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L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome I : rapport)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome I : rapport) ( rapport d'information )

F. TROUVER L'UNITÉ ENTRE LES POLITIQUES DE L'HABITAT ET CELLES DE L'ACCOMPAGNEMENT SOCIAL

1. Le quartier est perçu comme le lieu de tous les dangers 

Rien n'est normal sur le territoire, sur la place : on y trafique, on y fait de mauvaises rencontres.

MARSEILLE

« Les habitants suréquipent leurs logements pour que les jeunes n'aillent pas dans la rue, perçue comme le lieu de tous les dangers ».

« A 12 ans, le jeune est guetteur, à 13-14, il vend, et il est chef de réseau à 16. Il a ainsi une « perspective de carrière ».

Les différentes politiques publiques doivent être mises en oeuvre pour assurer une vie « normale », banale et harmonieuse sur ces territoires.

2. La poursuite, l'accélération et l'amplification des rénovations urbaines sont des priorités

Parce que la ville historique a été construite plusieurs fois sur elle-même, il n'est pas anormal qu'il faille ainsi fortement investir dans les quartiers sensibles. Il s'agit en fait de construire « de la ville normale » à partir de constructions finalement récentes qui ont mal vieilli ou qui n'avaient pas été correctement positionnées à l'origine faute de comprendre l'évolution sociale, démographique ou humaine de ces territoires. Ces projets sont généralement conduits avec volontarisme, assurant un bon « rendement » à l'argent investi en termes d'intérêt général.

Mais la maîtrise d'ouvrage est très complexe dans une opération réunissant une pluralité d'acteurs, il faut donc faire vivre la « foi » dans la capacité collective à transformer le site, et conduire les transformations dans un temps compact. C'est l'enjeu de la visibilité pour des populations qui ont été souvent bercées de promesses non tenues.

Les quartiers rénovés méritent d'être particulièrement entretenus, dans des secteurs ou le peuplement par mètre carré est bien supérieur à la moyenne nationale. Certains quartiers n'ont pas été traités dans les plans adoptés à ce jour. La complexité conduit à une lenteur dans la réalisation des projets et elle justifie une nouvelle tranche de rénovation urbaine. L'effort ne doit donc pas être relâché, car la dynamique positive et la crédibilité ont été acquises grâce aux premières réalisations.

3. Une politique de la ville plus globale et mieux coordonnée est indispensable

Depuis 2003, les opérations ont été focalisées sur le bâti. L'enjeu serait aujourd'hui de passer à une seconde phase, à travers un PNRU 2 qui conduirait à une politique de la ville plus globale. La plupart des critiques formulées à l'encontre de l'ANRU ont porté sur l'absence d'investissement dans le domaine social - le budget de l'ACSE étant souvent jugé ridicule par rapport à celui de l'ANRU. En outre, les rénovations apparaissent devoir être répétées dans le temps pour faire face à de nouvelles dégradations, sans changement sur le fond.

L'emploi ne saurait être créé par décision gouvernementale. En revanche, un des enjeux pour la politique de rénovation urbaine, dans sa seconde phase, pourrait être celui de l'éducation. Au-delà du bâti et de l'emploi, l'éducation pourrait constituer une clé de voûte, avec une réelle capacité à mobiliser la puissance publique.

Le politique de la ville mobilise de très nombreux acteurs sans que la coordination, locale ou nationale, soit à la mesure de l'enjeu.

Au plan local, la coordination laissée à l'initiative des différents acteurs est laborieuse. Ceux-ci y consacrent un temps excessif, pour chaque projet, afin de cerner et de positionner l'action de chacun.

MARSEILLE (collège Elsa Triolet)

« Il faut inscrire la coordination dans l'agenda de chacun, en particulier des enseignants »

« La coordination ? On en fait un peu, mais de manière peu pérenne. Car nous sommes englués dans la mécanique des contrats précaires. »

La situation est complexe, un « chef de file » est indispensable : ce peut être le Maire, certains proposent l'Etat. Le chef de file organisera en cohérence les différents comités de pilotage et techniques, quelques soient les financeurs ou maîtres d'ouvrage, ANRU, CCUS, CLS, MOUS, etc.

Au plan de l'Etat, la politique de la ville doit s'inscrire dans l'action de l'ensemble des ministères car elle doit être présente dans toutes les politiques publiques : Urbanisme, Logement, Education nationale, Intérieur, Aménagement du territoire, Transports, Affaires sociales, Emploi, Collectivités locales etc.

C'est pourquoi il conviendrait que le Secrétariat général du Comité interministériel des villes soit géographiquement localisé au centre du dispositif de l'Etat et placé sous l'autorité directe du Premier Ministre.