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L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes) ( rapport d'information )

ROUBAIX - COLLÈGE VAN DER MERSCH 22 NOVEMBRE 2010

Réunion de l'équipe éducative du RAR

Personnes rencontrées :

- BAILLOT, Elisabeth Coordinatrice REP/RAR, Education Nationale

- BELBOUKHARI, Mounir Enseignant, Mathématiques

- BOLLUYT, Catherine CPE

- CAUPENE, Pierre CPE

- CARTON, Arnaud Principal adjoint

- DELCAMBRE, Marion Enseignante RAR 2nd degré, Histoire-Géo

- DELROT, Bertrand Proviseur

- DOR, Frédérique Enseignante RAR 1er degré

- KAROLEWICZ, Laurent Enseignant RAR 1er degré

- LUCHIER, Hélène A.E.

- VANQUICKELBERGE, Mickaël Enseignant RAR, Français.

Entrée du collège Van der Mersch à Roubaix

Présentation de l'équipe par M. Delrot, Proviseur du Collège Van der Mersch et de l'étude de prospective par Mme Keller.

Réunion du personnel enseignant au collège Van der Mersch

Il y a beaucoup de réussite, on est ravi chaque année de voir des élèves réussir. Beaucoup de mentions au Brevet des Collèges. Il faut valoriser le travail personnel des élèves, même chez les plus renfermés. Beaucoup d'élèves ont des compétences, avec des réalités quotidiennes difficiles. Comment peut-on les aider ? Il faut leur parler et être proche d'eux.

Il faut leur montrer que les profs aussi ont pu avoir des soucis, et que l'on peut réussir professionnellement malgré ça.

Les élèves n'ont pas confiance en eux face au travail scolaire, même s'ils cherchent en dehors des cours à démontrer le contraire. Leur destin leur paraît déjà tracé. Même en réussissant à l'école, certains pensent qu'ils ne peuvent pas réussir s'ils viennent de ces quartiers là.

En 6e, les élèves ont encore beaucoup d'espoir. Le manque de confiance ne fait pas tout, il y a un réel manque de travail personnel et du sens de l'effort. Il faut leur faire comprendre qu'un seul échec n'est pas forcément l'échec de leur vie.

Il faut recadrer les élèves, adapter la pédagogie au public que l'on a en face de nous, travailler sur les niveaux de langage qui ne sont pas toujours adaptés. Cela ne signifie pas : faire des choses plus simples, mais les faire autrement.

Il est difficile de leur faire comprendre que la réussite au collège est profondément liée à la réussite professionnelle future. Cela leur parait très éloigné, pas du tout concret.

Pour les aider j'essaie de leur parler de ma propre expérience, venant d'un quartier sensible. Certains élèves ont des modèles différents, avec les mauvais codes qui vont avec. C'est difficile de leur enlever ces modèles « d'argent facile » de la tête.

Quels modèles peuvent-ils avoir dans nos quartiers ? Certains élèves savent ce qu'ils veulent faire, ils ont des projets, il n'y a pas d'élève type. Mais il y a clairement un manque de mobilité et d'ambition généralisé.

Un partenariat s'est noué avec la Banque de France à Lille, mais les élèves trouvent que c'est trop loin, ne comprennent pas qu'on leur demande d'aller travailler là-bas et se demandent si c'est vraiment pour eux. Gros problème de mobilité en dehors du quartier. Danger d'enfermement.

L'absence de mobilité est liée à un manque de confiance en eux. Ils ne sont pas à l'aise s'ils ne sont pas dans leur milieu, ils ont peur d'y être mal vus.

Nous avons beaucoup d'élèves qui ont des difficultés à l'écrit mais qui sont très dynamiques, qui ont beaucoup d'idées, ainsi que des facilités à l'oral.

Les projets proposés sont centrés sur une discipline, donc limités. On doit travailler sur 7 compétences dans nos classes. Les choses qui ont réussi sont valorisées mais le problème réside dans le fait que ces compétences ne sont pas forcement assimilées. Il faut les motiver mais cela ne fait pas tout.

Ils ont une capacité à se mettre en valeur à l'oral mais l'écrit reste dur à travailler. Or écrire est important car cela sert aussi à structurer sa pensée. Il ne faut pas faire des choses plus simples mais au contraire faire très vite des choses compliquées. Il faut aussi pour réussir : de l'écoute, des règles de référence, et surtout un esprit de justice et d'équité.

On n'observe pas de différences majeures entre garçons et filles, mais les garçons restent souvent les leaders de la classe et pour la participation.

Il y a beaucoup d'absentéisme, c'est dur de faire du suivi et d'avoir une continuité dans les apprentissages. Les parents sont souvent trop peu présents auprès des enfants.

Comment se projeter dans l'avenir quand on vit constamment dans l'instant présent ? Quand les parents viennent au collège, ils y retrouvent leur posture d'élève. Ils ne sont pas dans une attitude parentale ; leur propre vécu au collège refait surface.

Le problème de l'absentéisme lourd concerne seulement 7, 8 élèves, mais l'absentéisme perlé est très répandu et nous avons peu de moyens pour lutter. Les enfants vivent un conflit de légitimité entre deux éducateurs, famille et école.

Arrivée des élèves de 4e, choisis par leurs pairs dans le cadre de l'élection du « parlement des jeunes » du Conseil Général (9 élèves : Deronne Alexis ; Abou Coalima ; Dutronoit Moreen ; Fatty Fatoumata ; Messaie Selma ; Chebbatti Yamshe ; Medhi Zordone ; Limani Naila) et de parents d'élèves.

Mme Keller au milieu d'élèves du collège Van der Mersch

Paroles d'acteurs :

Les élèves commencent par dire ce qu'ils souhaiteraient devenir plus tard (avocat, coiffeuse, médecin, instituteur de maternelle, vivre à Paris, au Canada). Ce qu'ils souhaiteraient améliorer dans leur quotidien (parents et élèves) :

- Parent : Il faut un emploi à la fin des études, une bonne orientation, beaucoup de jeunes font de longues études et ça ne donne aucun résultat, ils sont obligés de partir à l'étranger.

- Elève : Il faut des suivis personnalisés, nous aider à trouver notre voix.

- Parent : Il semble que les rouages de l'assistanat soient bien ancrés même chez les enfants, il faut être plus autonome.

- Les enfants ont peur de l'avenir, ils entendent que partout il n'y a pas de débouchés.

- Elève : C'est vrai que si on fait de belles études et qu'après on n'a rien, pas de boulot, ce n'est pas encourageant.

- Il faut rassurer les enfants, il y a une inquiétude totale, une sur-médiatisation pour inquiéter et faire peur aux jeunes. Ils ont l'air sûr qu'il n'y a pas de débouché. Il faut accompagner les élèves, leur donner un bagage qu'ils pourront utiliser quand ils voudront travailler. « Tant que l'on est pas rassuré, on ne peut pas travailler sereinement »

- Il n'y a pas lieu de s'inquiéter, c'est le présent qui est important.

- « Les parents font confiance au collège pour les aider »

- Il y a un site Internet qui peut aider les parents à suivre le travail de leurs enfants. Les professeurs peuvent inscrire les devoirs et les notes et les parents peuvent les voir.

- Ma fille a intégré ce collège pour la section sport football réservé aux filles et elle est devenue très forte en classe grâce à cela.

- Elève : Mes copains ne sont pas très bons en classe et ils pourraient être meilleurs mais ils veulent être comme les autres mauvais élèves. En étant perturbateurs ils veulent se montrer grand, montrer qu'ils sont intéressants

- Elève : il y a une très bonne équipe éducative, si un prof m'aide particulièrement, je comprends mieux en classe.

Mme Fabienne KELLER aux élèves : Que faites vous quand vous êtes en dehors du collège, de la maison ?

- Le week-end, du vélo, des tours du quartier, on marche, on va au cinéma, parfois au bowling, chez Auchan, faire du shopping.

- Le soir on discute sur Internet, MSN, Facebook.

DELROT, Bertrand - Proviseur : Il y a beaucoup d'élèves absents parfois, pourquoi ?

Elèves : Il faudrait des choses qui nous donnent envie de venir. Parfois les élèves ne s'entendent pas avec le prof, ils n'aiment pas le cours ou ont peur du devoir surveillé ; ou alors le cours a lieu trop tôt (8h-9h), on est fatigué et il n'y a pas assez d'heures de cours dans la journée pour que cela vaille la peine de venir.

Parents d'élèves : c'est souvent la faute des parents aussi, parce qu'on est prévenu quand notre enfant est absent. L'absence de certains parents est terrible mais il y a aussi des enfants très autonomes.

Tour de table final :

Élèves :

- Il faudrait un endroit pour quand on n'a pas cours, un foyer où on puisse se reposer

- Un peu plus de sorties dans des musées, des lieux intéressants et aussi une classe cinéma.

- Des casiers pour poser nos affaires

- Plus d'activité comme le théâtre, pour se libérer (Le principal fait remarquer que le collège a mis en place des clubs du jeudi avec ateliers chorale, italien, taï-chi, rugby, etc)

- Que les profs nous crient moins dessus.

Parents :

- Il faut améliorer le suivi personnel de l'enfant.

- Plus d'heures d'ouverture pour le collège, le CDI

- Rassurer et accompagner les enfants.

- Plus de coordination entre le collège et les associations à l'extérieur et aussi plus de moyens.

Élèves et parents d'élèves du collège Van der Mersch

Paroles d'acteurs

« L'enseignant est au coeur d'un système »

« Les élèves sont extrêmement jeunes et on a l'impression qu'ils ont déjà une épée de Damoclès sur eux »

« Les élèves ont du peps »

« Les jeunes ont une capacité à se mettre en valeur à l'oral, plus qu'à l'écrit »

« Il faut faire des choses compliquées très vite »

« Il faut de l'écoute, des règles de référence et tout particulièrement un esprit de justice et d'équité »

« Les garçons sont leaders de la classe »

« Quand les parents viennent au collège ils redeviennent élèves »

« La religion est présente mais n'est pas une gêne »

« Les élèves sont tellement inquiets qu'on devient aussi inquiets » (parent)

« On est fatigué » (élève)

« Il faudrait plus d'activités qui donnent envie d'aller à l'école » (élève)