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L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques

24 janvier 2012 : L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques ( rapport de l'opecst )
c. L'exemple américain

La culture joue un grand rôle dans l'approche de l'échec et dans la réponse au risque. La comparaison entre la France et les Etats-Unis le montre clairement.

(i) Une attitude différente face à l'échec

Les Etats-Unis sont un pays de pionniers, où il est accepté d'échouer, contrairement à la France. La question n'est pas d'avoir échoué, mais d'échouer rapidement en cas d'idée inadaptée, pour pouvoir rebondir plus rapidement et perdre moins de temps.

L'échec est approché différemment en tentant tout d'abord d'éviter la peur de l'échec. Il faut montrer des exemples de réussite, et en cas d'échec mettre l'accent sur les leçons qui en découlent.

C'est une différence culturelle importante, même s'il y a des différences régionales : la Californie est particulièrement ouverte au risque, le sud est plus conservateur.

(ii) Des facteurs de blocage et de changement différents :

Les blocages sur la science sont d'origine religieuse aux Etats-Unis : la théorie de l'évolution, le darwinisme sont devenus des questions non plus scientifiques, mais religieuses. Il en est de même pour toutes les questions touchant la reproduction humaine. En France, les blocages proviennent souvent d'associations environnementalistes.

Les changements sont plus rapides aux Etats-Unis, où il y a une très grande facilité d'adaptation, une plus grande réactivité et une plus grande capacité à s'adapter aux conditions économiques en temps réel. Les règles qui en découlent ne sont pas forcément transposables en France.

Il y a aussi dans ce pays un intérêt plus grand pour le suivi des réseaux sociaux, et une aptitude des épargnants ayant une certaine fortune à se transformer en business angels.

L'acceptation du risque est enfin beaucoup plus grande aux Etats-Unis. Or, c'est fondamental pour la recherche et l'innovation. Ce n'est pas l'argent qui manque le plus en France, mais le goût du risque, l'esprit d'aventure, l'acceptation du risque par le public, et l'acceptation de la rémunération du risque.

(iii) Une capacité de rebond plus importante 

Dans les années 50, la Caroline du Nord était connue pour ses champs de pommes de terre. En l'espace de cinquante ans, elle est devenue célèbre pour son triangle scientifique et les universités qui s'y sont installées, telles Duke University et l'Université de Chapel Hill.

Dans les années 70, Boston était une ville en désarroi, du fait de la crise du textile et de l'aluminium. Puis l'Etat du Massachussets a eu un rôle très important dans le développement des biotechnologies. L'innovation a permis une reconversion remarquable.

(iv) Une gestion différente des carrières

Les comparaisons sont éclairantes :

En France, le salaire est fixe, l'emploi des chercheurs confirmés sécurisé. Les avantages sociaux sont acquis et connus, la reconnaissance passe souvent par le groupe. La hiérarchie cantonne souvent les jeunes chercheurs à des projets limités et bloque les ambitieux. Les postes de haute responsabilité découlent du diplôme initial, souvent celui de l'Ecole Polytechnique ou de l'Ecole Normale Supérieure. En France, pendant longtemps, les chercheurs ne se sont pas intéressés à la valorisation, mais au développement de la connaissance. Cette situation change cependant assez rapidement.

Aux Etats-Unis, le salaire est variable et compétitif. Les chercheurs changent d'emploi en moyenne tous les cinq ans. La promotion est compétitive, de même que le statut. Les avantages sociaux dépendent du salaire et peuvent varier. La reconnaissance est individuelle. La motivation est plus personnelle, la hiérarchie moins pesante et la culture valorisent l'individu. Les possibilités financières de mener des coopérations internationales sont beaucoup plus importantes.

(v) Une approche différente des questions de sécurité

Le rôle qu'assume actuellement le FBI dans le domaine de la recherche est très étonnant pour un français.

Il s'explique largement par le traumatisme causé par les évènements du 11 septembre 2001, et par les épisodes terroristes qui l'ont suivi, et notamment l'affaire de l'anthrax.

Le FBI a maintenant pour mission d'améliorer la manière dont le public prend conscience des questions de sécurité et de sûreté, afin d'éviter de nouveaux dangers terroristes.

Il sponsorise à cette fin des séminaires de jeunes inventeurs pour les rendre conscients de ces problèmes. Son champ d'intervention est très large. Il recouvre les sciences de la vie, la biologie synthétique, les vaccins, toutes les possibilités de bioterrorisme. Il s'intéresse au danger de dissémination des traces d'ADN, et plus particulièrement à la diffusion de l'ADN de la variole par le courrier.

Les universités, qui se sont au départ étonnées de son intervention, le contactent maintenant pour organiser des séminaires.

Le contexte est en fait différent : l'innovation est perçue dans ce cas comme une menace pour la sécurité nationale, par crainte du terrorisme. Il s'agit donc de réconcilier innovation et sécurité.