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L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome I : rapport)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome I : rapport) ( rapport d'information )

II. DEMAIN, QUEL AVENIR POUR LES ANNÉES COLLÈGE ?

La construction de scénarios de prospective suppose l'analyse des facteurs déterminants de la vie des collégiens dans les quartiers sensibles.

Entre 2007 et 2009, une dizaine d'études de prospective sur les quartiers sensibles de plusieurs agglomérations ont été menées par des équipes locales animées par l'organisme « Futuribles », à la suite d'un appel à projet de la Délégation interministérielle à la ville (aujourd'hui SG CIV). Ces études ont donné lieu à des rapports qui tracent différents scénarios sur le devenir de ces quartiers22(*).

Dans le cadre du présent rapport, il a semblé utile de s'appuyer sur ces travaux pour esquisser une synthèse des différents scénarios sur le devenir de ces quartiers. Des exemples sont donnés qui sont, pour la plupart, issus des études de prospective déjà mentionnées. Quatre d'entre elles sont particulièrement sollicitées, puisqu'on s'est cantonné ici à ceux de ces quartiers qui font l'objet d'un programme de rénovation urbaine.

Ce travail est complété par des extraits des comptes-rendus des déplacements effectués par votre rapporteur sur le terrain afin de restituer la force des témoignages recueillis lors des visites de quartiers à Clichy-Montfermeil, Marseille, Roubaix et dans le pays de Montbéliard (Bethoncourt, Valentigney).

Plusieurs hypothèses sont ensuite proposées sur chacune des variables afin d'aboutir aux différents scenarii prospectifs à quinze ans.

A. LES VARIABLES CLÉS POUR DESSINER L'AVENIR DES COLLÉGIENS EN QUARTIERS SENSIBLES

1. Les facteurs liés à la population 

Le volume de population des quartiers sensibles est extrêmement variable. Aussi n'est-il pas nécessaire de s'y attarder ici, si ce n'est pour remarquer que la situation est évidemment différente selon que l'on se situe dans un quartier de 3 000 ou de 25 000 habitants.

La population globale des quartiers en zone urbaine sensible a tendance à légèrement décroître au niveau français. Cette décrue peut être très sensible sur certains sites.

Pour autant, les quartiers sensibles sont marqués par la jeunesse de leur population même s'ils subissent aussi la tendance générale au vieillissement de la population. Celle-ci est plus ou moins marquée selon les sites. L'accompagnement de ce vieillissement pose des problèmes d'adaptation des logements. Le vieillissement d'une partie de la population dans des quartiers demeurant néanmoins très marqués par la présence de familles, peut compliquer les relations de voisinage.

Exemples :

SEVRAN (Seine-Saint-Denis)23(*)

La population du quartier de Montceleaux Pont Blanc à Sevran semble avoir baissé de plus de 11 % entre 1999 et 2006.

RENNES

La population de tous les quartiers ZUS de Rennes a baissé entre 1990 et 2006. La ZUS du Blosne qui représentait 6 % de la population de la ville de Rennes, en représente 4,5 % en 2006. Les moins de 20 ans ont diminué de 26 % entre 1990 et 1999, les plus de 60 ans ont augmenté de plus de 50 %.

CALAIS

Le quartier du Beau Marais à Calais voit sa population baisser de 7,7 % entre 1999 et 2005, mais 48 % des habitants du Beau Marais ont moins de 25 ans, contre 37 % à Calais et 33 % en Nord Pas de Calais. Hérouville Saint-Clair est une commune jeune : 29 % de la population a moins de 20 ans en 2006. Mais si la commune ne comptait que 7 % de plus de 60 ans en 1990, elle en compte 14 % en 2006. La tendance au vieillissement pourrait s'accentuer.

a) La structure par âge

Les quartiers sensibles sont à la fois marqués par la jeunesse de leur population, par l'importance des grandes familles et par le vieillissement général de la population. Quelle adaptation des logements et de la vie de quartier à cette réalité ?

CLICHY-MONTFERMEIL

Le quartier des Bosquets représente 3 % du territoire de la ville de Montfermeil mais plus de 20 % de ses habitants (6 000/27 000 habitants). 40 % des jeunes de Montfermeil y vivent.

Par rapport à la proportion de jeunes qui y vivent, qui est très élevée, Clichy et Montfermeil disposent d'équipements insuffisants. Il en résulte un certain désoeuvrement des jeunes, pour des raisons géographiques, culturelles et financières. Clichy-Montfermeil ne dispose par exemple ni d'une piscine ni d'un cinéma.

« Il y a un désoeuvrement pour des raisons géographiques, culturelles et de coût »

ROUBAIX (quartier des Trois-Ponts)

Il faut éviter l'amalgame entre oisiveté et délinquance. De nombreux jeunes sont dans la rue sans pourtant être des délinquants. Il y a un manque d'activités disponibles pour ces jeunes.

VALENTIGNEY (acteurs ville)

Le quartier difficile est le quartier de la jeunesse, même si la population diminue et si elle tend à vieillir. C'est dans ce quartier que vivent 42 % des jeunes de la ville.

LA POPULATION

Hypothèses prospectives

1. Pas de renouvellement de population : baisse de population et vieillissement sur place. Un taux de personnes âgées dans les zones urbaines sensibles identique au reste du territoire ;

2. Stabilité démographique et vieillissement atténué : vieillissement sur place + rotation des familles ;

3. Population stable ou croissante du fait de la présence de nombreuses familles (quartiers de jeunes).

b) La taille des ménages

Les quartiers sensibles accueillent de grandes familles et aussi de nombreuses familles monoparentales. La tendance à l'isolement se développe plus encore qu'ailleurs, et l'ensemble est très déterminé par la forme des logements et par leur évolution à l'occasion de rénovations.

CLICHY-MONTFERMEIL (collège Romain Rolland)

« La structure familiale repose énormément sur les femmes ».

Lors de la table ronde au collège Romain Rolland de Clichy-Montfermeil, le délitement des structures familiales a été souligné. Les familles sont de plus en plus souvent monoparentales. Les enfants sont seuls, sans repères, lorsque leurs mères partent travailler. Les pères paraissent absents. Ils sont souvent décédés, âgés ou handicapés. Aujourd'hui, la structure familiale repose beaucoup sur les femmes. Elle repose également sur un cadre éclaté : des « oncles » dont on ne connaît pas exactement la relation à l'enfant, des « grands frères » qui prennent en charge leurs cadets.

« Le petit garçon, à trois ans, c'est un roi »

MARSEILLE (collège Elsa Triolet)

Avec un taux de 35 % de familles monoparentales, on observe de graves détériorations des structures psychiques et familiales et une aggravation de la souffrance psychique des jeunes.

c) La proportion de la population étrangère

Les ZUS, au niveau national, sont marquées par la forte proportion de population étrangère. Ce sont également des quartiers où la part de la population immigrée ou d'origine immigrée (difficile à estimer statistiquement) est plus forte qu'ailleurs. Ce phénomène est particulièrement marqué en Ile-de-France (on y dénombrait en 1999 21,6 % d'étrangers dans les ZUS contre 11,6 % dans l'ensemble de la région).

Cette concentration qui peut être expliquée par la nature des flux d'immigration (migrations familiales) peut entraîner dans certains quartiers difficiles des relations conflictuelles entre communautés.

Estimer la part de la population étrangère dans les quartiers sensibles de demain dépend du volume de l'immigration et des choix (souvent contraints) d'installation de ces nouveaux arrivants. Quels sont les choix, volontaires ou contraints, des nouveaux arrivants ? On pourra se demander si ce facteur est pertinent ou s'il ne faudrait pas remonter à un facteur source auquel il est fortement corrélé : celui de la pauvreté.

Exemples :

SEVRAN

Dans le quartier des Beaudottes à Sevran, un des bailleurs sociaux recense sur une centaine de logements, 23 nationalités différentes et 60 % de locataires de nationalité étrangère.

CLICHY-MONTFERMEIL

La population est marquée par une grande instabilité, notamment à Clichy-sous-Bois. Elle se renouvelle à hauteur d'environ 30 % chaque année. Les nouveaux immigrants arrivés à Roissy s'installent à Clichy-Montfermeil et en repartent dès que leur situation s'améliore. L'étude sur Clichy/Montfermeil de l'Institut Montaigne dirigée par Gilles Kepel en coopération avec Leyla Arslan s'est d'ailleurs déroulée en 5 langues (français, arabe, turc, cambodgien, soninké et peulh).

CLICHY-MONTFERMEIL (collège Romain Rolland)

Les populations sont inégales dans leur capacité à se projeter dans l'avenir ; les jeunes d'origine turque sont davantage en difficulté que les autres de ce point de vue. Les mères ne parlent souvent pas le Français et vivent « en circuit fermé ».

Une enseignante du collège Romain Rolland note que les élèves ont des difficultés à structurer leur pensée et à communiquer, y compris dans certains cas au sein de leur propre famille. Dans un cas, par exemple, il a fallu un interprète pour permettre à une mère turque de communiquer avec son enfant francophone.

MARSEILLE (collège Elsa Triolet)

Le problème fondamental est celui de l'absence de maîtrise de la langue française chez les élèves. On assiste dans l'école à la confrontation de différents codes de langage - notamment au regard de la culture -, qui ne sont pas nécessairement partagés, ni par les enfants, ni par les parents.

MARSEILLE (GIP ville)

30 % des enfants rentrent au Collège Versailles sans les fondamentaux nécessaires à la poursuite des études au collège. Beaucoup sont des primo-arrivants pour lesquels le problème ne se pose pas forcément pour l'apprentissage de la langue française, mais sur le dépaysement. En effet, ce qui semble faire la différence n'est pas tant le facteur de catégorie sociale distinct, mais le fait ou non de la scolarisation auparavant de l'enfant.

BETHONCOURT (collège Anatole France)

La situation est encore plus lourde pour la classe des seize primo-arrivants qui appartiennent à neuf nationalités différentes : Algérie, Maroc, Tunisie, Turquie, Mongolie, Roumanie, Kosovo, Russie, Mauritanie.

Il y a vingt ans, il y avait chez les jeunes une volonté de s'intégrer. C'est moins le cas maintenant. On constate aussi une régression dans l'intégration, en particulier du côté des filles chez qui on sent une forme de repli communautaire en particulier du fait des mariages précoces. Contrairement à leurs aînées, elles ne se rebellent plus contre les traditions.

ROUBAIX (collège Albert Samain)

Dans ce collège du nord de la France, un très grand nombre d'élèves sont placés au sein des classes de primo-arrivants (plus de 50 élèves en CLA). La plupart sont issus de communautés Roms et se mélangent peu avec leurs camarades.

POPULATION D'ORIGINE ÉTRANGÈRE

Hypothèses prospectives

1. Augmentation des migrations et spécialisation des quartiers dans l'accueil des étrangers ;

2. Augmentation des migrations et endogamie résidentielle limitée par les politiques (notamment dans les attributions de logements sociaux) ;

3. Baisse des migrations et concentration dans les quartiers sensibles ;

4. Baisse des migrations et politiques de mixité sociale (notamment dans les attributions de logements sociaux).

d) Les revenus des ménages

Les revenus sont faibles et le taux d'activité parfois dramatiquement bas. Le travail, quand il est présent, est trop souvent à temps partiel et fractionné, et donc déstructurant pour la vie familiale.

Les ZUS se caractérisent au niveau national par la faiblesse des revenus des ménages et par la part importante des revenus de transfert (chômage compris). Le revenu fiscal moyen des ménages résidant en ZUS s'élevait en 2006 à 63 % de celui des unités urbaines ayant une ZUS. Ce taux peut être inférieur à 60 % dans certaines ZUS particulièrement défavorisées. Ces écarts n'ont pratiquement pas changé depuis 2002. 33 % des habitants en ZUS vivent en-dessous du seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 908 euros par mois (12 % dans le reste du territoire).

Les évolutions des revenus sont diverses selon les quartiers : quand on rapporte le revenu des ZUS à celui de leur unité urbaine, les ZUS se partagent quasi équitablement entre celles ayant connu une progression et celles ayant connu un recul sur la période 2002-2006. 9 % des ZUS ont connu une progression supérieure à 10 %, tandis que 5 % d'entre elles ont connu une diminution supérieure à 10 %. Les évolutions des revenus dépendent pour une large part des perspectives des revenus de transferts (pensions, minima sociaux, allocations) et des taux d'emploi dans les quartiers.

Exemples :

RENNES

Dans le quartier du Blosne à Rennes, la part des allocataires CAF dont les revenus sont constitués à plus de 50 % de prestations est en augmentation constante depuis 2001.

CLICHY-MONTFERMEIL

La population est très pauvre. 62 % de la population du PRU vit des allocations familiales. Si ce chiffre peut paraitre faible, il faut avoir en tête qu'il ne prend en compte que les populations légales.

CLICHY-MONTFERMEIL (collège Romain Rolland)

« Depuis quelques années les habitants de Clichy subissent une misère et un enfermement terribles ».

Les familles qui vont mieux quittent Clichy-sous-Bois. L'assouplissement de la carte scolaire entraîne un phénomène de fuite. Les bons élèves choisissent des lycées éloignés (Albert Schweitzer au Raincy ; André Boulloche à Livry-Gargan). Inversement, les familles qui arrivent à Clichy-sous-Bois sont souvent en très grande difficulté. Dans certains quartiers, deux tiers des classes seulement sont renouvelés d'une année sur l'autre. Les nouveaux arrivants sont plus pauvres que les partants.

La commune s'est appauvrie, notamment au cours de la dernière décennie. Autrefois, les pères travaillaient chez Citroën, les mères arrondissaient les fins de mois par de petits travaux de confection. La ville était avant tout une cité ouvrière. Aujourd'hui, les familles majoritairement d'origine africaine qui vivent à Clichy subissent une misère et un enfermement terribles.

CLICHY-MONTFERMEIL (collège Jean Jaurès)

Sur les 600 collégiens, 350 sont issus de milieux pauvres et très pauvres. Le fonds social, financé par la ville, le conseil général, le conseil régional et l'académie, mais doté dans le collège seulement de 3 800 euros par an, peine à les aider avec environ 12 euros par élève, ne serait-ce que pour leur donner les moyens de circuler en dehors de leur cité. C'est donc la chasse permanente aux subventions et à l'aide des entreprises.

MARSEILLE (collège Jean Moulin)

90 % des parents d'élèves appartiennent à une catégorie socioprofessionnelle « très défavorisée » (chômeur ou sans activité). « Si on rajoute les problèmes socio-économiques, le sac à dos est bien rempli ».

MARSEILLE (collège Henri Wallon)

On observe que de plus en plus d'enfants sont en très grande difficulté dès l'école maternelle. L'école a malheureusement peu de prise sur ce phénomène. La très grande précarité des familles et le déclin de la fonction paternelle sont des facteurs explicatifs de cette tendance lourde.

ROUBAIX (quartier des trois-ponts)

« L'école devient pour eux secondaire par rapport à d'autres problèmes ».

VALENTIGNEY (acteurs ville)

La rénovation urbaine, qui renchérit le coût du logement, a malheureusement aussi comme conséquence la montée du surendettement des familles modestes.

VALENTIGNEY (COLLÈGE LES BRUYÈRES)

La rénovation contribue à une plus forte paupérisation des populations et un renforcement de la concentration ethnique.

LE REVENU DES MÉNAGES

Hypothèses prospectives

1. Croissance de la part des revenus du travail et baisse des revenus de transfert dans un contexte de croissance économique de l'agglomération ;

2. Croissance de la part des revenus de transfert et baisse de ceux-ci (sous l'effet de politiques nationales) ;

3. Croissance de la part des revenus de transfert et stabilité de ceux-ci ;

4. Statu quo.

e) L'accès à l'emploi

Le taux de chômage en ZUS est passé au niveau national de 17,2 % en 2003 à 16,9 % en 2008, et à 18,6 % en 2009 (ce dernier chiffre étant largement dû à la crise économique).

Le chômage touche particulièrement les jeunes hommes : les hommes de 15 à 24 ans ont vu leur taux de chômage augmenter de plus de 10 points entre 2007 et 2009 (de 31,4 % à 43 %). Les jeunes de ZUS ont deux fois plus de chances d'être au chômage que les jeunes hors ZUS. Ajoutons que ces chiffres portent sur la population active, à savoir moins de 40 % de la population puisque le taux d'inactivité des hommes en ZUS tourne autour de 60 % depuis 2003 et que celui des femmes est encore plus faible.

Si les plus basses qualifications (sans diplôme) se raréfient dans les ZUS, les qualifications qui augmentent en ZUS sont de niveau plus faible que celles qui augmentent dans les autres quartiers. Les emplois proposés ne correspondent souvent pas aux qualifications des habitants.

L'accès à l'emploi des habitants des ZUS est par ailleurs compliqué par les discriminations (liées à l'origine et au lieu de résidence), et par leur accès aux offres d'emploi essentiellement par Pôle emploi par qui ne transitent qu'une part des offres (moins de la moitié selon les estimations). A ces difficultés s'ajoutent les contraintes qui pèsent sur la mobilité des habitants de ZUS (le taux de possession d'une voiture y est faible).

Exemples :

SEVRAN

A la fin du XIXème siècle la société Westinghouse s'installe à Sevran avec son lot d'emplois ouvriers. Puis dans la première moitié du XXème siècle, l'implantation de la société Kodak et de la poudrerie font de Sevran une ville ouvrière importante avec 50 % d'emplois dans le secteur industriel (contre 36 % pour la Seine Saint-Denis).

A partir des années 1980, le phénomène de désindustrialisation conduit les trois employeurs majeurs de la ville (la Poudrerie, Kodak et Westinghouse) à quitter le territoire. La création de la zone d'activité Bernard Vergnaud à la fin des années 70 ne compense pas la perte des emplois industriels pour la ville. Pas plus que l'arrivée dans la même période du Centre Commercial Beausevran.

La ville perd entre 1980 et 1995 environ 6 000 emplois alors que la zone d'activité et le centre commercial n'amènent dans le même temps que 1 500 emplois. De plus, dans la même période, la population de Sevran augmente de 37,5 % et celle du bassin d'emploi de 24 %.

Parallèlement à la désindustrialisation de Sevran s'installent sur le bassin d'emploi la zone d'activité de Paris-Nord 2 sur 385 hectares (1970), l'aéroport Charles de Gaulle à Roissy (1974) qui s'étend à 4 reprises (entre 1982 et 1999), le parc des expositions de Villepinte (1981) avec 20 ha accueillant jusqu'à 450 salons par an. Cependant les emplois créés sur ce bassin d'emploi ne profitent pas aux Sevranais. En effet alors qu'on compte 34 221 habitants en 1975 pour 9 175 emplois, soit 1 emploi pour moins de 4 habitants qui peut être estimé à un emploi pour moins de 2 actifs, en 1999 on ne dénombre que 7 633 emplois sur la ville pour 47 049 habitants, soit 1 emploi pour plus de 6 habitants ou 1 emploi pour 3 actifs.

RENNES

Dans le quartier du Blosne, à Rennes, le chômage a diminué entre 2000 et 2008. Le nombre de demandeurs d'emploi a baissé de 31 % entre 2002 et 2008. Le taux d'activité y est plus important que dans la moyenne des ZUS, et plus fort que dans la ville de Rennes. Les habitants du Blosne sont sur des contrats plus précaires que dans la ville de Rennes : 80 % des emplois sont des emplois stables, contre 85 % sur la zone d'emploi. Le taux d'accès à la fonction publique y est également inférieur à celui de la ville de Rennes (20 et 26 %). 23 % des demandeurs d'emploi du Blosne sont des étrangers en 2008, contre 12 % à Rennes.

MARSEILLE (collège Elsa Triolet)

38 % des habitants vivent de prestations sociales. La précarité est de plus en plus forte dans les familles. En raison du chômage, il est très difficile pour les jeunes de projeter leur avenir dans l'emploi.

MARSEILLE (collège Jean Moulin)

Le handicap des jeunes scolarisés en SEGPA n'est pas purement scolaire mais aussi social et en relation avec leur lieu de vie, dans des quartiers à l'abandon. Depuis 30 ans, de plus en plus de parents sont sans activité, avec comme conséquence concrète que les jeunes sont les seuls à se lever tôt le matin chez eux.

ROUBAIX (collège Albert Samain)

« Le taux de chômage s'établit à 24 % à Roubaix : les habitants n'ont pas les qualifications nécessaire pour occuper les emplois pourtant présents dans la Ville ».

ROUBAIX (quartier des Trois-Ponts)

50 % de la population a moins de 25 ans, avec un taux de chômage d'environ 45 % et un taux de difficulté d'accès à l'emploi de 30 %.

L'ACCÈS À L'EMPLOI

Hypothèses prospectives

1. Chômage massif et développement de l'économie souterraine ;

2. Statu quo : chômage important et emplois précaires ;

3. Accès plus large à l'emploi grâce à des offres d'emploi adaptées et à des mesures d'aide à la mobilité et à l'articulation de la vie familiale et professionnelle ;

4. Augmentation des qualifications et normalisation progressive de l'accès à l'emploi.

2. Les facteurs liés au cadre de vie 
a) La structure urbaine et la rénovation urbaine

La structure des quartiers est très variée, des grands ensembles perchés sur des collines aux centres urbains dégradés. Ils sont souvent marqués par la présence de barres, l'enclavement et l'isolement du reste de la ville. Les projets de rénovation urbaine visent à les « banaliser », à les relier à la ville, à mixer leur peuplement, autant que faire se peut loin des concours architecturaux et des innovations urbaines qui ont caractérisé leur création. Une des difficultés récurrentes des projets de rénovation urbaine résulte de l'ampleur des chantiers.

Les quartiers faisant l'objet d'opérations urbaines lourdes sont souvent de grands ensembles urbanistiques et architecturaux des années 1960 et 1970. Ces quartiers peuvent parfois disposer de caractéristiques valorisables dans les projets de rénovation urbaine (foncier libre, espaces verts, etc.).

Deux problèmes liés émergent régulièrement :

- la création de nouvelles fractures au sein des quartiers entre les zones rénovées et celles qui le sont pas ;

- la difficulté à mener à terme des projets souvent ambitieux alors que les budgets sont contraints ou incertains (question récurrente et latente d'un ANRU 2). Un des enjeux de la rénovation urbaine est de réussir à faire évoluer l'image des quartiers.

Le Programme national de rénovation urbaine (PNRU) est un programme d'ampleur qui concerne au total 493 quartiers pour un montant total d'engagements de 43 milliards d'euros, dont 11,5 milliards d'euros de subventions versées par l'ANRU à la fin 2010. La programmation nationale (2004-2013) prévoit 123 847 démolitions de logements et la reconstitution de l'offre à hauteur de 117 127 logements.

Exemples :

SEVRAN

Sevran dispose d'un espace non urbanisé de 35 hectares. La rénovation urbaine porte sur une partie des quartiers, mais ne concerne pas le secteur nord de Montceleux-Pont-Blanc. Le risque serait de voir émerger un nouveau quartier de bonne facture et accueillant les populations relogées ou des cadres travaillant dans les pôles d'emploi locaux (aéroport Charles de Gaulle notamment), tandis que les quartiers non rénovés se dégraderaient et s'enfonceraient dans les difficultés.

CALAIS

Au Beau Marais, à Calais, la rénovation ne porte pas non plus sur l'ensemble du quartier et la question de l'évolution différenciée des différentes parties se pose également.

RENNES

Le projet urbain sur Le Blosne englobe l'ensemble du quartier dans une vision globale, mais l'évolution du cadre bâti se focalise sur deux secteurs. Un des risques, si les crédits manquent, serait de ne réaliser qu'une partie du projet, de perdre donc la vision d'ensemble et d'engendrer un écart de développement fort entre les parties Est et Ouest du quartier.

MARSEILLE (GIP Politique de la ville)

La question principale est celle de la place des enfants dans ces quartiers et de leur prise en compte dans les projets de rénovation urbaine 

MARSEILLE (collège Henri Wallon)

Les parents gardent très souvent leurs enfants à la maison, pour éviter qu'ils ne traînent dans la rue, avec pour conséquence que ceux-ci vivent cloîtrés.

MARSEILLE (quartiers sud)

Les quartiers de la Cayolle-Hauts de Mazargues sont des quartiers socialement hétérogènes, au contraire des quartiers nord de Marseille. Cette relative mixité sociale entraîne des affrontements et des effets d'évitement scolaire importants. Les difficultés y sont paradoxalement plus grandes que dans les quartiers Nord, plus homogènes d'un point de vue social.

BETHONCOURT (acteurs ville)

Le quartier actuellement, ce sont :

- des populations très pauvres ;

- des regroupements ethniques ;

- des replis communautaires ;

- des enfermements culturels.

L'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) aurait pu être une réponse à cette situation dramatique. Mais il aurait fallu reconstruire ailleurs pour assurer une véritable mixité sociale à laquelle personne ne croit.

LA STRUCTURE URBAINE ET LA RÉNOVATION URBAINE

Hypothèses prospectives

1. Des projets de rénovation urbaine globaux menés à terme et permettant une amélioration du cadre de vie pour les habitants ;

2. Des projets de rénovation urbaine globaux menés à terme et permettant une amélioration du cadre de vie pour de nouveaux habitants (les difficultés se déplacent dans d'autres quartiers) ;

3. Des projets de rénovation urbaine inaboutis, et entraînant des disparités fortes au sein des quartiers.

b) L'évolution du parc de logements

Les quartiers sensibles - du moins ceux concernés par la rénovation urbaine -, sont marqués par la part massive du logement locatif social (le plus souvent au moins 50 % des logements, parfois jusqu'à 80 %). Les opérations de rénovation urbaine portent en majeure partie sur ce parc social.

La structure des logements a une influence importante sur le peuplement du quartier. Il n'est pas rare, notamment dans les quartiers des années 1960 et 1970, que les logements de grande taille soient surreprésentés ce qui peut être en décalage avec la tendance à la baisse de la taille des ménages et favorise en tout état de cause la présence de familles. Les projets de rénovation urbaine ont généralement tendance à panacher la structure de logements sur les quartiers.

L'évolution de la vocation sociale des quartiers sera également liée à l'évolution du rôle donné au parc social en France. Celui-ci peut être :

- à vocation résiduelle (réservé aux plus pauvres) ;

- généraliste (les plus défavorisés peuvent être prioritaires, mais les plafonds de ressources pour y accéder peuvent être relativement élevés) ;

- ou universaliste (tout le monde peut y prétendre sous réserve de disponibilité).

En France, où le parc a une vocation aujourd'hui généraliste, la question se pose de savoir si l'on ne se dirige pas vers un parc résiduel - le droit au logement (DALO) semble pousser dans ce sens -. On peut aussi théoriquement envisager la disparition du parc social, des bons de logement étant distribués aux ménages les plus pauvres, à charge pour eux de se loger sur le marché privé (ce qui semble peu crédible en France).

Rappelons enfin que le droit au maintien dans les lieux est un élément important du fonctionnement du parc HLM aujourd'hui. Or, il pourrait être remplacé par un droit de maintien dans le parc HLM, voire supprimé.

Exemples :

CALAIS

Le quartier du Beau-Marais se compose d'environ 1 000 logements de statut privé et de 5 000 logements de statut public. Plus de 70 % des résidences principales sont situées dans des collectifs. Le logement social représente 98,5 % de cet habitat collectif. Ce sont dans les logements collectifs que la mobilité des habitants est la plus faible. L'ensemble est très déterminé par la forme des logements, et leur évolution à l'occasion de rénovations.

CLICHY-MONTFERMEIL

- De nombreux logements sont sur-occupés

- Visite au quartier du « Chêne Pointu », qui comporte des immeubles en copropriété très dégradée, non inclus dans le programme de rénovation urbaine de Clichy-Montfermeil. A proximité néanmoins, le centre commercial, de construction récente, comporte une Poste, une pharmacie, et plusieurs commerces actifs.

- Il faut aménager au sein des logements, au sein des familles, des conditions de travail acceptables pour les enfants mais il y a d'abord un problème d'organisation du travail, de gestion du temps à résoudre.

- Visite du quartier de la Forestière (environnement du collège Romain Rolland). Créés autrefois pour loger des cadres, y compris en résidence secondaire, les immeubles de ce quartier sont aujourd'hui progressivement vidés en vue de leur destruction. La visite d'un bâtiment et d'un logement de cette cité a permis d'en constater l'extrême dégradation.

MARSEILLE (collège Jean Moulin)

Le quartier Kalliste, qui a connu une forte paupérisation au cours des trente dernières années, fait l'objet d'un plan de sauvegarde depuis 2010. Il s'agit d'une copropriété surpeuplée, habitée par de nombreux Comoriens et Maghrébins. Dans le secteur du collège existent aussi des noyaux villageois, près des Aygalades. L'évitement est important, le collège public perdant environ 25 élèves par an au profit du privé.

L'ÉVOLUTION DU PARC DE LOGEMENTS

Hypothèses prospectives

1. Des quartiers de logement social résiduel, donc spécialisés dans l'accueil des plus défavorisés 

2. Des quartiers de logement social généraliste tablant sur la mixité sociale ;

3. Des quartiers de logement social généraliste, avec des quartiers segmentés selon les niveaux de revenus ;

4. Des quartiers à forte mixité des statuts de logement (privé et social).

c) Les transports, les équipements et service publics

Comme le note le rapport 2009 de l'ONZUS, « les zones urbaines sensibles (ZUS) sont, en moyenne, moins bien dotées en équipements urbains que les unités urbaines qui les abritent. Cet écart est particulièrement sensible pour les équipements liés aux services de proximité, au commerce et à la santé. Au contraire, les établissements de service public et de l'éducation semblent répartis de manière plus uniforme sur le territoire. Bien qu'à considérer avec précaution, l'évolution des taux d'équipement, définis comme le nombre d'équipements pour 10 000 habitants, traduit un léger rattrapage de la part des zones urbaines sensibles entre 2006 et 2008. Enfin, l'analyse par type de quartiers montre que les quartiers les plus prioritaires, à savoir les quartiers de priorité 1 au sens des contrats urbains de cohésion sociale (Cucs), restent moins bien dotés que les ZUS de priorité 2 ou 3. »

Au-delà de ces aspects quantitatifs, il convient de noter que les équipements publics ne font pas toujours l'objet d'une appropriation maximale des habitants. On peut s'interroger sur la proportion d'habitants des zones de rénovation urbaine qui se rendent dans les prestigieux théâtres de Bobigny ou de Nanterre. La proximité physique n'est pas suffisante ; il faut travailler la découverte et le plaisir de fréquenter les lieux de culture.

CLICHY-MONTFERMEIL

L'enclavement est problématique. Les élèves ne se rendent pas à Paris. Leur rapport à l'espace est limité.

La Maison des services publics, première étape de la visite (Montfermeil), se trouve au coeur de la cité des Bosquets et regroupe la plupart des guichets publics et associatifs, qui sont présents de façon permanente ou sur un rythme hebdomadaire, à l'exception notable de la CAF qui n'est plus présente depuis peu.

MARSEILLE (Jean Moulin)

Une partie des élèves n'habitent pas à proximité du collège, notamment ceux issus de la cité Kalliste, ce qui soulève des problèmes non résolus d'accessibilité et de coût des transports publics.

Le collège Jean Moulin se trouve à plus de 8 km du centre ville et à plus d'1 km d'une grande partie de sa zone de recrutement. Les transports en commun sont d'ailleurs très peu nombreux.

VALENTIGNEY (collège Les Bruyères)

Les différences sont typées par l'urbanisme : les tours miradors dominent la ville en bas, dans un contexte marqué par l'éloignement et par les difficultés des transports en bus (la cité est à plus de 3 kms du collège et le parcours est très long parce que le bus fait de nombreux crochets pour desservir différents quartiers). Les parents ont le sentiment que le collège est très loin de leur lieu de vie.

BETHONCOURT

Le collège est isolé sur une colline à 1,8 km du centre villageois.

ROUBAIX

Bien que le collège soit situé au centre de la cité ouvrière, c'est l'ensemble quartier/collège qui est isolé du centre ville.

LES TRANSPORTS, ÉQUIPEMENTS ET SERVICES PUBLICS

Hypothèses prospectives

1. Des équipements, notamment publics, en disparition ;

2. Équipements nombreux ne bénéficiant que partiellement aux habitants ;

3. Équipements nombreux et faisant l'objet d'une appropriation par les habitants.

d) Les activités économiques et commerciales

La présence d'activités économiques dans les quartiers revêt une très grande importance parce qu'elles sont pourvoyeuses d'emplois sur le quartier, d'animations et de commerces. Elles jouent un rôle essentiel pour les habitants dans leur vie quotidienne. Les commerces sont très généralement regroupés dans des centres commerciaux, en état variable : les pieds d'immeubles sont rarement occupés par des commerces, ne donnant pas d'occasion aux familles de circuler dans le quartier pour faire des courses.

Dans l'ensemble des quartiers visités par votre rapporteur, on relève une quasi-absence d'activités économiques. Un centre commercial est souvent présent mais en souffrance. Des locaux vacants y côtoient des commerces ethniques, qui représentent un embryon d'animation. Le café ou un accès au centre social peuvent être le lieu de regroupement de personnes qui ne semblent pas avoir d'activités connues.

Une étude d'Epareca a montré que les quartiers prioritaires de la politique de la ville (dont 61 % de ZFU) disposent d'un tissu commercial assez peu développé avec moins de 11,4 établissements pour 10 000 habitants (34,9 pour la France entière au recensement de 1999).

Les problèmes rencontrés par les commerces peuvent être de plusieurs ordres :

- liés à la conception spatiale et à la perception du bâti (vétusté, manque d'entretien, etc.) ;

- à l'offre commerciale existante (vacance, doublons, absence de locomotive) ;

- à l'environnement (sentiment d'insécurité, enclavement).

La présence d'activités économiques dans les quartiers sensibles semble s'être améliorée dans les années récentes, notamment sous l'effet des différentes politiques menées dans le cadre de la politique de la ville pour favoriser les implantations d'établissements dans ces quartiers (ZRU, ZFU de différentes générations), en particulier grâce aux zones franches créées en 1996. Elle reste néanmoins très en retrait par rapport aux reste du territoire

Exemple :

SEVRAN

La ville de Sevran a vu s'installer dans le milieu des années 70 le centre commercial Beausevran au nord de la ville en plein champs. A la fin des années 70, la ville s'est progressivement rapprochée du centre commercial, avec la création du quartier des Beaudottes (construction d'environ 700 nouveaux logements par an dans les années 80) et l'importante croissance de sa population. Le centre commercial a bénéficié de cette hausse de population et du contexte favorable aux supermarchés ainsi que de l'installation de la Gare RER Sevran Beaudottes (RER B Aéroport CDG - Antony) en 1982.

Dans les années 90, le centre Beausevran a connu une perte de vitesse et des problèmes de locaux non commercialisés. L'arrivée en 2004 de la société Ségécé, spécialiste de la gestion des centres commerciaux et de l'immobilier, a donné un nouveau souffle à ce centre, en changeant la stratégie commerciale et en faisant le choix d'un centre commercial de proximité ayant une offre diversifiée.

Aujourd'hui, le centre commercial Beausevran comprend l'hypermarché Carrefour (12 000 m2, 410 salariés, premier employeur privé de la ville) et une galerie commerçante de 22 000 m2 accueillant 100 boutiques. Le centre connait une forte progression de sa fréquentation depuis 2004. Le centre commercial s'inscrit dans un environnement marchand dominé par 2 centres commerciaux: Parinor I et Rosny II.

Face à une concurrence accrue par l'extension des centres commerciaux, le devenir du centre est aujourd'hui conditionné par son développement en direction des deux publics régional et local. Un important projet de restructuration du centre commercial prévoit donc l'amélioration de son accessibilité (A104), l'extension de son offre et le retournement de son entrée principale vers la ville.

La halle Mandela est une galerie commerçante, créée dans les années 80, desservie par la gare Sevran-Beaudottes et située à proximité immédiate du centre commercial BeauSevran. Composée de quelques services et commerces de proximité (12 fonds de commerce, dont 1 vacant), cette galerie, à défaut d'une forte notoriété, connaît une bonne activité des commerces qui bénéficient d'une situation de choix malgré d'importants problèmes de vétusté et d'insécurité.

Située au coeur du quartier des Sablons, la place Elsa Triolet accueille six commerces de proximité qui ont une activité économique fragile du fait des habitudes de consommation au supermarché et d'un important sentiment d'insécurité lié en partie à l'isolement du site, à la dégradation des immeubles accueillant les fonds de commerce ainsi qu'aux agressions qu'ont pu connaître les commerçants. Pour le quartier déjà enclavé, le risque est fort de voir disparaître ces commerces.

Depuis peu de temps, on observe également l'implantation sur les quartiers de commerçants ambulants sans autorisation, ni immatriculation au registre de la chambre de commerce. Ne respectant pas les règles d'hygiène et de sécurité, ils occasionnent des nuisances pour les habitants du quartier et posent la question de la gestion de l'espace public.

LES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES ET COMMERCIALES

Hypothèses prospectives

1. Peu d'établissements et fermeture des commerces de proximité ;

2. Commerces de proximité et nombreuses petites entreprises, notamment artisanales ;

3. Quelques grands établissements pourvoyeurs d'emplois et activités commerciales liées.

3. Les facteurs de l'environnement social
a) L'insécurité et le sentiment d'insécurité

La délinquance en ZUS varie du simple au triple selon les régions. Elle est encore plus variable si l'on compare quartier par quartier. Comme le mentionne le rapport de l'ONZUS de 2009, la délinquance de proximité peut varier de 1 à 8 selon les quartiers.

En 2009, le taux de délinquance globale en ZUS est inférieur à celui de leurs circonscriptions de sécurité publique (CSP). La portée de ce constat doit être relativisée de deux points de vue : on ne recense ici que les faits déclarés, d'une part ; on ignore, d'autre part, quelle est la part de la délinquance des CSP imputable aux habitants des ZUS.

Toutefois, si le taux d'atteintes aux biens y est inférieur de 8 %, celui des atteintes aux personnes y est supérieur de 11 %. Entre 2005 et 2009, les atteintes aux personnes ont progressé de 7,1 %.

Par ailleurs, en un an, la délinquance a augmenté dans ces quartiers de 3,2 % alors qu'elle diminue de plus de 2 % dans leurs CSP.

L'insécurité est fortement ressentie par les habitants : 25 % des habitants des ZUS déclarent se sentir souvent ou de temps en temps en insécurité dans leur quartier, contre 14 % pour les autres habitants des mêmes agglomérations.

Pour aborder l'insécurité dans le quartier, l'analyse d'enquêtes de victimisation sur les quartiers sensibles et du sentiment d'insécurité pourraient être plus intéressantes. Il convient de noter que, là encore, les différences semblent immenses entre les quartiers ; elles varient aussi en fonction des heures.

Dans les quartiers les plus difficiles, au-delà de l'insécurité réelle et ressentie, se pose la question de l'importance de l'économie souterraine. Certains quartiers sont sous l'emprise de groupes mafieux qui peuvent, le cas échéant, contribuer à un certain maintien de « l'ordre », ou engendrer la multiplication de conflits violents.

Les éléments de maintien de l'ordre structurants sont la présence de la Police nationale (commissariats de plein exercice réclamés dans de nombreux quartiers), la présence d'îlotiers, ou de police de proximité, selon les termes, de gardiens formés et impliqués dans les logements collectifs. La sécurisation des espaces publics et semi-publics (cages d'escaliers, pieds d'immeubles) apparaît centrale.

Exemples :

SEVRAN

Sevran, plaque tournante du trafic de cannabis dans l'est parisien, se caractérise par l'importance du trafic de stupéfiants.

A Sevran, dans les années 2000, la petite délinquance se structure et se professionnalise (diversification des trafics et apparition des lieux de blanchiment). Les enjeux financiers des trafics deviennent très importants et génèrent des tensions entre bandes rivales et avec la police. Les tensions laissent place aux émeutes urbaines en juin 2001 et en novembre 2005. Les armes sont de plus en plus présentes. Les incendies d'équipements publics se multiplient.

La forte médiatisation d'évènements dramatiques a un effet de marquage particulièrement persistant, décourageant les classes moyennes de venir s'installer dans les quartiers.

Il se pose la question lancinante de l'importance de l'économie souterraine, et de son rôle dans la survie des familles. Les missions de guetteurs et de petits trafiquants font partie du quotidien des adolescents que nous avons rencontrés, et des adultes.

MARSEILLE

Les parents suréquipent les logements (salons confortables, télévisions, jeux vidéos, accès internet) afin de garder les jeunes le plus possible à l'intérieur du domicile, le quartier étant perçu comme le lieu de tous les dangers.

A cinq heures de l'après midi, le jeune (garçon) est dans la cité. A 12 ans, il est guetteur, à 13-14 il vend, et il est chef de réseau à 16 ans. Il acquiert ainsi une reconnaissance, une « perspective de carrière » même !

MARSEILLE (collège Elsa Triolet)

L'association de médiation sociale est présente depuis 2002 ; les problématiques de violence semblent rester les mêmes, néanmoins sans aggravation d'après les statistiques d'incidents constatés. En fait, les problèmes se déplacent d'une école à l'autre. Elle intervient avec ses 40 médiateurs encadrés par 4 dirigeants sur 19 collèges dans les quartiers sensibles. Elle fait de la prévention à l'abord des collèges, dans les transports domicile-écoles et dans le centre ville de Marseille.

CLICHY-MONTFERMEIL (collège Jean Jaurès)

Face à la violence à l'école, la meilleure réponse reste la présence importante des adultes dans l'encadrement des jeunes. Actuellement on compte un enseignant pour 22 élèves au collège contre un enseignant pour 14 élèves dans le secondaire.

VALENTIGNEY (acteurs ville)

Pour les services de sécurité, le quartier ANRU est bien le quartier le plus difficile de la ville. La question est travaillée régulièrement avec l'agence et dans le cadre du groupe de régulation sociale du quartier (GRSQ). La délinquance tend à survenir de plus en plus tôt, dès l'âge de 12 ans. C'est à la fin de la rénovation urbaine qu'il va falloir être le plus vigilant avec un accompagnement permanent du quartier.

L'INSÉCURITÉ ET LE SENTIMENT D'INSÉCURITÉ

Hypothèses prospectives

1. Traitement efficace de la délinquance sur le quartier et déplacement des problèmes à proximité ;

2. Abandon du territoire aux mafias ;

3. Efficacité des actions publiques grâce à la coordination des moyens et au suivi des politiques engagées ;

4. Statu quo.

b) Les relations sociales

La qualité des relations sociales dans les quartiers sensibles oscille entre des situations extrêmes.

Sont parfois mis en avant la richesse du tissu social, des aides de voisinage, le rôle structurant de la convivialité (fêtes, marché, etc.) et la prégnance de la vie associative. Parfois ce sont le repli sur soi, l'insécurité et la conflictualité des relations de voisinage qui sont mis en avant.

Deux tendances sont finalement à l'oeuvre dans ces quartiers (et plus ou moins accentuées selon les sites) :

- tendance à l'individualisme d'une part qui s'accroîtrait chez les générations les plus jeunes ;

- tendance au communautarisme d'autre part.

Ces deux tendances peuvent coexister dans un cadre plus ou moins convivial.

Exemples :

RENNES

Dans le quartier du Blosne à Rennes, comme ailleurs, on note une tendance possible à l'isolement croissant, notamment dans le cas des personnes âgées. Les progrès de l'automatisation peuvent amplifier le phénomène : le guichet de la banque du centre commercial est automatisé, celui de la Poste également, demain, ce pourrait être le cas des caisses du supermarché.

Les relations de voisinage peuvent amplifier ou limiter la tendance à l'isolement. Dans le quartier du Blosne, si l'insécurité est loin d'être massive, on note pourtant de nombreuses relations de voisinage difficiles. De même, si la diversité d'origine des habitants n'est pas aujourd'hui un problème, les communautés se côtoient plus qu'elles ne se mélangent. Dans les cours de récréation, le turc fait une apparition remarquée. Les relations sont marquées par la richesse du tissu associatif, l'entraide des voisins, mais aussi le repli sur soi, l'insécurité et les conflits de voisinage.

CLICHY-MONTFERMEIL

- Il faut améliorer le regard que nous portons, chacun d'entre nous, sur les jeunes. Il faut améliorer le regard de la société sur les lieux tels que Clichy. La télévision n'aide pas car elle en donne toujours une image très sombre en pointant ce qu'il y a de négatif.

« Il faut tenter de créer une situation sociétale dans laquelle un jeune va pouvoir se situer »

- Il n'y a pas « un » jeune de banlieue, mais ils sont tous différents. Ils ont autant le droit que les autres jeunes d'être différents entre eux. Le stéréotype du « jeune de banlieue » est une absurdité.

« On a du mal à dire ce qu'est un gamin de banlieue. Il y a des milliers de gamins de banlieue. Il n'y en a pas deux pareils. Ils ont autant le droit que nous d'être différents entre eux. »

MARSEILLE (collège Elsa Triolet)

Les nouveaux moyens de communication accentuent les problèmes.

MARSEILLE (GIP Ville)

L'argent, la place sociale et la reconnaissance qui vient avec, sont les causes de beaucoup de petits trafics. La maison de l'apprenti tente de leur donner un sentiment de sécurité tout en sortant de ces réseaux. Il faut comprendre les causes de l'attractivité des réseaux : la protection et le cadre social, la valorisation et la place sociale.

ROUBAIX (quartier des Trois-Ponts)

De plus en plus de femmes se voilent, plutôt par réflexe de protection qu'en conséquence d'un véritable repli identitaire. Chez les jeunes filles, un certain nombre se marient ou ont un enfant très tôt afin d'obtenir un statut au sein de la société.

VALENTIGNEY (acteurs ville)

Le fondamentalisme religieux serait un obstacle à l'apprentissage des connaissances. Différents travaux (rapport Obin24(*)) semblent le prouver. On constate aussi des signaux de régression de la laïcité du fait de ce fondamentalisme : augmentation du nombre de femmes voilées, identification de lieux de distraction culturelle « non fréquentables » par les femmes etc.

LES RELATIONS SOCIALES

Hypothèses prospectives

1. Individualisme et isolement croissant ;

2. Individualisme, ouverture et tolérance ;

3. Enfermement communautaire ;

4. Communautarisme et multiculturalisme tolérants.

4. Les facteurs liés à l'offre scolaire et éducative
a) L'offre scolaire

L'offre scolaire, l'image des établissements et les perspectives qu'ils offrent, le cursus proposé - lycée de proximité, voire université - sont autant de facteurs déterminants.

L'école incarne l'égalité républicaine et les possibilités d'ascension sociale. Elle représente souvent l'espoir, mais aussi un obstacle à franchir, des difficultés. Aujourd'hui, si elle incarne encore souvent ces espoirs, elle reflète simultanément les difficultés des quartiers sensibles. Elle demeure toutefois un des leviers de transformation de ces quartiers.

Selon le rapport de l'ONZUS en 2009, « en 2007-2008, 9,4 % des collégiens et 8,5 % des lycéens sont scolarisés en zones urbaines sensibles (ZUS). Les effectifs scolaires en ZUS et à l'extérieur continuent de diminuer et ce, quel que soit le niveau social des parents. (...) Comme les années précédentes, le retard scolaire et les redoublements diminuent sensiblement. (...) ».

L'évitement scolaire est une tendance lourde des établissements en ZUS et ne concerne pas que les catégories sociales aisées, même si ces dernières ont plus de moyens pour la mettre en oeuvre. La mixité sociale n'est pas nulle, en moyenne, à l'échelle nationale, dans les établissements situés en ZUS. Cependant, dans ce « mix », la part des différentes catégories sociales n'est pas la même en ZUS et hors ZUS. Ainsi, en 2007-2008, dans les classes de 6è en ZUS, on comptait 62 % des élèves ayant des parents défavorisés contre 40,2 % hors ZUS, 21,8 % ayant des parents de niveau social moyen, contre 27,9 en ZUS, 16 % de milieu favorisé en ZUS, contre 31,9 % hors ZUS.

Le taux de retard en 6è est environ deux fois plus important en ZUS qu'ailleurs, le taux de redoublement est également environ deux fois plus important. Ces éléments sont à mettre en regard de la part de population étrangère des ces établissements et donc des difficultés de maîtrise de la langue française.

L'analyse des derniers résultats des tests PISA développés par l'OCDE comporte des éléments intéressants qui peuvent être reliés à la réussite scolaire en ZUS. En effet, ces tests permettent non seulement d'étudier les évolutions globales des compétences des élèves, mais également d'établir un diagnostic sur les inégalités de résultats et le poids du milieu socio-économique des élèves sur leurs résultats.

Le score général des adolescents de 15 ans en compréhension de l'écrit a baissé de 9 points depuis 2000 (ce qui est conséquent sans être énorme), mais la part des élèves sous le niveau de 2 de compétence (qui équivaut au minimum requis pour se débrouiller avec l'écrit dans la vie de tous les jours) augmente de 4,6 points (de 15,2 % des jeunes en 2000 à 19,8 % en 2009, ce qui équivaut environ à 120 000 jeunes en 2000 et à 150.000 en 2009 ) tandis que la part des jeunes ayant un niveau de compétence au moins égal au niveau 5 (excellents donc) augmente d'1,1 point.

Les inégalités en termes de résultats scolaires se creusent. Or le degré d'association entre le milieu socio-économique et la performance en compréhension de l'écrit augmente de 7 points entre 2000 et 2009. En bref, les inégalités de compétences augmentent fortement en France et elles sont très et de plus en plus liées au milieu socio-économique, ce qui veut dire qu'elles s'incarnent aussi très probablement dans les territoires urbains sensibles (même si les données manquent pour l'affirmer).

Dans ce contexte se pose la question des moyens attribués à l'éducation prioritaire. Or l'attribution de ces moyens est révélatrice de paradoxes.

D'une part, comme l'a récemment souligné la Cour des comptes, les établissements d'éducation prioritaires peuvent bénéficier de dotations horaires supérieures à celles d'autres établissements, mais représenter néanmoins un coût inférieur en raison notamment de la jeunesse de leurs professeurs (cf. encadré ci-après).

D'autre part, l'attribution du « label ZEP » peut avoir des effets inattendus. Ainsi, des travaux d'évaluation de la relance des ZEP (fin des années 1990) ont montré qu'au moment de cette relance, et dans les dix ans qui ont suivi, l'âge moyen des professeurs de collège a diminué non seulement pour les nouveaux collèges ZEP mais aussi pour les anciens. Autrement dit, non seulement les collèges qui acquièrent le « label ZEP » perdent leurs professeurs expérimentés, mais ceux qui étaient déjà dans le dispositif subissent la même évolution. Ce phénomène peut être interprété de la façon suivante : la relance crée un effet d'« épuisement » des équipes et diminue leur mobilisation, car ces équipes concevaient les politiques d'éducation prioritaires comme provisoires25(*).

Evolution de l'âge moyen des enseignants26(*)

EDUCATION PRIORITAIRE : LE PARADOXE DE L'ALLOCATION DES MOYENS

La Cour des comptes souligne le paradoxe d'une masse salariale par élève susceptible d'être plus faible dans les établissements des zones d'éducation prioritaires (RAR, RRS), malgré un taux d'encadrement plus fort.

D'une part, le coût réel des politiques d'éducation prioritaire est mal connu car le niveau des moyens supplémentaires dont bénéficient les établissements classés en éducation prioritaire dépend des modalités de répartition par l'administration centrale puis par les échelons déconcentrés, des crédits attribués à l'ensemble des établissements.

D'autre part, dans le second degré, la gestion du système scolaire repose principalement sur la répartition d'heures d'enseignement hebdomadaires : ainsi, un établissement relevant de l'éducation prioritaire peut bénéficier de moyens horaires apparemment plus élevés qu'un autre établissement, mais représenter en fait un coût inférieur, dès lors que les enseignants qui y sont affectés ont moins d'ancienneté ou appartiennent à un corps moins rémunéré. Au final, si au sein de chaque académie, la dotation horaire moyenne par élève est globalement supérieure dans l'éducation prioritaire à celle qui est accordée hors éducation prioritaire, l'examen des dotations individualisées par établissement peut révéler des situations contraires.

Source : « L'éducation nationale face à l'objectif de la réussite de tous les élèves », Cour des comptes, La Documentation française (mai 2010)

Exemples :

RENNES

En 2004-2005, on comptait 456 enfants étrangers (nés à l'étranger) dans les écoles maternelles de Rennes ; 137 d'entre eux au Blosne (le quartier compte environ 20 000 habitants, la ville de Rennes 200 000). En 2005-2006, le taux de retard en 6è est de 28,6 %, contre 19,3 % à Rennes ; le taux de retard en 3è est de 44,8 % dans les collèges du Blosne, contre 30,3 % dans ceux de la ville. Le turn-over des élèves dans les établissements du quartier est bien plus important qu'ailleurs.

On notera que l'évitement scolaire est fort au collège. Ainsi, la population de l'établissement aura des fragilités plus marquées que le quartier de recrutement théorique. Ce phénomène a été, de l'avis de toutes les personnes rencontrées, aggravé par l'assouplissement de la carte scolaire.

CLICHY-MONTFERMEIL 

Les classes à projet donnent le sentiment aux élèves de posséder un statut particulier, d'apprendre de manière différente. « Dans les classes à projet, on ne reconnaît plus les élèves car ils changent de figure ; il y a du sens ».

Il serait utile d'aider les nouveaux professeurs (et tous les autres personnels arrivants), qui sont souvent de nouveaux titulaires, en institutionnalisant une aide à la prise de fonction. Afin de faire tomber les idées préconçues et le déficit d'image des quartiers sensibles, cette aide pourrait prendre la forme d'une réunion de pré-rentrée en présence des acteurs incontournables du tissu associatif local. Cette rencontre, éventuellement animée par un responsable de la politique de la ville, pourrait être complétée par une découverte pédestre des quartiers.

Il semble important de bien accueillir les nouveaux venus, afin qu'à leur tour, ils soient en mesure de bien accueillir leurs élèves.

Les difficultés sont aggravées par les taux de renouvellement très important des équipes éducatives.

- Organiser des modules pour compenser l'existence de classes nombreuses et hétérogènes : diviser les classes, appliquer des pédagogies différenciées ;

- Valoriser les métiers manuels (des actions telles que le forum des métiers tentent d'y contribuer) ;

- Dégager du temps de tutorat, dans l'esprit des « modules relais » (suivi des enfants 10h/semaine pendant 6 semaines avec un suivi 6  semaines après) en accentuant la nécessité d'avoir un référent unique adulte par enfant.

CLICHY-MONTFERMEIL (collège Romain Rolland)

Une élève qui n'a pas trouvé d'affectation après la 3ème, et qui a ensuite refusé une formation jugée trop lointaine, regrette ne pouvoir revenir en arrière pour corriger ses erreurs.

Il a été jugé qu'il serait très utile que ces anciens élèves viennent raconter leur expérience aux élèves actuellement scolarisés au collège.

CLICHY-MONTFERMEIL (collège Jean Jaurès)

Lors des émeutes de 2005, le dialogue qui s'est établi dans les classes entre jeunes et professeurs les a aussi beaucoup marqués. Les débats d'actualité rendent l'éducation civique vivante et suscitent l'intérêt des jeunes.

Mais l'orientation en fin de 3ème est un moment d'une rare violence. Les plus défavorisés subissent un choix qui va marquer le reste de leur vie, alors que ceux qui ont davantage de moyens humains ou économiques ont le temps de choisir leur future orientation.

L'arrivée au lycée est ressentie comme un choc douloureux : plus grande distance avec les professeurs qui dispensent « la doctrine », souvent hermétique pour les collégiens, le désintérêt s'ajoutant à l'incompréhension. La constitution de classes pour les jeunes issus des cités dans les lycées contribue à renforcer le sentiment d'exclusion ressenti par la plupart des jeunes qui se sont exprimés, à raison soit de leur origine ethnique, soit de leur origine géographique.

MARSEILLE (collège Elsa Triolet)

Il serait logique de maintenir des petites structures éducatives pour les élèves.

Le collège reçoit 50 demandes de dérogations à l'entrée en 6ème chaque année (pour partir dans un autre établissement), soit un manque de 200 élèves au total.

Ce qui fonctionnera à l'avenir dans les quartiers sensibles, c'est le partenariat entre le quartier et le collège.

Il faut donner de bonnes conditions matérielles aux jeunes pour qu'ils puissent travailler. Le collège est de ce point de vue le lieu central du quartier. Les assistants pédagogiques interviennent de manière positive ou négative selon leur propre destin. Ils sont des modèles dans un sens comme dans un autre selon leur propre réussite professionnelle ou échec social. Les clés de la réussite éducative dans un environnement social et matériel dégradé tiennent aux conditions de la collaboration entre le collège et le quartier (PACQUAM).

MARSEILLE (collège Henri Wallon)

L'enseignement traditionnel en classe est trop long. Il favorise les élèves ayant des aptitudes à l'écriture, à la conceptualisation, laissant de côté des jeunes doués dans d'autres domaines, par exemple artistiques. Il faut permettre aux enfants d'être acteurs de leurs apprentissages, à l'image de ce que fait l'école maternelle et qui se perd parfois ensuite, en fonction du type de pédagogie mise en oeuvre, à l'élémentaire et au collège.

« L'école dont je rêve est une école où les élèves ont davantage d'autonomie, sont acteurs de leurs apprentissages »

MARSEILLE (quartiers sud)

Le collège peut lui-même s'adapter à son public, pour un coût nul, en améliorant sa gestion du temps scolaire. M. Michel Cornille, ancien principal du collège Grande Bastide, a fait part de son expérience dans le cadre d'un projet d'établissement qu'il avait intitulé : « Le collège est ma maison ». Le temps scolaire était réorganisé en sorte que l'ensemble des cours soient dispensés le matin, les après-midi étant consacrés à des activités artistiques et sportives.

« Ce qui est important, c'est avoir un petit moment de bonheur chaque jour ». « J'ai eu 25 000 élèves et je n'ai désespéré que pour 4 ou 5 ».

ROUBAIX (quartier des Trois-Ponts)

La commission Collège/quartier permet aux acteurs d'apprendre à se connaître et de ritualiser les temps de coordination.

Il faut faire venir les acteurs du collège dans le quartier (et pas seulement l'inverse).

ROUBAIX (quartiers nord)

Il faut mieux intégrer le secondaire et le primaire qui, pour l'instant, sont plutôt dos à dos que face à face.

« Avant d'entrer directement dans le savoir savant, il faut rendre l'élève curieux du savoir et des compétences transmises par l'Ecole, et confiant dans ses propres capacités pour qu'il puisse plus facilement donner du sens au collège »

Travailler sur les stages conduit à s'impliquer avec les entreprises. Mais la discrimination de fait renforce la difficulté pour les jeunes des quartiers difficiles à trouver des stages.

VALENTIGNEY (collège Les Bruyères)

Le fossé s'élargit toujours entre les exigences de l'école et le fonctionnement quotidien d'une société marquée par l'argent et la vie facile. « L'école devient alors une centrifugeuse qui exclut plus qu'elle ne rassemble ». Il faut rassembler toutes les structures qui travaillent sur les adolescents, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'école, dans une même démarche.

L'école est actuellement une forme de sanctuaire pour les valeurs. En dehors de l'école, ces valeurs ne sont plus défendues, notamment dans la famille ou les médias.

L'OFFRE SCOLAIRE

Hypothèses prospectives

1. Turnover (élèves et professeurs) et fortes difficultés scolaires ;

2. Turnover et adaptations spécifiques des établissements ;

3. Mixité sociale par une offre scolaire de qualité et/ou originale.

b) Les activités éducatives, sportives et culturelles

Les activités hors temps scolaire, de nature éducative, sportive ou culturelle, ont une importance essentielle pour aider les jeunes à parvenir à une forme de réalisation de soi, notamment dans le contexte éventuel de difficultés scolaires. Elles contribuent à donner aux jeunes des perspectives et des objectifs concrets susceptibles de leur donner confiance en l'avenir. Elles leur permettent de développer des compétences qui mériteraient d'être mieux valorisées y compris dans le cadre du cursus scolaire car, comme plusieurs acteurs l'ont souligné auprès de votre rapporteur lors des rencontres sur le terrain, « aucun jeune n'est mauvais dans tous les domaines ».

Le développement de ces activités nécessite la présence d'équipements, ou le développement des transports vers de tels équipements.

Idéalement, ces activités devraient aussi permettre une ouverture sociale, la rencontre avec des jeunes d'autres collèges et d'autres quartiers. Le développement d'un tel environnement, caractérisé par un esprit d'échange et de dépassement de soi, est un facteur important d'amélioration de la vie des jeunes dans les quartiers sensibles.

5. Les facteurs liés à l'ambition des élèves

Quelles peuvent être les ambitions et les aspirations des jeunes de 15 ans dans les quartiers sensibles ? Aucune enquête longitudinale, semble-t-il, ne permet d'étayer des propos généralisant. Tout au plus peut-on dire que les jeunes de zones urbaines sensibles partagent avec leur génération un certain nombre de handicaps et les cumulent plus que ceux vivant dans un contexte géographique, économique, culturel plus favorable. Pour reprendre les mots d'Olivier Galland, la jeunesse est aujourd'hui en France « sous dotée économiquement, sous-encadrée moralement, sous représentée politiquement ». Le diagnostic peut être élevé au carré dans les zones urbaines sensibles.

Par ailleurs, sachant que les jeunes Français se caractérisent par une peur de l'avenir et un pessimisme particulièrement développés, il existe de fortes chances pour que ces attitudes d'inscription à reculons dans l'avenir soit également prégnantes dans les quartiers sensibles. Néanmoins, les sociologues et acteurs de terrain sont plutôt enclins à relever le dynamisme - frustré - de la jeunesse des quartiers.

Il apparaît à tout le moins évident que les perspectives économiques dans lesquelles vivent les jeunes de 15 ans dans les quartiers sensibles ne doivent pas les inciter à envisager avec optimisme leur avenir professionnel. Les jeunes collégiens d'aujourd'hui sont nés dans les années 1990, et ont toujours vécu dans un contexte de chômage massif, notamment des jeunes, y compris parfois des diplômés. Dans ce cadre, il y a de fortes chances pour que les motivations scolaires liées aux perspectives d'emploi d'une grande partie des jeunes de quinze ans issus de milieux défavorisés soient largement émoussées. Ceci n'empêche pas que pour certains d'entre eux l'école puisse encore apparaître comme une porte de sortie accessible.

Pour rendre l'école attractive, il demeure les motivations dites « intrinsèques », c'est-à-dire liées au plaisir de l'apprentissage lui-même, mais la France se caractériserait semble-t-il, par sa faible capacité à rendre l'école épanouissante : les élèves y seraient stressés et largement brimés. Mais comment soutenir leur ambition alors qu'ils ont peu de modèles autour d'eux ?

Les ambitions et aspirations de nombreux jeunes des zones urbaines sensibles doivent donc probablement passer par d'autres canaux que ceux de l'école (la famille, les amis, la religion, le sport, et, probablement internet). Les enquêtes sociologiques sont finalement assez peu nombreuses sur le sujet.

Par ailleurs, plusieurs témoignages montrent que les élèves des quartiers sensibles ne sont pas traités comme les autres quand ils sont immergés dans de bons établissements. Ils sont parfois regroupés dans la même Seconde du lycée du secteur, et souffrent d'une faiblesse en termes de culture acquise.

CLICHY-MONTFERMEIL

Les jeunes ont beaucoup de difficulté à se représenter dans le présent et dans l'avenir. La question de leur représentation d'eux-mêmes est essentielle. Ils doivent pouvoir se représenter symboliquement dans la société. Les enfants sont toujours dans l'instant immédiat et pas dans des processus temporels. Ils ont besoin d'espaces symboliques, se concrétisant par des espaces physiques. « Les jeunes se demandent : « comment moi, individu, je peux agir alors qu'à l'échelle de la société je ne suis rien ? » »

MARSEILLE (collège Elsa Triolet)

Les élèves manquent d'ambition et de projets ; ils n'ont pas de valeurs de référence. C'est la télévision et les grandes surfaces qui les attirent avec les valeurs qu'elles véhiculent. Les professeurs sont les seuls à dire aux jeunes qu'ils doivent faire des efforts, alors que les médias audio-visuels leur montrent le contraire.

MARSEILLE (collège Jean Moulin)

L'orientation reflète souvent un manque d'ambition, ou la volonté de s'assurer d'obtenir un diplôme. Dans l'imaginaire de ces adolescents, il est difficile d'envisager le baccalauréat.

« Il faut donner du sens au caractère obligatoire de l'école ».

MARSEILLE (collège Henri Wallon)

On trouve dans les quartiers beaucoup de bons élèves, respectant les règles. Le collège essaie de leur donner les « armes scolaires » ; mais pourquoi ne retrouve-t-on pas ces jeunes ensuite dans la société française ? Pourquoi les retrouve-t-on dans des filières aux débouchés réduits ?

« Permettre aux élèves d'enlever leur étiquette ZEP le plus tôt possible ».

Tout ce qui peut faire naître l'ambition chez les élèves est positif, notamment les classes à projets, les sorties à thèmes (visite de l'université par exemple).

« Vivre des aventures collectives pour se construire ».

MARSEILLE (quartiers sud)

Le programme de développement affectif et social, mis en oeuvre notamment au sein du centre social « Mer et Colline », est un travail sur le ressenti des jeunes, qui vise à développer la confiance en soi. Les évaluations en sont très positives.

ROUBAIX (collège Albert Samain)

L'objectif du collège (et du principe du socle des compétences) est de montrer aux élèves qu'ils savent faire certaines choses.

Il y a en effet un énorme travail à faire sur l'estime de soi. Le collège Samain conduit pour cela un projet sur l'éduction par l'image.

ROUBAIX (quartier des Trois-Ponts)

« La jeunesse ne rêve pas beaucoup ». Les adolescents ne savent plus vraiment pourquoi ils apprennent, ni pourquoi ils viennent au collège.

« Le fait d'être acteurs d'un projet et de réussir leur permet de réinvestir leur confiance en eux dans des projets individuels ».

ROUBAIX (collège Van der Meersch)

« Il faut leur montrer que nous, profs, nous avons aussi pu avoir des soucis, et que l'on peut réussir professionnellement malgré ça ».

« Nous avons par exemple un partenariat avec la Banque de France à Lille, mais les élèves trouvent que c'est trop loin, ne comprennent pas qu'on leur demande d'aller travailler là-bas et se demandent si c'est vraiment pour eux. Gros problème de mobilité en dehors du quartier ».

« L'absence de mobilité est liée à un manque de confiance en eux. Ils ne sont pas à l'aise s'ils ne sont pas dans leur milieu, ils ont peur d'y être mal vus ».

Il faut rassurer les enfants, dont l'inquiétude est aggravée par une sur-médiatisation qui suscite la peur. L'absence de débouchés est souvent évoquée. Il faut accompagner les élèves, leur donner un bagage pour l'avenir. « Tant que l'on est pas rassuré, on ne peut pas travailler sereinement ». « Les élèves sont tellement inquiets qu'on devient aussi inquiets » (parent).

« En 6ème les élèves ont encore beaucoup d'espoir. Le manque de confiance ne fait pas tout »

Que souhaitez-vous faire plus tard ? Avocat, coiffeuse, médecin, instituteur de maternelle, vivre à Paris, au Canada.

ROUBAIX (collège Albert Samain)

Qui serez-vous dans 20 ans ?

- Piloter des avions

- Pompier

- Informaticien, webmaster.

VALENTIGNEY (collège Les Bruyères)

La plupart des collégiens n'ont qu'une vague idée de leur avenir. Pourtant quelques uns ont des idées très précises : professeur, médecin, assistante sociale (pour aider les gens), pilote de course.

Khadel qui est en 3ème est intéressé par l'environnement. L'important pour lui c'est pour l'instant le travail à l'école. Autres métiers évoqués : s'occuper des enfants, travailler dans l'informatique, collaborer à un journal de mode, ophtalmologiste, professeur d'anglais, médecin.

BETHONCOURT (acteurs Ville)

L'école ne peut véhiculer un espoir que si l'ascenseur social fonctionne.

BETHONCOURT (collège Anatole France)

Les jeunes ne croient plus en l'école, surtout parce qu'ils constatent la déqualification de leurs grands frères ou de leurs soeurs qui, malgré des diplômes supérieurs, se satisfont de métiers sans qualifications.

VALENTIGNEY (collège Les Bruyères)

Souvent les parents transmettent à leurs enfants leur propre rancoeur vis-à-vis d'une école dans laquelle ils ont vécu un échec personnel. La première génération arrivée dans les quartiers sensibles dans les années 50 et 60 avait un grand respect pour l'école qui était symbole d'intégration et de promotion sociale, notamment par l'apprentissage du français. La seconde génération vit dans la rancoeur et la désillusion du fait de l'exemple négatif du père ou des grands frères au chômage ou déclassés. Que sera la troisième génération, celle qui est actuellement en maternelle ?

Les jeunes collégiens n'ont malheureusement pas beaucoup de modèles autour d'eux. Ceux qui ont réussi ont quitté la cité. Le seul modèle qui leur permet encore de rêver, c'est celui « du caïd ».

LES FACTEURS LIÉS À L'AMBITION DES ÉLÈVES

Hypothèses prospectives

1. Peu d'ambition personnelle et une socialisation essentiellement par les pairs ;

2. La débrouille : des ambitions personnelles et une utilisation pragmatique des ressources (dont l'école) ;

3. Réussites scolaires accrues et regain des ambitions scolaire.

6. Les facteurs liés à la santé des jeunes

Selon une enquête menée en 2006 auprès de 7 154 collégiens27(*), « des minorités assez importantes vivent des problèmes réels et préoccupants liés au surpoids et à l'obésité, à une faible estime de soi, à une appréhension de sa vie plutôt négative, à l'abus de substances nocives et au harcèlement ». Une autre enquête menée par les ministères de la Santé et de l'Education nationale en 2001-200228(*) auprès des enfants scolarisés en CM2, avec le concours des médecins et infirmiers(ères) de l'Education nationale, confirme le fait que le milieu social (profession des parents et situation vis-à-vis de l'emploi ou scolarisation en ZEP) semble être un déterminant majeur de l'obésité et de la détérioration de la santé bucco-dentaire des collégiens.

La même enquête menée en 2004-200529(*) a constaté une accentuation des inégalités sociales avec pour conséquences des disparités croissantes entre les élèves scolarisés en ZEP et les autres en ce qui concerne l'équipement en lunettes (seuls 21 % des enfants des ZEP sont équipés de lunettes contre 26 % ailleurs) et l'appareillage dentaire. Le surpoids modéré concerne 18,9 % des enfants de CM2 dans les écoles situées en ZEP contre 15,6 % en dehors des ZEP et l'obésité est deux fois plus présente en ZEP qu'ailleurs (6,8 % contre 3,2 %).

MARSEILLE (COLLÈGE ELSA TRIOLET)

La société actuelle génère des situations de crise de plus en plus violentes et la santé psychologique globale des jeunes se dégrade. Avec des jeux qui risquent parfois de mal finir, avec des passages à l'acte violents, tout peut déraper rapidement à partir d'un fait anodin. C'est une situation qui résulte aussi d'une absence de verbalisation de certains faits et de la difficulté à traiter certains cas psychiques du fait de la connotation négative des traitements en psychiatrie.

MARSEILLE (collège Jean Moulin)

La présence d'un psychologue scolaire, de façon permanente, serait souhaitable, tant pour aider les élèves que pour soutenir leurs professeurs.

ROUBAIX (collège Albert Samain)

L'infirmerie peut être un refuge, souvent avec des enfants qui somatisent ; mais le mal-être vient souvent d'ailleurs. Les élèves sont aux prises avec des difficultés liées à leur environnement.

ROUBAIX (quartiers Nord)

La toxicomanie au cannabis des 12-15 ans devient très préoccupante. En France, le cannabis est la première substance illicite que les jeunes adolescents consomment et son usage demeure encore assez masculin. Selon l'enquête 2006 Health Behaviour in School-aged Children (HBSC), qui ne permet cependant pas d'individualiser les collèges des zones sensibles, l'expérimentation précoce est rare (seuls 5 % des élèves de 13 ans disent en avoir déjà fumé au cours de leur vie). L'usage de cannabis chez les jeunes adolescents semble stagner depuis 2002 : 29 % des élèves de 15 ans avaient déclaré en avoir déjà fumé, contre 28 % en 2006. Mais les taux de consommation de cannabis au cours des 30 derniers jours chez les jeunes de 15 ans, selon l'âge du premier joint, placent les jeunes de France parmi les plus consommateurs d'Europe. A 15 ans, la France occupe la sixième place (les trois premières places étant occupées par le Canada, l'Espagne et les Etats-Unis).

LES FACTEURS LIÉS À LA SANTÉ DES COLLÉGIENS

Hypothèses prospectives

1. Accentuation des symptômes médicaux et apparition de nouvelles pathologies d'ordre psychiatrique du fait de la progression de la toxicomanie au cannabis ;

2. Poursuite de la dégradation de la santé (obésité, vue, dentition) ;

3. Amélioration de la santé grâce à une meilleure prévention et à de meilleurs traitements.

7. Les facteurs liés à la mémoire et la relation à la double culture

MARSEILLE (collège Jean Moulin)

Il faut valoriser l'histoire et l'identité des quartiers, notamment en faisant découvrir aux élèves le patrimoine local, ce qui permettrait de contrebalancer l'image négative des cités et contribuerait à l'éclosion de la notion de citoyenneté.

MARSEILLE (GIP Ville)

C'est hors hexagone que les jeunes des quartiers sensibles se rendent compte qu'ils sont réellement français. Le regard de l'Autre permet d'accéder à cette réalité. L'identité redevient problématique au retour en France.

MARSEILLE (collège Henri Wallon)

Il faut aussi leur donner une meilleure image d'eux-mêmes et de leur quartier. Des élèves du collège ont par exemple assisté à une pièce récemment jouée au Théâtre de la Cité à Marseille, intitulée « Nous ne nous étions jamais rencontrés », portant sur les représentations mutuelles des habitants des quartiers de Marseille.

Les élèves ont tendance à se réfugier dans le collectif, ce qui se traduit notamment dans leur tenue vestimentaire : le survêtement est, de fait, l'uniforme de ces jeunes adolescents, en raison de son coût peu élevé et parce qu'il permet de se fondre dans le groupe.

De façon générale, ces jeunes ont beaucoup moins de facilité que d'autres à affronter seuls les problèmes. Réussir est pour eux problématique d'un point de vue identitaire car cela signifie changer de groupe d'appartenance. Certains peuvent y renoncer pour ne pas se démarquer de leur entourage.

« Réussir, c'est changer de groupe, changer d'identité : si je réussis je suis en conflit de loyauté par rapport au groupe ».

CLICHY-MONTFERMEIL (collège Jean Jaurès)

Les collégiens vivent plusieurs coupures : entre les villes et les banlieues, entre leur culture d'origine et la culture académique dominante, entre leur langage - le « parler banlieues » et le français.

ROUBAIX (collège Albert Samain)

« Il est important que les jeunes mettent des mots sur leur quartier, et donc de travailler sur l'histoire du quartier ».

ROUBAIX (quartiers Nord)

Les jeunes d'origine algérienne ont, en outre, une difficulté propre qui tient à leur histoire et à l'absence du travail de mémoire que leurs parents n'ont pu faire. Il y a trop de non-dits pour les jeunes d'une vingtaine d'années. D'où parfois leur « haine du blanc ».

Il faut valoriser les collégiens à travers le travail de mémoire, avec l'aide du football ou des activités culturelles pour redonner de l'espoir, et s'attaquer à la question de la représentation de l'autre. Mais on ne peut dialoguer avec l'autre tant qu'on n'a pas réglé ses propres problèmes d'identité : « Qui suis-je dans ma propre culture ? Comment puis-je décoder le code structurel de l'autre ? ».

BETHONCOURT (acteurs Ville)

Pour répondre à la question, il faut reprendre l'histoire du quartier, notamment le développement économique des années 70 qui a fait parvenir des familles d'immigrés pour travailler dans les usines de la région. Puis avec la disparition des emplois industriels, ceux qui n'ont pas pu quitter le quartier se sont retrouvés dans un ghetto urbain. C'est cette seconde génération de l'immigration qui ne se reconnait pas dans la France actuelle. Elle est attirée par des valeurs alternatives qui font appel à la violence et à la délinquance. C'est une génération sacrifiée.

VALENTIGNEY (collège Les Bruyères)

Il faut aussi privilégier les sujets qui rapprochent, créer des passerelles entre les cultures, réapprendre la langue d'origine pour pouvoir s'exprimer dans une autre langue, y compris le français.

LES FACTEURS LIÉS À LA MÉMOIRE ET À LA RELATION À LA DOUBLE CULTURE

Hypothèses prospectives

1. Renforcement du stigmate de la différence et aggravation de la coupure avec la culture dominante de la société française ;

2. Progrès de la tolérance vis-à-vis des autres ; amélioration de l'image d'eux-mêmes et de leur quartier par une valorisation de leur histoire et de leur identité ;

3. Disparition de la crise d'identité parce que les jeunes se découvrent, se respectent dans leur double culture et s'enrichissent mutuellement par leurs différences.


* 22 Pour une présentation de ces études, voir le site de la Mission prospective et stratégie du SG-CIV : http://www.ville.gouv.fr/?Partie-5-Liens#telecharger

* 23 Les données concernant Rennes et Calais, ainsi que certaines données relatives à Sevran, sont issues de l'étude précitée SGCIV-Futuribles.

* 24 « Les signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires », rapport de Jean-Pierre Obin, IGEN (juin 2004)

* 25 Source : audition de M. Son-Thierry Ly (22 septembre 2010)

* 26 Moyenne de l'âge moyen des enseignants (source : Son-Thierry Ly)

* 27 Enquête Health Behaviour in School-aged Children (HBSC) 2006 réalisée auprès de 7 154 élèves de 11, 13 et 15 ans scolarisés en France métropolitaine du CM2 à la première année de lycée (général, technologique et professionnel), dans des établissements publics et privés sous contrat par le Service médical du rectorat de Toulouse en collaboration avec l'Unité INSERM U558, en partenariat avec les ministères de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (DGESCO, DEPP) et l'Association pour le développement d'HBSC

* 28 La santé des enfants scolarisés en CM2 à travers les enquêtes de santé scolaire en 2001-2002, DREES Etudes et résultats n° 313, juin 2004

* 29 La santé des enfants scolarisés en CM2 en 2004-2005. Premiers résultats, DREES Etudes et résultats n° 632, avril 2008