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Se donner les moyens de ses ambitions : les leçons des inondations du Var et du sud-est de la France

24 septembre 2012 : Se donner les moyens de ses ambitions : les leçons des inondations du Var et du sud-est de la France ( rapport d'information )
2. Prévision et alerte : équipements insuffisants ou vulnérables, état de l'art météorologique dépassé

L'intensité des précipitations et surtout leur localisation sur un territoire exigu, et donc l'ampleur des inondations au sol, ont fait l'objet de prévisions insuffisantes et incomplètes.

Les outils de prévision dont dispose Météo-France ne permettent actuellement pas de prévoir des précipitations avec une localisation suffisamment précise. L'alerte orange a été déclenchée sur le Var et les Bouches-du-Rhône à compter du 14 juin à 23 h par Météo-France, mais sans précision de la zone et donc sans appréciation de la gravité potentielle du phénomène pouvant résulter de sa concentration sur périmètre étroit. La forme prise par le phénomène dépassait les limites techniques du modèle. Le président-directeur général de Météo-France, M. François Jacq, a indiqué à la mission lors de son audition qu'il n'avait pas pu être reproduit complètement par les modèles existants, confirmant ainsi son caractère proprement inouï. Inexplicablement, la perturbation, qui habituellement progresse régulièrement, s'est arrêtée sur la Dracénie.

À noter aussi qu'à l'époque des faits il n'existait pas de surveillance organisée des crues sur la Nartuby et sur l'Argens, ce qui sera fait en septembre 2010.

La préfecture, qui a reçu l'alerte de passage en orange de Météo-France à 16 h le 14 juin, l'a répercutée à 16 h 50 à l'ensemble des 153 communes, conseil général, service extérieurs et médias. Cette alerte sera renouvelée par SMS aux communes du littoral qui semblaient alors les premières concernées, renouvelée le 15 juin à 10 h, puis de nouveau à l'ensemble des destinataires à 11 h. À midi, les autorités militaires ordonnent la fermeture de l'aéroport de Toulon-Hyères, avant de le rouvrir 2 heures plus tard. La préfecture fait état de 6 alertes fax et de 4 alertes SMS diffusées entre le 14 juin à 16 h 50 et le 16 juin à 21 h 22.

Le rapport CGEDD/IGA (conseil général de l'environnement et du développement durable / Inspection générale de l'administration), qui note que tout s'est passé normalement, observe cependant que les messages n'ont pas été considérés comme importants par les élus destinataires en raison de la banalisation de l'alerte orange et de son imprécision. De fait, ils n'ont pris conscience de l'imminence de la catastrophe que par eux-mêmes ou par les témoignages de leurs administrés. Si l'alerte à la population avant la crise a été inexistante, c'est beaucoup plus en raison de l'impossibilité de savoir à quel danger précis elle renvoyait que de l'absence de passage à la vigilance rouge reprochée à Météo-France

Ceci dit, quelques organisations ont su prendre à temps des mesures préventives, comme le service pénitentiaire qui a fait évacuer le rez-de-chaussée de la prison très tôt, ou la zone de défense qui a mis en alerte, dès le matin du 15 juin, ses moyens aériens ce qui a permis leur déploiement dès la demande du préfet du Var.

La coupure partielle puis totale des réseaux de téléphonie fixe et mobile explique aussi les bégaiements du système d'alerte en juin 2010.

Dans la soirée du 15 juin, au plus fort de l'inondation, les réseaux mobiles ne sont plus exploitables, des coupures intempestives étant simultanément observées sur les liaisons fixes, avant que le site France Télécom de Draguignan ne soit totalement déclaré hors service. Durant un long moment, les seules communications possibles l'étaient par SMS ou par des moyens propres à certaines organisations : radios des services techniques du conseil général, des services municipaux ou des comités communaux feux de forêt (CCFF).

À défaut de prévisions claires, et plus probablement à cause du caractère trop vague de l'alerte (ce qui pose le problème de l'interprétation de l'information avant la crise, comme on l'a vu), les autorités ont été surprises par l'ampleur de la catastrophe. Comme l'indique la préfète de la Mayenne, alors sous-préfète de l'arrondissement de Draguignan, Mme Corinne Orzechowski, lors de son audition par la mission : « Il est essentiel d'avoir de bons outils de prévision. Un quart d'heure avant d'être moi-même dans l'eau, je n'aurais jamais imaginé ce que nous allions vivre. Les prévisions météorologiques départementales ont été insuffisantes. On était dans le brouillard. Nous ne disposions pas de prévisions de crues. »