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L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes »

4 juillet 2012 : L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes » ( rapport d'information )
3. Une situation politique qui reste instable
a) Des flambées de violence sporadiques

Si le peuple tunisien a véritablement bénéficié d'une révolution démocratique, l'actuelle période de transition suscite de fortes attentes, en partie contradictoires, chez les citoyens. Le choix louable des principales formations politiques d'engager la transition politique dans une démarche de consensus a favorisé le regain des oppositions, tant parlementaires qu'extraparlementaires.

Les islamistes d'Ennahda sont critiqués par les salafistes pour leur attitude trop conciliante vis-à-vis des partis laïcs, tandis que le Président de la République et le Président de l'Assemblée nationale sont mis en cause par certaines formations laïques pour avoir accepté de partager les responsabilités d'exercice du pouvoir avec Ennahda. Le 16 juin, l'ancien Premier ministre de la période de transition Caïd Essebsi a ainsi créé un nouveau parti « L'Appel de la Tunisie », d'inspiration bourguibiste, clairement opposé à l'influence d'Ennahda et ralliant jusqu'à d'anciens membres du RCD.

Des flambées de violence agitent ainsi sporadiquement la Tunisie : les 11 et 12 juin, des émeutes ont éclaté à Tunis et dans plusieurs villes, à l'appel des salafistes, pour protester contre une exposition artistique jugée blasphématoire - mais d'autres motifs ont aussi entamé le divorce entre Ennahda et les salafistes, qui reprochent au gouvernement de ne pas avoir de programme véritablement islamiste et de ne pas baser la loi tunisienne sur la Charia. Les forces de l'ordre ont annoncé l'arrestation de plus de 140 personnes, dont la moitié ont été libérées après quelques jours, à l'issue de manifestations dont la répression a entraîné un mort et plus d'une centaine de blessés. Le couvre-feu a été instauré.

Concernant les manifestations sociales, les partis membres de la troïka sont à la fois attachés au dialogue avec la centrale syndicale historique, l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), et hostiles à la persistance de mouvements de contestation qui entraveraient la reprise de l'économie.

b) Une vie politique déjà mature

La délégation de la commission des finances juge indispensable la consécration des valeurs au nom desquelles a été conduite la révolution tunisienne. Respectueuse du droit des peuples à se gouverner eux-mêmes, elle n'a pas à se prononcer sur les institutions et les dirigeants que se choisiront démocratiquement les Tunisiens. Il faut toutefois noter que la tradition laïque est fortement ancrée en Tunisie, ce qui rend peu probable la mise en place d'un Etat islamique, tel que le souhaitent les minorités salafistes, très peu nombreuses, puisque leur audience est estimée à quelques dizaines de milliers de personnes.

Les sénateurs de la commission des finances prennent aussi note de l'aspiration des Tunisiens à la stabilité politique et à la sécurité, comme condition nécessaire de nouvelles avancées vers le développement et d'une consolidation de l'économie. A cet égard, l'appel de Rached Ghannouchi, dirigeant d'Ennahda, de lever l'état d'urgence instauré après les manifestations des 11 et 12 juin traduit les aspirations de nombreux Tunisiens à ne pas compromettre la saison touristique.

Par rapport aux autres pays ayant connu des printemps arabes, la Tunisie se caractérise par une maturité politique beaucoup plus grande et la mobilisation de très nombreuses sources d'information, notamment sur Internet. Alors que la révolution tunisienne avait été mal appréhendée par les chancelleries occidentales, le soutien à une société civile très diverse, et que les membres de la délégation ont eu l'occasion de rencontrer des représentants lors d'un dîner à la résidence de France, constitue une des priorités de notre poste diplomatique. Au total, 1,2 million d'euros ont été apportés pour soutenir des ONG actives dans le domaine de l'environnement, des droits de femme, de la citoyenneté ou encore du microcrédit.

Pour sa part, le Sénat a un rôle à jouer dans le développement d'une coopération interparlementaire - même si actuellement la Tunisie n'a pas mis en place de régime bicaméral, ce qui serait pourtant de nature à garantir une plus grande stabilité institutionnelle. Ces échanges pourraient porter sur les questions d'organisation des assemblées et du travail parlementaire, ou encore sur l'engagement d'un processus de décentralisation, qui constituent autant de sujets pour lesquels les parlementaires tunisiens rencontrés ont exprimé un vif intérêt.