'il n'y aurait aucune avance de frais, le tiers payant étant intégral.

c) La vaccination ne sera faite que dans des centres dédiés

Il en résulte que les praticiens libéraux ne pourront pas vacciner dans leurs cabinets. Les autorités sanitaires expliquent ce choix en invoquant les phénomènes de contagion dans les salles d'attente et les difficultés matérielles de la vaccination à partir du moment où les vaccins sont conditionnés en dix doses. Elles ajoutent par ailleurs que la vaccination en centre dédié permettra de vacciner plus rapidement davantage de personnes.

Cette décision, propre à notre pays, va être source de grandes rancoeurs chez les professions médicales, et entraînera des réactions défavorables de leur part. Les arguments entendus pour justifier ce choix (problème de chaîne du froid, garantie de traçabilité) ont accru leur désapprobation.

Elle entraînera de fortes réticences à la vaccination chez le personnel médical, qui auront un impact certain sur la population, tout aussi réticente, pendant de nombreuses semaines, jusqu'à l'annonce de la mutation du virus en Norvège. Cette « période de grâce » sera cependant courte et fin janvier, il n'y avait que moins de six millions de Français vaccinés. Ce chiffre confirme une tendance lourde puisque, fin octobre, seuls 17 % des Français étaient disposés à se faire vacciner, selon un sondage IFOP du 24-25 octobre 2009.

L'analyse des sondages et des déclarations des syndicats est particulièrement révélatrice.

Pour M. Thierry Amouroux, Secrétaire Général du Syndicat National des Professionnels infirmiers, « injecter 94 millions de doses d'un produit sur lequel nous n'avons aucun recul peut poser un problème de santé publique, et il est de notre devoir d'infirmières d'informer correctement la population, pour que chacun prenne sa décision en toute connaissance de cause, par un consentement libre et éclairé, et non par une campagne de publicité et des discours alarmistes ».

Le syndicat des infirmières, pour sa part, a fait part de son scepticisme et relève qu'une vaccination massive contre un virus grippal relativement bénin, présente des risques, du fait d'un vaccin développé trop rapidement, et d'un adjuvant susceptible de déclencher des maladies auto-immunes.