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La pollution de la Méditerranée : état et perspectives à l'horizon 2030

21 juin 2011 : La pollution de la Méditerranée : état et perspectives à l'horizon 2030 ( rapport de l'opecst )
4. L'industrie

Les rives de la Méditerranée ne sont pas parmi les plus industrialisée de la planète. Les pollutions industrielles n'y atteignent pas les niveaux des grands lacs américains, de la Baltique ou de la baie de Seine.

Mais, en l'état, l'industrie méditerranéenne fait peser une menace tellurique très réelle, qui tient peut-être à ce qu'elle regroupe, en un modèle probablement unique, tous les âges de l'industrie : passée, traditionnelle, transférée et d'avenir7(*).

 Les pollutions passées

Il s'agit :

- soit, comme il a déjà été souligné, d'héritages de produits interdits depuis plusieurs décennies, comme les PCB qui reposent dans les sédiments des fleuves et sont relargués ;

- soit d'exploitations minières traditionnelles (c'est, par exemple, le cas de la Grèce) ;

- soit encore des restes de l'industrie du bloc de l'Est. L'Albanie présentait le cas d'école d'un pays où ces industries obsolètes ont fermé après 1991, en laissant des sites contaminés et des stocks de produits dangereux non traités (lindane et sels de chrome dans le golfe de Dürres, contamination par le mercure dans le détroit de Vlöra - ceci dans une zone de 20 ha avec des concentrations qui vont jusqu'à 60 g/kg à une profondeur de 1,5 m).

 Les pollutions traditionnelles

On mentionnera à nouveau les apports industriels de trois grands bassins hydrographiques de la rive Nord.

Mais, une mention spéciale peut être décernée à l'exploitation et à la transformation des hydrocarbures. Le rapport précité de l'Agence européenne de l'environnement pointe la situation de l'Algérie, qui est le principal pays producteur de pétrole de la région : rejets de 10 000 t/an dus à des fuites d'exploitation en mer, rejets de boues toxiques provenant des raffineries à Alger et à Skidda et qui se concentrent dans les sédiments portuaires de ces villes.

Ceci, quand ces résidus ne sont pas mélangés aux ordures domestiques et stockés de façon non sécurisée dans des décharges à ciel ouvert, qui sont lessivées lors des épisodes pluviométriques violents.

 Les pollutions transférées

Ces pollutions industrielles correspondent à des industries déjà anciennes (textile, engrais, chimie, cimenterie, etc.) mais qui ont été transférées depuis une vingtaine d'années sur la rive Sud. Ces activités industrielles sont assez « sales » et la plupart du temps très peu contrôlées. C'est le cas des phosphogypses qui sont rejetés dans le golfe du Gabès, de l'industrie du delta du Nil ou de celle de l'aire d'extension urbaine d'Istanbul.

Sur ce point, votre rapporteur a noté que la situation semblait évoluer lorsque l'on combine, comme l'ont fait l'Egypte et la Tunisie, une réglementation pénalisante et des propositions d'aides sous forme de prêts (souvent proposées par la Banque Mondiale, la Banque européenne d'investissement, l'AFD ou encore le KFW qui est l'agence de développement allemande). Cette combinaison est incitative pour les entreprises car elle est porteuse d'un retour sur investissement antipollution rapide.

Mais cette voie d'amélioration n'intéresse que les grandes entreprises et non les PME qui sont des pollueurs conséquents (cf. supra la situation d'Istanbul).

 Les pollutions d'avenir

Elles proviennent paradoxalement du développement de l'économie immatérielle susceptible, en principe, réduire les pollutions industrielles. C'est oublier que ce secteur repose aussi sur une production de biens manufacturés.

Une étude en cours d'élaboration8(*) au « Plan Bleu » montre que la consommation des habitants de la rive Nord comprend 30 % de bien importés alors que ce pourcentage n'est que de 0,3 % sur la rive Sud. La croissance de l'équipement en informatique et en téléphonie mobile des habitants de cette zone posera inévitablement un problème dans la mesure où les Etats n'y sont dotés ni d'une réglementation prévoyant l'élimination de matériels qui sont renouvelés tous les trois/quatre ans, ni bien sûr des filières organisant le recyclage de ces déchets.


* 7 On en donnera ci-après quelques exemples, en renvoyant pour plus de précisions à l'étude précitée de l'Agence européenne pour l'environnement « Problèmes prioritaires pour l'environnement méditerranéen » - 2006.

* 8 Reposant sur un échantillon de 20 produits.