Allez au contenu, Allez à la navigation



L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes) ( rapport d'information )

ROUBAIX - MAIRIE DES QUARTIERS NORD 25 NOVEMBRE 2010

Personnes rencontrées :

- M. Amar BAOUCHE, Délégué du Préfet, Préfecture du Nord

- M. Mohammed BOUAZIZ, Responsable Jeunesse Centre Social de l'Alma

- M. Ahmed BRAHIMI, Chef de service, Association Education Prévention (AEP)

- Mme Nicole DELFORGE, Directrice exécutive Centre Social de l'Alma

- M. Jean-Marie DERUY, Responsable mission Centre Sociaux, Mairie de Roubaix

- M. André HAZAOUI, Directeur Roubaix SC

- Mme Sabine HALLOT, Directrice Centre Social Echo

- Mme Anne-Claire HERPE, Educatrice poste AISES, AEP

- Mme Annick LACLIERY, UTPAS Roubaix, Département du Nord

- M. Moustapha LOUGRADA, Chef de service, Association Education Prévention

- Mme Laetitia LOUVERGNEAUX, Educatrice, Association Education Prévention

- M. Eric MAQUER, Principal Collège Albert Samain

- M. Moustapha RCHOUK, Poste AILE, Centre Social Echo

- Mme Marie-Odile ROUSSEAUX, Elue, Mairie des Quartiers Nord

- M. Hocine SAÏDI, Poste AILE Centre Social Masue

- M. Nahdi SAKRI, Educateur spécialisé, Association Education Prévention

- M. Olivier SELOSSE, Directeur Loisir/Jeunesse, Mairie de Roubaix

- M. Abdellah TIZAGHTI, Adjoint chargé de l'Education à la Mairie de Roubaix

- Mme Brigitte WATTIEZ, Directrice MAINE.

Les maires ont l'obligation de veiller à l'inscription des jeunes à l'école. Cette obligation est plus facile dans le primaire que pour le collège. Cette obligation est importante car le suivi de l'absentéisme permet souvent de prévenir le décrochage scolaire. Les décrocheurs relèvent de l'Éducation nationale tandis que les décrochés relèvent de la mission insertion emplois de la commune. La question essentielle est : « Comment donner une formation professionnelle aux élèves décrocheurs ? » Pour cela, il faut les suivre et les écouter.

Le réseau d'animation loisirs-jeunesse de la mairie de Roubaix comprend 9 centres sociaux, 2 clubs de prévention et 4 associations de jeunes. Les bailleurs sociaux ne participent pas à ce réseau, mais, avec les transporteurs, ils participent à des groupes spécifiques. Il s'agit dans ce réseau de partager les projets et de définir des priorités communes après avoir établi un diagnostic complet de la situation des quartiers.

La situation a déjà été largement étudiée, notamment par Joëlle Bourdais, sociologue. La vraie question qui se pose est celle de l'adéquation du collège, tel qu'il fonctionne actuellement, avec la situation concrète de la société.

Une cinquantaine de collégiens décrochent chaque année dans chaque collège. C'est pourquoi il faut créer une structure d'accueil dans la journée pour ces jeunes. Autrefois, les parents attachaient une grande importance à l'école. Mais les parents actuels, qui ont été eux-mêmes en échec scolaire, n'ont plus le même regard sur l'école.

Une prise en charge globale intégrant l'école et la famille serait nécessaire. Les parents doivent être des acteurs de la scolarité avec des ateliers qui les intéressent aussi. Il faut travailler dans des logiques de projets et éviter les catégories qui enferment les jeunes.

Les centres sociaux qui portent des projets pluriannuels à quatre ans se heurtent aux difficultés de portage annuel des dispositifs nationaux.

Le cloisonnement par classes d'âges et l'adjonction de dispositifs additionnels aggravent les problèmes temporels.

Le département du Nord participe à tous les projets de la ville et il accompagne les jeunes sur toute la durée de leur existence. Un des problèmes nouveaux est celui de l'accès à la santé, car pas moins de 30 à 40 % des jeunes n'en profitent pas. 30 % des jeunes auraient tenté de se suicider. En outre, ils sont exclus du logement social et tombent dans la mendicité (de l'ordre de 50 par an pour une population de 20 000 habitants). Leur prise en compte est plus facile quand il y a accord des familles pour leur prise en charge. Car beaucoup de jeunes refusent d'être pris en charge dans des foyers du fait du regard que portent les autres sur eux.

Mais il faut aussi accompagner ceux qui vont bien.

L'association de football prend en charge près de 600 jeunes de 5 à 25 ans. Trop de jeunes sont orientés dans des formations sans avenir pour eux, comme la bureautique ou les services. D'où l'importance des décrochages de jeunes qui ne sont pas motivés par leurs formations. Pour autant, les conventions conclues avec quelques entreprises permettent de relever leur niveau dans le cadre de travaux d'intérêt général, ou de l'attribution de bourses pour l'obtention du permis de conduire.

Le travail aves les parents doit conduire à mettre en avant leur représentation de l'avenir de l'école. D'abord avec une formation de base à la langue française. Il faut aussi veiller à ce qu'ils deviennent des coéducateurs des enfants.

Le dispositif mis en place par la ville est le complément de l'action du collège. Et le collège intéresse tous les acteurs de la ville. La question est : « Comment construire le jeune autrement ? ». Le collège doit s'inscrire dans un cadre cohérent avec les dispositifs extérieurs et les partenaires comme les centres sociaux par exemple, au titre de l'aide aux devoirs ou l'accompagnement éducatif.

L'imbrication collège/quartier permet  davantage de prendre en compte l'élève dans sa globalité et de définir avec les familles des axes de progrès possibles, points de départ du retour nécessaire des parents au collège. Il faut s'interroger sur ce que recouvre exactement la notion de citoyenneté aujourd'hui et sur les méthodes qui pourraient permettre de rendre l'élève véritablement acteur de sa formation.

Avant d'entrer directement dans le savoir savant, il faut rendre l'élève curieux du savoir et des compétences transmises par l'Ecole, et confiant dans ses propres capacités pour qu'il puisse plus facilement donner du sens au collège.[...] Le recrutement et la formation initiale des professeurs doit intégrer davantage et d'emblée la prise en compte de l'élève dans sa globalité pour permettre la définition d'une pédagogie plus efficiente pour les jeunes en grande difficulté ( contexte économique, social et culturel des familles, organisation du travail, évaluation et compétences, etc).

Or le collège ne peut pas être une bulle isolée. Il faut qu'il s'inscrive dans un cadre cohérent avec les dispositifs extérieurs comme les centres sociaux, les aides aux devoirs ou l'accompagnement éducatif. D'autant que les parents vont plus facilement au centre social qu'au collège.

Il faut aussi s'interroger sur la notion de citoyenneté, sur ce qu'on veut apprendre aux élèves, sur les méthodes pour rendre l'enfant acteur de sa propre formation. C'est la recherche du « savoir utile ». Or, actuellement, la découverte de l'entreprise n'intervient que dans le cadre de l'orientation. Sur ce point, il faut s'attacher à la 4ème qui est l'élément clé du décrochage scolaire. Faut-il en définitive privilégier le « savoir savant » ou rendre l'élève d'abord curieux. Il faut aussi revoir les modes de recrutement et de formation des professeurs dans les quartiers difficiles.

Travailler sur les stages conduit à s'impliquer avec les entreprises. Mais la discrimination de fait renforce la difficulté pour les jeunes des quartiers difficiles à trouver des stages. Les jeunes d'origine algérienne ont, en outre, une difficulté propre qui tient à leur histoire et à l'absence du travail de mémoire que leurs parents n'ont pu faire. Il y a trop de non-dits pour les jeunes d'une vingtaine d'années. D'où leur « haine du blanc ».

Le sentiment de l'insécurité n'est pas uniquement du même côté. De plus, la toxicomanie au cannabis des 12-15 ans devient très préoccupante. L'échec scolaire, c'est aussi la difficulté à trouver la bonne formation, car le jeune se trouve souvent livré à lui-même.

Réunion des responsables associatifs et de la politique de la ville des quartiers nord de Roubaix

Au cours du tour de table final, chacun exprime ce qui lui semble le plus important pour améliorer la situation :

mener un travail sur la famille dans sa globalité, surtout face aux progrès de la consommation de cannabis et du deal pour des jeunes de plus en plus jeunes ; les conduites déviantes sont de plus en plus inquiétantes ;

-  valoriser la famille ; arrêter de stigmatiser les parents qui ne trouvent pas la solution adaptée et insister sur les exemples positifs ;

aider à l'orientation pour favoriser « les orientations » et les mobilités des jeunes ;

insister sur les expériences positives pour les jeunes qui sont placés en situation : par exemple, pour les recherches de stages qui cristallisent les difficultés des rapports entre l'école et les institutions ;

reconnaître les liens entre les facteurs économiques et la citoyenneté ; les restaurants à Roubaix sont vides le soir parce que la clientèle de jour repart le soir à Lille ; on peut être très pessimiste sur l'évolution à 20 ans, parce que le deal a finalement remplacé le travail depuis près de 30 ans ;

l'école doit s'adapter à son public et les rythmes scolaires doivent coller aux nouvelles réalités de la société ;

approcher positivement les différents partenaires travaillant en coordination pour lutter contre le regard négatif qui pèse sur les quartiers et sur les conditions d'éducation à l'école ;

-  valoriser le rôle des parents qui sont toujours compétents ;

adapter la pédagogie : revaloriser les orientations professionnelles souvent ressenties comme un échec lors de la 3ème et mieux travailler sur le monde de l'entreprise ;

redonner de l'espoir aux jeunes pour leur accès à l'emploi, surtout avec les entreprises qui s'installent à proximité sans offrir de places ;

passer « du savoir-savant » à la prise en charge des jeunes dans leur globalité, développer une véritable éducation à l'image à partir de leur environnement immédiat ;

coordonner l'action de tous les intervenants sociaux et agir en complémentarité avec les familles en prenant en compte toutes les expériences positives, y compris celles des jeunes issus d'autres immigrations, y compris celles des filles souvent cachées par celles des garçons ;

valoriser les collégiens à travers le travail de mémoire, avec l'aide du foot ou des activités culturelles pour redonner de l'espoir ;

ouvrir les quartiers sur le collège malgré certains évolutions négatives du fait de l'accent mis sur la petite enfance (suppression du chèque loisir, évolution de la politique des caisses d'allocations familiales, etc. ;

mieux intégrer le secondaire et le primaire qui, pour l'instant, sont plutôt dos à dos que face à face ;

- s'attaquer à la question de la représentation de l'autre, car on ne peut dialoguer avec l'autre tant qu'on n'a pas réglé ses propres problèmes d'identité : « Qui suis-je dans ma propre culture ? Comment puis-je décoder le code structurel de l'autre ? » Certains groupes peuvent y parvenir. D'autres pas. Pour ceux-là, il faut intervenir pour les aider à s'approprier ces codes de relation aux autres, par exemple en traitant l'illettrisme des parents ne serait-ce que pour leur permettre de comprendre un cahier de notes de l'école.

Paroles d'acteurs

- « Comment donner une formation professionnelle aux élèves décrocheurs ? »

- « Comment construire le jeune autrement ? »

- C'est la recherche du « savoir utile »

- il faut passer « du savoir-savant » à la prise en charge des jeunes dans leur globalité

- « Qui suis-je dans ma propre culture ? Comment puis-je décoder le code structurel de l'autre ?