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L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques

24 janvier 2012 : L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques ( rapport de l'opecst )
b. L'exemple chinois

En Chine, le modèle est différent. On ne parle pas d'innovation frugale, mais de philosophie et d'histoire.

Les chinois considèrent que l'innovation signifie qu'on cherche à créer de nouvelles connaissances sur le monde et les hommes, ce qui ne peut pas être nocif. C'est notamment le cas pour les communications ou l'électronique. L'invention, c'est-à-dire la création de nouveaux objets peut avoir au contraire des effets positifs ou négatifs. Un couteau permet de faire la cuisine. Il peut aussi être une arme qui peut tuer un autre homme. Il faut donc être très prudent quand on met en place un nouveau produit, afin d'éviter qu'il ne porte atteinte à la vie, qu'il s'agisse d'énergie nucléaire ou de nanotechnologies. L'innovation est néanmoins perçue différemment quand elle permet d'améliorer la qualité de la vie.

Etre innovant pour une entreprise, un laboratoire, un Etat, c'est toujours être comparé à ses rivaux. Mais l'innovation est totalement liée au monde financier. Elle doit rapporter de l'argent, ce qui conduit à améliorer les rendements (dans les cellules solaires par exemple) sans penser aux conséquences et aux risques. Aussi, ne faut-il pas négliger les effets négatifs de certaines innovations.

Les effets économiques ne sont pas la finalité de l'innovation qui est d'améliorer la qualité de la vie humaine. L'évaluation de la sécurité d'une nouvelle technologie est essentielle avant de la développer pour le grand public.

Toute l'innovation s'explique par la demande de la société : dans le domaine de l'énergie, comme on sait qu'on va vers un épuisement de l'énergie fossile, pourquoi ne pas imaginer le problème d'une autre façon, en consommant l'énergie différemment ? Mais personne ne pense à changer son comportement pour consommer moins d'énergie. Il faut trouver des solutions plus rationnelles plutôt que de pratiquer une fuite en avant.

Comme le remarquent des responsables de l'ITTN (International Technology Transfer Network) et de la commission science et technologie de Pékin, la Chine accorde aujourd'hui beaucoup d'importance à l'innovation, essentiellement pour des raisons historiques : jusqu'en 1978, la Chine était un pays très fermé aux plans économique et politique. Il en a résulté un niveau de développement technologique et scientifique qui laissait à désirer. L'ouverture vers le monde initiée par Deng Tsiao Ping a permis aux chinois de se rendre compte de ce qui se passait ailleurs. Le gouvernement a alors proposé l'innovation à la population. C'était une approche top-down. Mais il y a aussi une approche bottom-up : Les entreprises qui comparent leurs produits avec ceux créés à l'étranger ont conscience qu'ils ne sont pas toujours adaptés à la demande extérieure, qu'ils sont souvent vieillots et qu'il est indispensable d'innover pour survivre. Le gouvernement, pour sa part, se rend compte qu'il doit changer de comportement pour ne pas constituer un obstacle à la vie de la société.

L'esprit d'innovation a pénétré dans la culture chinoise depuis cette époque. C'était une question de survie qui est devenue culturelle. Les chinois considèrent en outre que toute innovation est binaire. Le caractère positif ou négatif dépend de la politique du pays et des gens qui contrôlent ces innovations. Il peut y avoir aussi des aspects négatifs liés à la recherche exagérée des profits ou à l'insuffisance de la réflexion sur les effets négatifs d'une technologie innovante.

Tant que la Chine était fermée, elle ne voyait de l'extérieur que les bonnes choses (nourriture, vêtements). Les chinois avaient alors l'impression que l'innovation ne pouvait être que positive, alors que les occidentaux étaient plus raisonnables dans leurs réflexions car voyaient l'ensemble du cycle de l'innovation, ce qui les amenait à lier l'innovation aux risques et aux peurs.

Actuellement, ces préoccupations sont prises en compte par les autorités publiques. Depuis cette année, le gouvernement central ne parle plus seulement de croissance, mais de développement harmonieux et équilibré du pays, et cherche à prendre en compte la protection de l'environnement. Ce même type de raisonnement peut être utilisé pour l'innovation, en pensant à ses effets nocifs éventuels avant de la développer.

La Chine se rapproche ainsi des pays développés, et a pour objectif de devenir le laboratoire du monde après avoir été l'atelier du monde. Après avoir développé des produits manufacturiers simples, elle fabrique maintenant des avions, des voitures, des trains à grande vitesse. Elle consacre d'ores et déjà 1,8 % de son PNB à la recherche et développement, et prévoit d'augmenter son effort financier de manière significative, en le portant à 2,2 % en 2015 et 2 ,5 % en 2020.