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L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes) ( rapport d'information )

ROUBAIX - COLLÈGE ALBERT SAMAIN 25 NOVEMBRE 2010

Personnes rencontrées :

- Mme Tabélaïte AZZI, Assistante Sociale

- Mme Faiza BOUFERKAS, Poste Liaison Ecole-Famille-Quartier, Centre Social ECHO

- Mme Pascal BOULOGNE, Documentaliste

- Mme Marie-Noëlle DELBECQ, Vice présidente de l'association Parents d'élèves

- Mme Cécile DESPLANCES, Infirmière

- M. Laurent DOOLAEGHE, Personnel d'intendance

- M. Didier DUFOUR, Secrétaire-coordinateur RAR Samain

- M. Hamian GUESSAIMI, Secrétariat

- M. David GORCZAQ, Agent d'entretien

- M. Lionel LAPORTE, Professeur d'Allemand

- M. Eric MAQUER, Principal

- Mme Erika RAHAROLAHY, Médiatrice

- Mme Maria RAIMUNDO, Présidente de l'association Parents d'élèves

- Mme Véronique THEVENOUD, Agent Territorial

- M. Vincent THYS, Directeur Adjoint SEGPA

- Mme Marion VANHAVERBEKE, Assistante sociale de la classe Relais, ADSSEAD

- M. Fadhil ZERGUINE, Assistant d'Éducation

Devant l'entrée du collège Albert Samain avec le Principal Eric Maquer

RENCONTRE AVEC LES PARENTS D'ÉLÈVES

Globalement, on trouve que nos enfants ont plus de chance et d'opportunité qu'il y a un an et demi ou deux ans. C'est le chef d'établissement qui est capital au sein du collège. C'est la priorité. S'il y a une bonne collaboration entre les professeurs, entre le principal et le principal-adjoint, cela se voit et se répercute de manière positive sur les élèves.

L'écoute est primordiale : elle peut apporter encore plus que l'enseignement à proprement parler. Les élèves apportent au collège le poids de leur vie quotidienne, de leur famille et, quand il y a des comportements inhabituels, cela peut être un appel au secours de la part de l'élève. Les enfants ont besoin de parler à quelqu'un qui n'est, ni un enseignant, ni un membre de leur famille. Aujourd'hui il y a une écoute de la part du collège. On entend parler de Samain de manière plus positive depuis l'arrivée de M. Maquer.

Quels autres partenaires vous semblent importants quant à l'épanouissement de vos enfants ? Les CPE, les assistantes sociales, les infirmières.

Comment avez-vous vécu les différentes évolutions de ce collège ?

Quand je suis arrivé du Portugal, il y a plus de 30 ans, le collège m'a accueillie presque mieux que ma propre famille. La structure était beaucoup plus petite, un peu comme en SEGPA, avec beaucoup d'élèves issus de l'immigration. Beaucoup d'enfants ne parlaient pas français. Les professeurs étaient très attentifs. Les parents à l'époque étaient peut-être plus stricts, ce qui évitait certaines dérives. « La télé n'avait pas encore remplacé l'école ».

« Il ne faut pas confondre Education nationale et éducation. Il faut assumer le fait de faire un enfant et assumer son éducation. L'établissement ne doit pas être freiné par le fait que les enfants ne soient pas éduqués par leurs parents... Aujourd'hui l'établissement tourne très bien ». Les enfants commencent à y prendre goût.

- Le quartier a vieilli ; mais il reste chez les habitants du quartier un respect envers l'établissement. Aujourd'hui, il n'y a plus d'agressions d'enseignants ou de dégradations de voitures dans le parking de l'école.

L'école est le lieu de transfert des difficultés de l'extérieur. Il faut beaucoup de dialogue. Il faut essayer de ne pas reproduire la fracture sociale et pédagogique. Cela ne suffit pas de « gérer », il faut créer des projets de manière concomitante.

RENCONTRE AVEC LE PERSONNEL ÉDUCATIF

Ici on remplace un peu les manques des familles ; je suis « l'infirmière dispensaire » dans cet établissement. Les élèves ne comprennent pas qu'on n'est pas là simplement pour distribuer des médicaments, mais surtout pour essayer de comprendre ce qui ne va pas. La situation ne semble pas s'améliorer depuis dix ans.

Les parents manquent parfois de « tonus » envers leurs enfants. Ces derniers sont dans l'instant, et dans l'instant présent, seulement. L'infirmerie peut être un refuge, souvent avec des enfants qui somatisent ; mais le problème est souvent ailleurs. Il peut y avoir un certain nombre de mal-être. Ils sont aux prises avec des difficultés liées à leur environnement

Le collège est un lieu de vie ; mais pas forcément le lieu de travail qu'il devrait être. Certains élèves restent après les cours au collège au lieu de rentrer chez eux. Il y a une grande difficulté pour mettre les enfants au travail. Les élèves n'y croient pas et ils ne s'en donnent pas les moyens. Il y a une forme de fatalisme, de résignation. Ce n'est pas le discours de chacun ; mais de beaucoup d'entre eux.

Certains élèves sont perdus et en entrainent d'autres avec eux. Les problèmes avec les élèves arrivent souvent en 4ème. « Je pense que même si des élèves ont des problèmes, après le collège, beaucoup se responsabilisent. »

Il y a un gros manque de confiance chez les élèves. Mais ils sont plus autonomes que ce qu'ils croient. La classe bilingue en allemand fonctionne très bien. « L'erreur est un tremplin ».

« L'argent est le nerf de la guerre dans un collège comme celui-ci ». Les gens ont droit à des aides. Mais ils ont de grandes difficultés à remplir et à retourner les dossiers administratifs. Les parents sont perdus ; beaucoup ne comprennent pas le français. La situation des Roms est particulièrement inquiétante. Il y a la bourse Télémaque (financée par le groupe Axa), qui donne des subventions aux élèves les plus méritants. Il y a des élèves qui s'en sortent malgré tout. Ce projet de bourse a suscité un fort débat, lié à l'entrée du privé dans le public.

La priorité est d'élargir l'horizon et l'ouverture sur le monde de l'élève. Beaucoup d'élèves ne mesurent pas le sens qu'on doit donner à l'école. C'est notre travail de le leur faire comprendre.

La section SEGPA accueille une soixantaine d'élèves. On les prend en charge individuellement, pour aller, entre autre, vers une formation CAP à partir de la 4e. Les élèves commencent alors les pratiques d'atelier avec de plus grandes périodes de stage. Le but est de bien s'orienter. Malgré tout il existe un paradoxe car l'on demande aux élèves - qui sont souvent le plus en difficulté - de s'orienter dans l'avenir, de se projeter beaucoup plus loin que la majorité des élèves du collège. Il y a de plus en plus de problèmes liés à l'hétérogénéité de la SEGPA, car beaucoup d'élèves ont des handicaps sérieux et ils ne se retrouvent pas dans une section appropriée.

Il y a des élèves, d'origine Rom qui ont de très grandes difficultés. Il n'y a pas forcément des structures adaptées pour eux. Des élèves, sédentarisés, sont là depuis 3, 4 ans. Le problème de leur accueil se pose aussi en milieu rural. Souvent ils viennent en classe, y reviennent et sont très contents d'être là, même s'ils ne parlent pas un mot de français. Je trouve ça très encourageant. Il y a une nécessité de créer des actions visant à faire connaitre l'Autre (souvent c'est le Rom) aux autres communautés (notamment maghrébines). Il y a beaucoup de conflits entre ces communautés.

L'association CEGI s'occupe des familles Roms dans la ville. Les assistantes sociales font le lien entre l'association et le collège.

RENCONTRE AVEC LES PARTENAIRES ASSOCIATIFS

(RAR)

Sont présents :

- M. Didier  DUFOUR, Secrétaire du réseau Ambition Réussite pour les collèges Albert Samain et Anne Franck ;

- Mme Faiza BOUFERKAS, Poste liaison École-Famille-Quartier ;

- Mme Marion VANHAVERBEKE, assistante sociale sur la classe Relais qui s'occupe de prévention contre le décrochage scolaire.

Nous accompagnons les enseignants afin qu'ils puissent utiliser les meilleurs outils en classe. Cela a commencé véritablement en 2007 avec des animations pédagogiques et des missions d'appuis des enseignants.

« Comment faire pour que les élèves soient en situation d'apprentissage en classe ? »

Il faut avoir une autre image du collège bien que les parents s'investissent moins qu'avant. On a une triple casquette d'animateur/ éducateur/policier. Il faut essayer de discuter avec l'élève : pourquoi il ne veut plus aller en cours par exemple. Cela peut sembler classique, mais environ 10 % des familles nous posent des problèmes et nous prennent, au final, la moitié de notre temps de travail. Cela peut être pesant.

Avec les élèves délégués du collège Albert Samain

RENCONTRE AVEC LES ÉLÈVES ET ANCIENS ÉLÈVES

Qui serez-vous dans 20 ans ?

- Marié, 4 enfants

- On ne sait pas

- Je veux faire des études

- Piloter des avions

- Pompier

- Informaticien, webmaster

Que pensez-vous de l'école, qu'est-ce qui doit changer ?

- Avant on avait des espaces verts, maintenant on a que des immeubles et du goudron.

- Moi je trouve qu'ils ne font pas assez de travaux.

- Il y a trop de voitures qui passent

- On pourrait mettre des robots électriques partout

- On a besoin de plus de verdure

Anciens collégiens :

- Il y a moins de liberté au collège mais les professeurs étaient vraiment bien.

- C'est dur d'arriver en 2nde...

- Au collège on n'avait pas l'habitude de beaucoup travailler, alors qu'au lycée c'est beaucoup plus dur ;

- On est 35 élèves par classe au lycée, ça change beaucoup du collège.

Rencontre impromptue avec de futurs 6e en visite au collège Albert Samain