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Les toxicomanies (Tome I : Rapport)

30 juin 2011 : Les toxicomanies (Tome I : Rapport) ( rapport d'information )
b) Garantir un parcours de soins continu à tous les toxicomanes et un suivi à la sortie

L'enjeu, en matière de traitement des toxicomanies, est non seulement d'appliquer un modèle thérapeutique adapté - on a vu que les approches étaient multiples - mais aussi de parvenir à un suivi continu du toxicomane en voie de rétablissement. Cela suppose une démarche de long terme, avec un véritable parcours de soins allant de l'entrée dans le traitement à la sortie effective de l'addiction. Or, le nombre insuffisant et l'éparpillement des structures de soins ainsi que l'absence d'un réel suivi en fin de traitement accroissent les risques de rechute.

Une réflexion doit être engagée pour se doter de structures intermédiaires permettant un accompagnement continu car l'addiction est, de l'avis de tous, une maladie dont on ne sort qu'après de longues années. Il s'agit là, à l'évidence, d'un « chaînon manquant » qui a été évoqué tant par le docteur Xavier Emmanuelli, président et fondateur du Samu-social, que par le père de Parcevaux, chargé de mission par l'archevêché de Paris sur la problématique des toxicomanies (166(*)).

Accompagner les toxicomanes les plus vulnérables

Le dispositif de soins actuel, bien que très diversifié, se révèle insuffisant pour traiter les plus fragiles. Vos rapporteurs sont particulièrement préoccupés concernant les jeunes dépendants. Certes, les « consultations pour jeunes consommateurs » leur permettent de faire le point sur leur consommation et les orientent vers des structures de soins. Mais l'offre de soins proprement dite est très largement insuffisante. Ainsi que le soulignait Mme Martine Lacoste, secrétaire générale du centre d'information régional sur les drogues et les dépendances de Midi-Pyrénées (167(*)), on déplore un manque cruel de services consacrés aux jeunes mineurs en situation d'addiction puisqu'on n'en compte que deux en France.

Il faut absolument consentir un effort soutenu pour se doter de dispositifs adaptés car on ne peut, en matière de toxicomanie des jeunes, tolérer le défaitisme. Il convient ainsi de soutenir des expériences telle celle conduite par le père de Parcevaux qui a créé une structure permettant à de jeunes consommateurs de drogues, souhaitant « se poser » dans un lieu neutre, de se retirer du milieu familial et médical et passer un court séjour dans un lieu de vie sans médicament, ni psychiatre ni psychologue.

Se pose également la question du suivi de leur traitement par les personnes sortant de prison. Il est extrêmement préoccupant de constater que des détenus qui ont réussi à « décrocher » de la toxicomanie lors de leur détention ne font que trop rarement l'objet, à leur sortie du milieu carcéral, d'un accompagnement pour les soutenir dans leur démarche, faute de « point de chute ». Certes, des places existent dans des structures de soins résidentiels, comme par exemple le centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie Pierre Nicole que la mission d'information a visité ; mais, comme on l'a vu plus haut, nous manquons encore de telles structures d'hébergement. Cela étant, ce problème s'inscrit dans la problématique, plus vaste, des carences de la préparation de la sortie des détenus qu'il n'appartenait pas à la mission d'information d'analyser.

Une autre catégorie de toxicomanes particulièrement fragiles est celle des femmes isolées, dépourvues de ressources et de logement stables et vivant dans des conditions extrêmement précaires. Il leur est difficile de trouver des places dans des structures de soins accueillant également leurs jeunes enfants ; comme pour les jeunes toxicomanes, il convient de renforcer les efforts pour créer des lieux d'accueil adaptés qui leur permettent de suivre un traitement tout en préservant la cellule familiale.

Vos rapporteurs sont également sensibles aux propos de M. François Hervé, responsable de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (168(*)), qui a insisté sur la nécessité de tenir compte des usagers de drogues vieillissants pour qui « il est extrêmement difficile de [...] trouver des dispositifs d'accueil. Ils n'ont pas accès aux maisons de retraite, ni à un certain nombre de dispositifs classiques. Ils sont parfois extrêmement fatigués du fait de leur vie passée, et très marqués. Leur vieillissement est souvent prématuré. Il est nécessaire de réfléchir à des dispositifs d'accueil de ces personnes ».

Ce constat problématique rejoint celui dressé par une récente étude de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (169(*)) qui note une nette tendance au vieillissement des usagers de drogues accueillis dans les centres spécialisés, où la part de toxicomanes âgés de plus de quarante ans est passée de moins de 4 % à plus de 21 % entre 1993 et 2008. Ce vieillissement constitue un défi : de toute évidence, une réflexion doit être engagée pour définir quelles seraient les structures les mieux adaptées à ce public très particulier, souvent désinséré et dont l'entrée dans le troisième âge, avec l'ensemble des problèmes qui y sont associés, va appeler de nouvelles solutions.

Enfin, vos rapporteurs s'alarment de la situation des toxicomanes sans domicile fixe dont l'étude dénommée « Samenta », menée par le Samu-social de Paris, montre qu'ils sont davantage touchés par les addictions et les troubles psychiatriques que la population générale. Or, comme l'a déploré le docteur Xavier Emmanuelli, président et fondateur du Samu-social, « il n'y a pas de filière, pas d'aval [...] Chaque quartier ou chaque petite ville devrait pouvoir disposer de quinze à vingt lits. Ce serait un immense effort, pas si cher que cela » (170(*)). Vos rapporteurs rejoignent cette analyse : le traitement des plus vulnérables nécessite, en premier lieu, de se doter de capacités d'hébergement adéquates pour pouvoir envisager un réel accompagnement et un traitement.

Assurer un suivi à la sortie du traitement

Si l'entrée des toxicomanes dans le système de soins constitue un premier défi, leur suivi en fin de traitement est tout aussi primordial. Les divers intervenants auprès de la mission d'information ont tous fait état du risque de rechute, la sortie de l'addiction n'étant qu'une rémission de plus ou moins longue durée. L'accompagnement après le sevrage et le maintien dans l'abstinence sont tout aussi difficiles que la prise de décision d'arrêter de consommer des produits stupéfiants. Or, vos rapporteurs ont pu constater qu'une fois le traitement achevé ou interrompu, trop souvent, les anciens toxicomanes ne sont pas suivis sur le long terme. On observe ainsi que peu d'établissements de soins pour toxicomanes disposent de statistiques leur permettant de connaître le devenir des personnes qu'ils ont accueillies et leur réel « taux de réussite ».

Des structures visent pourtant à accompagner les anciens usagers de drogues une fois leur traitement ou leur sevrage achevé ; il convient de multiplier les initiatives en la matière pour leur apporter un soutien dans le maintien de l'abstinence.

Diverses démarches sont possibles. Vos rapporteurs ont pu assister à une réunion de l'association Narcotiques Anonymes qui repose sur l'écoute et le soutien des pairs en appliquant le modèle thérapeutique dit « Minnesota », jalonné de douze étapes visant à parvenir à une abstinence prolongée. Les « partages de parole » décrivent ainsi la prise de conscience de l'état de dépendance, la rechute, la difficulté du maintien dans l'abstinence ou la fierté de la réussite. De telles approches ne sont probablement pas adaptées à tous les anciens usagers de drogues ; elles semblent néanmoins constituer une aide précieuse pour les anciens toxicomanes qui se définissent toujours, même après de très nombreuses années d'abstinence, comme des dépendants.

D'autres initiatives originales méritent d'être soutenues, telle celle décrite par le docteur Xavier Laqueille, chef du service d'addictologie de l'hôpital Sainte-Anne, qui a fait état de l'expérience conduite par l'association Ligne de vie, fondée par M. Michel Platini et désormais hébergée par l'hôpital. Cette association propose une centaine d'emplois aidés à d'anciens toxicomanes, sur la base d'une convention conclue avec la mairie de Paris, pour une durée de deux à cinq ans. Elle a proposé, depuis cinq ans, trois cent soixante emplois. Les anciens usagers de drogues bénéficient ainsi non seulement d'une réinsertion sociale et professionnelle, mais aussi d'un véritable suivi puisqu'en cas de comportement problématique, le service d'addictologie de l'hôpital Sainte-Anne est contacté pour reprendre les soins dans le cadre d'un arrêt de travail. Cette expérience, très positive, mériterait sans nul doute d'être diffusée et reproduite à plus grande échelle.


* (166) Audition du 9 février 2011.

* (167) Audition du 16 février 2011.

* (168) Audition du 23 mars 2011.

* (169) Observatoire français des drogues et des toxicomanies, Les usagers de drogues âgés de 40 ans et plus pris en charge dans les structures de soins pour leurs problèmes d'addiction, note n° 2010-12, 9 août 2010.

* (170) Audition du 9 février 2011.