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L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques

24 janvier 2012 : L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques ( rapport de l'opecst )

IV. LA PEUR DE CERTAINES INNOVATIONS ET LA MONTÉE D'UN NOUVEL OBSCURANTISME

Certaines innovations technologiques font l'objet d'âpres débats dans la société, par exemple les OGM, les nanotechnologies, les questions énergétiques, ou les innovations médicales. Si les questions soulevées sont souvent légitimes, beaucoup de peurs, parfois irrationnelles, sont exprimées et amplifiées par les médias. Ainsi, il nous a paru opportun d'analyser ces quatre thématiques pour en faire un état des lieux et identifier les points de blocage ou les voies de consensus.

A. LES QUESTIONS ÉNERGÉTIQUES

Les questions énergétiques sont fondamentales car elles structurent une part importante de l'outil économique et productif d'un pays. Ainsi, la France a fait le choix de l'énergie nucléaire. Dans le contexte post-Fukushima, beaucoup se sont empressés de demander une sortie totale du nucléaire. Il semble toutefois possible de tracer une voie plus raisonnée et plus raisonnable, qui intègre les technologies nouvelles au fur et à mesure de leur maturation technologique, tout en ne fermant pas la voie à des innovations de rupture dans le domaine des technologies de stockage.

1. Peut-on établir une balance bénéfice-risque de l'énergie nucléaire ?

Sur la question de l'énergie nucléaire, le débat est souvent passionné.

Pourtant, une fois l'état des lieux actuels posé, très peu de choix s'offrent à nous, et ceux-ci ont été traités dans le cadre de la mission sur la « Sûreté nucléaire, la place et l'avenir de la filière ».

Dans ce rapport, après une description des priorités stratégiques et des contraintes, une trajectoire raisonnée est proposée.

Celle-ci combine de nombreux avantages :

- Une diminution significative de la production d'origine nucléaire d'ici 2050, qui permet d'accroitre notre sécurité énergétique en renforçant la diversification de notre production électrique, et ce afin d'éviter le « syndrome japonais », qui nous ferait perdre 80 % de nos capacités de production.

- Le non remplacement d'un réacteur sur deux, et donc le passage de 58 à 29 réacteurs, au profit d'EPR, renforcerait globalement la sûreté par une réduction du nombre de sites et des réacteurs plus sûrs. Une planification du même type est appliquée pour la génération IV à l'horizon 2050-2100.

- Le maintien de la filière nucléaire française et de son savoir-faire industriel (dont la filière de combustible MOX, qui permet d'assurer une partie de notre indépendance énergétique), permet de conserver de la crédibilité pour l'exportation.

- Une utilisation optimale des énergies renouvelables par une entrée en service progressive et raisonnée, selon leur maturation technologique, est suffisamment souple pour s'ouvrir aux « bonnes nouvelles » telle qu'une innovation de rupture sur les technologies de stockage.

- Une exploitation à terme des capacités électronucléaires en base et non plus en suivi de charge, utilisation qui est plus naturelle pour cet outil.

- La conservation de notre indépendance énergétique par le maintien d'une part nucléaire, sans recours supplémentaire aux énergies fossiles (par exemple gaz russe ou aux centrales à gaz allemandes).

- Une fourniture d'électricité suffisante et « de qualité » pour l'industrie électrointensive et de précision (nombre et durée des microcoupures,...)

- La prise en compte de la contrainte climatique (CO2).

- La prise en compte de la contrainte économique du coût de l'électricité, que ce soit pour le particulier (précarité énergétique) ou pour les entreprises (faillites et délocalisations).