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L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques

24 janvier 2012 : L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques ( rapport de l'opecst )
3. L'importance de sa composante culturelle

L'innovation a essentiellement des racines culturelles. Elle doit donc être analysée dans le contexte où elle est amenée à se développer, car elle correspond à des besoins qui sont différents selon les lieux.

L'exemple de deux pays émergents -l'Inde et la Chine- et d'un pays hautement développé -les États-Unis- le montre clairement.

a. L'exemple indien

L'Inde a une approche frugale de la production, qui correspond à un mode de vie. Elle cherche des solutions moins chères. Elle n'innove pas plus, mais elle innove différemment. Elle recherche les technologies qui sont adaptées à ses besoins.

Il en découle des situations très différentes, comme l'illustre le secteur automobile :

D'une part, l'Inde essaie d'utiliser au mieux ce qui existe, sans chercher forcément la nouveauté. Elle répare, elle recycle, pour rendre la voiture accessible à la classe moyenne, même si parfois, les laboratoires y semblent vieillots.

Mais d'autre part, elle crée des véhicules hybrides et s'oriente vers la production de véhicules consommant moins d'essence, qui pourront répondre éventuellement aux besoins des pays industrialisés.

L'Inde innove différemment car elle a des besoins et des modes de pensée spécifiques. Son approche frugale de la production correspond à une réflexion de nature philosophique (la sobriété, la frugalité sont des valeurs particulièrement prisées). En conséquence, ce pays recherche les technologies qui sont adaptées à ses besoins ainsi que des avantages comparatifs par rapport aux pays développés. Certes, les moyens et les outils employés, les structures mises en place sont proches de ce qui est fait dans les pays développés, mais l'état d'esprit est différent. L'Inde privilégie les produits plus robustes, les solutions moins chères et les modes d'organisation de la consommation et de la production utilisant moins de ressources.

L'Inde essaie ainsi de trouver des solutions différentes.

Dans la production automobile, l'Inde essaie également de trouver des formules adaptées à ses besoins, même si les résultats attendus ne sont pas toujours au rendez-vous.

L'exemple de la Tata nano, fabriquée par Tata Motors est significatif de cette approche, des attentes qu'elle suscite et des difficultés rencontrées. La solution trouvée est basée sur l'exemple du rickshaw, dont la taille est particulièrement pratique. Fondée sur l'invention, elle aboutit à une voiture simple mais qui a toutes les fonctions d'un véhicule traditionnel. Son succès est néanmoins limité, et sa production n'arrive pas pour l'instant à décoller.

Dans un autre domaine, la téléphonie mobile, l'Inde a réussi à trouver des solutions originales pour répondre à ses besoins particuliers, comme le montre l'exemple de l'entreprise MobMe.

L'exemple de la société indienne MobMe

Cette société a identifié les besoins de deux catégories de la population : les pêcheurs et les policiers. Elle a essayé d'y répondre, en utilisant la dynamique créée par la diffusion des nouvelles technologies de masse, telles que les téléphones mobiles, particulièrement utilisés en Inde.

Elle propose ainsi des services répondant aux besoins particuliers d'une population qui souhaite communiquer et être informée mais qui n'utilise par forcément les moyens traditionnels d'information (télévision, journaux).

Elle a su trouver grâce à l'innovation des solutions nouvelles particulièrement adaptées aux problèmes rencontrés par les ministères de l'intérieur et de la pêche, en se basant sur la volonté du gouvernement indien de développer les services électroniques.

Soumise à la contrainte de la multiplicité des langues, elle a été obligée de mettre en place des solutions innovantes.

Elle s'est aussi aperçue que les pêcheurs avaient besoin de connaître les prix du poisson sur des marchés locaux proches qui restaient très différents. Ces pêcheurs ne lisent pas de journaux, n'utilisent pas la télévision pour s'informer mais ont par contre des téléphones portables. Elle leur propose donc de leur communiquer par téléphonie mobile les cours sur les différents marchés de proximité pour qu'ils puissent décider où débarquer le produit de leur pêche afin de le vendre dans les meilleures conditions. Le nombre de pêcheurs ainsi contactés par SMS est de plusieurs millions. Des revenus collatéraux en découlent pour les autres villageois : les revendeurs de cartes de téléphone prépayées touchent une commission, ce qui permet de faire vivre les retraités.

MobMe a répondu à un besoin particulier des policiers qui utilisent peu l'informatique mais ont par ailleurs un téléphone portable. Elle leur propose un logiciel particulier qui leur permet de faire leurs rapports sur les accidents.

Tenant compte de l'extrême difficulté d'une grande partie de la population à remplir des formulaires, MobMe propose des services novateurs en matériel et en logiciels pour remplir une seule fois les formulaires administratifs. L'information ainsi collectée est disponible pour être réutilisée.

Cet exemple n'est pas le seul. Les changements dans l'agriculture le montrent : les OGM ont été utilisés dans un premier temps pour diminuer la consommation de pesticides et d'engrais et pour réduire la pollution de l'eau, de même que pour augmenter la production de produits alimentaires. Puis il est apparu que la dépendance par rapport à la société qui produisait les semences ne correspondait pas aux habitudes traditionnelles.

Jusqu'à présent, la recherche dans les domaines de l'agriculture mais aussi de la défense était faite dans le secteur public. Les universités étaient censées ne faire que de l'enseignement, pas de la recherche. Il faut maintenant créer des liens entre enseignement et recherche. Des réformes sont en cours.

Le contexte culturel va devoir évoluer : les chercheurs sont encore peu motivés pour créer des entreprises, même s'ils sont un peu plus intéressés par les relations avec l'industrie.

En matière de propriété intellectuelle enfin, les attitudes devront changer : le respect de la propriété intellectuelle résulte non de la volonté du gouvernement, mais de la manière dont la propriété intellectuelle est interprétée, voire comprise par les juges, les services de police ou des douanes. Il est par ailleurs difficile de faire comprendre aux entreprises ce qu'est la propriété intellectuelle. Les changements ont débuté : les moyens en personnel de l'Agence chargée de la protection des droits de protection intellectuelle viennent d'augmenter.