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Outre-mer, une mémoire audiovisuelle à partager - Rencontre du 12 novembre 2012

12 novembre 2012 : Outre-mer, une mémoire audiovisuelle à partager - Rencontre du 12 novembre 2012 ( rapport d'information )

Débat avec la salle

Mme Françoise Vergès, Politologue, Présidente du Comité Pour la Mémoire et l'Histoire de l'Esclavage (CPMHE) :

Les outre-mer étaient aussi des colonies, il y a donc une histoire coloniale qu'on ne va pas effacer par des images d'un long fleuve tranquille. Les premières télévisions des outre-mer n'étaient pas ouvertes et démocratiques, il n'y avait pas de programmes spécifiques à cette époque. Et même, certains programmes de l'Hexagone ne passaient pas sur les télévisions ; par exemple, à La Réunion, ceux de Bernard Pivot n'étaient pas diffusés. Il est évident que cette archive audiovisuelle ne doit pas être prise individuellement ; il faudra comprendre qui l'a construite, ce qu'on voit sur l'écran, il faudra analyser ce qu'on montre, qui est montré, comment il est montré et la façon dont il est raconté. Il faudra aussi s'intéresser à ce qui se passe au même moment et qui n'est pas montré (et cela relève du travail des historiens).

La question des mémoires, ce sont surtout des histoires de groupes qui n'ont pas encore été reconnues comme histoire et qui sont perçues comme mémoire par les historiens. Ce sont simplement des personnes qui disent : « Nous avons une histoire qui n'est pas encore perçue comme telle, mais qui en fait partie et qui n'est pas une mémoire », et certains historiens la conçoivent ainsi pour la minorer.

M. Pascal Blanchard, Historien, Chercheur associé au CNRS au laboratoire communication et politique, directeur du groupe de recherche Achac :

On peut rappeler que l'OCORA (l'Office de coopération radiophonique) - l'ancêtre de RFO - est né en 1962 à la suite directe des indépendances africaines ; auparavant était diffusée une radiotélévision globale et impériale. RFO est en quelque sorte l'enfant de l'Empire.

Mme Françoise Vergès, Politologue, Présidente du Comité Pour la Mémoire et l'Histoire de l'Esclavage (CPMHE) :

Ce que disait Olivier Pulvar est intéressant : chacun de ces territoires appartient à une région et cette dimension régionale est palpable. Qu'est-ce qui est dit de telle ou telle région ? Quels sont les échos des événements fondamentaux de cette région ? C'est en réalité un travail sur le non-dit, sur ce qui n'est pas montré.

Mme Marijosé Alie, journaliste à France Télévisions :

Lorsque j'étais enfant et que la télévision est arrivée dans ma famille (dans notre petite maison entre Fort-de-France et Le Diamant), elle nous montrait Belphégor (série que je trouvais très bien), ou la saison des asperges ou les travaux du périphérique, etc. Mais nous n'étions pas dedans. Et pour l'enfant que j'étais, il fallait absolument y paraître, car le contraire aurait signifié que nous n'étions pas au monde.

Lorsque j'ai été engagée par la télévision, par l'ORTF (il y a donc quelques années maintenant), il s'est passé quelque chose de curieux : plus je voulais raconter l'histoire des personnes qui vivaient autour de moi, moins je trouvais d'échos en face. Me trouvant insupportable, on m'a alors fait traverser l'Atlantique pour me faire travailler en Bourgogne.

Par rapport à ces archives, par rapport à ce qui a été capté par nos chaînes de télévision, il faut adopter une grande distance. Il est intéressant de pouvoir réaliser une analyse sociologique de ce qui a été décidé par de grands chefs à plumes, c'est-à-dire les grands décideurs qui s'inscrivaient alors dans les grands courants de pensée du moment. Prenons l'exemple de la Nouvelle-Calédonie : les programmes télévisés ne sont pas les mêmes avant les Accords de Matignon de 1988 que ceux diffusés après. La télévision change de propos, elle change de point de vue. Des personnes interdites d'antenne réapparaissent alors à la télévision, comme Aimé Césaire, que j'ai été la première à interviewer (et je le revois encore me regarder arriver en se demandant ce qui lui arrivait).

Il faut donc prendre de la distance : les archives ne composent pas la totalité de l'histoire. Comme le dit fort justement Françoise Vergès, les archives ne composent qu'une partie de l'histoire et si on veut qu'elle ait une valeur de vérité, il faut pouvoir en raconter l'autre versant. Les archives diffusées dans le cadre de cette rencontre sont frappantes : elles donnent l'impression qu'il existe un foisonnement d'images concernant l'outre-mer. En réalité, il s'agit de résumés réalisés depuis Paris de façon hebdomadaire pour raconter les outre-mer (je le sais, j'en ai été la présentatrice) et qui ne permettent pas de saisir le désert total d'images des outre-mer qui existait alors à cette époque. Les véritables archives sont en effet celles de l'absence.

Mme Dominique Taffin, directrice des archives départementales de la Martinique :

La question que je pose ici n'est pas « comment partager la mémoire ? », mais « comment partager la construction de la mémoire ? » Je suis archiviste, je travaille en Martinique.

Je veux revenir sur les conditions concrètes de la construction et de la préservation de ce patrimoine, et cela permettra peut-être de répondre à la question du sénateur Jean-Étienne Antoinette, et de rassurer le sénateur Serge Larcher qui espérait que naissent de cette Rencontre des initiatives locales.

Les initiatives locales existent, et elles sont même antérieures à l'entrée des archives audiovisuelles de l'outre-mer dans l'agenda de sauvegarde de l'INA. Je suis évidemment extrêmement heureuse que l'INA, après avoir monté ce grand dossier, ait réussi à trouver cette somme de 7,5 millions d'euros qui était nécessaire à la numérisation. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'en Martinique, nous avons récupéré - au milieu des années 1980, puis par plusieurs versements successifs - les archives télévisées de la station locale. Pourtant, les archives radiophoniques ont été totalement perdues, et sans doute que cette radio évoquait plus les événements locaux que la télévision. Mais toute une partie de ces documents a été perdue.

Il y a eu une véritable préoccupation locale, à la fois de la part des documentalistes, des journalistes, des archivistes, mais aussi de la part du Conseil général de la Martinique qui a débloqué les premiers fonds. Cette participation financière est certes modeste (de l'ordre de 26 000 euros, ce qui n'est pas comparable aux 7,5 millions de l'INA), mais elle permet de démarrer la numérisation des archives de l'ancienne station locale ORTF de la Martinique. Dans ces archives, on trouve évidemment beaucoup d'éléments de métropole, mais dans lesquels nous ciblons les programmes locaux.

Revenir sur l'histoire de la sauvegarde de ces archives audiovisuelles ne répond pas à un désir de gloriole quelconque, cela vise à nous amener à réfléchir sur la façon dont on peut construire un modèle de coopération et de collaboration pour la sauvegarde et la valorisation de ce patrimoine d'outre-mer.

Par exemple, en Martinique, nous avons créé en 2003 une mission d'archives orales qui s'occupe de susciter des campagnes de collectes, ou de collecter des témoignages déjà recueillis par des chercheurs, des associations, selon des méthodes empiriques. Cette mission s'était intéressée à la première télévision privée, Télé Caraïbes International (TCI) ; elle a récupéré de toutes petites « épaves » grâce à certaines personnes qui y avaient travaillé dans les années 1980 et qui avaient conservé quelques enregistrements. Évidemment, cette mission est très modeste, car elle n'est menée que par une seule personne. Nous n'avons pas véritablement de moyens spécifiques.

Nous proposons donc de collaborer pour bâtir une réflexion et formuler des propositions d'interconnexions étroites et adaptées à ce qui pourrait être une demande locale (même s'il ne faut pas cantonner ce patrimoine au local), car il faut prendre en compte la façon dont ce patrimoine va être utilisé localement. J'ai eu l'occasion d'évoquer la question avec madame Anne Lefort de l'INA lorsqu'elle était venue en Martinique, il y a une dizaine de mois. En effet, l'agenda de l'INA est très lourd, la campagne devra être menée, je ne dirais pas de façon militaire, mais de manière très organisée. Il n'est pas toujours facile pour une grande institution de prendre en compte de façon spécifique les modes de collaboration avec d'autres institutions également dédiées à la conservation et à la valorisation du patrimoine.

Mme Pascale Joannot, Déléguée à l'outre-mer et directrice adjointe des collections au Muséum national d'histoire naturelle :

Je suis déléguée à l'outre-mer et directrice adjointe des collections au Muséum national d'histoire naturelle, et citoyenne calédonienne au titre de l'Accord de Nouméa. Vous comprendrez combien je suis attachée à la conservation des patrimoines de nos outre-mer. Je souhaite vivement qu'au Muséum, nous puissions numériser et inventorier l'ensemble des spécimens en provenance d'outre-mer. Ma question est technique et elle est destinée à l'INA : comment comptez-vous conserver cette numérisation à travers le temps ? Comment y réfléchissez-vous ? Et peut-être pourrions-nous faire des choses ensemble ?

M. Jean-Michel Rodes, Directeur délégué aux collections, en charge des secteurs de la collecte et de la conservation des archives à des fins professionnelles ainsi que de la gestion du dépôt légal :

La conservation est une question sur laquelle nous avons beaucoup travaillé à l'INA. Jean Varra parlait du film qui était fragile et qui pouvait souffrir du syndrome du vinaigre ; il n'a pas parlé de la vidéo, qui est beaucoup plus fragile, ni même du numérique, qui l'est encore plus. Il n'existe qu'une seule solution pour conserver du numérique : s'en occuper en permanence. On ne peut pas laisser les choses en suspens à un moment donné pour y revenir dix années plus tard, car sinon, plus rien ne sera sauvegardé. Aussi faut-il opérer des migrations permanentes. Le numérique est beaucoup plus fragile que l'analogique, le photochimique ou le livre. En revanche, le numérique présente un avantage : la recopie est toujours parfaite, car le code reste stable.

Je veux revenir sur le propos relatif à la « déformation » des émissions diffusées sur l'ORTF. Il faut dire que cela était vrai également pour les antennes de métropole, il ne faut pas penser que la liberté d'expression était totale dans l'Hexagone, même si elle l'était un peu plus qu'en outre-mer. J'ai connu le fils de Jean-Claude Bringuier, qui a longtemps travaillé à RFO, et qui me racontait avoir passé son temps à découper des séquences d'émissions qui ne devaient pas être diffusées. Ce sont des éléments qui ne se verront pas dans les archives audiovisuelles.

C'est pourquoi, il faut toujours conserver en parallèle l'ensemble des archives papier, écrites, qui sont relatives au contexte de diffusion et qui permettent de mieux cerner les pratiques. Cela doit être l'occasion de rassembler un ensemble de sources qui va au-delà des archives audiovisuelles et qui permet de contextualiser la diffusion télévisée. Puis enfin, il faudra faire confiance à Isabelle Veyrat-Masson et aux chercheurs pour exploiter tout cela.

Diffusion d'extraits d'archives audiovisuelles issues
du fonds outre-mer de l'INA

Les années 2000

Émission « L'hebdo de RFO » - Diffusion sur France 3 le 18 juillet 1998. Journalistes : Pierre Morel et François Dufour.

Émission « En communes : l'île des pins » - Diffusion sur France Ô le 5 septembre 2009. Journaliste : Isabelle Hennecquin.

Émissions « Carnaval 2009 à Cayenne » - Diffusion sur France Ô le 23 septembre 2009. Réalisateur : Olivier Behary Laul Sirder.

Vous pouvez retrouver ces extraits sur le DVD ci-joint.

M. Pascal Blanchard, Historien, Chercheur associé au CNRS au laboratoire communication et politique, directeur du groupe de recherche Achac :

Luc Laventure, vous avez été un des acteurs de cette histoire, vous avez construit cette mémoire, vous avez même participé à la fabrication de cette histoire commune. Vous avez été près de quinze ans à RFO, devenue France Outre-mer 1ère ; vous êtes aujourd'hui à France Télévisions, en charge de la Collection outre-mer. Vous avez aussi été un des acteurs de la conservation de ce patrimoine. Quelles sont vos réactions à l'issue de cette première table ronde ?

M. Luc Laventure, Directeur de la collection Outre-mer (France Télévisions)

Les médias, et surtout les images qu'ils produisent, structurent les identités et façonnent nos imaginaires. Ils mettent en perspective la manière dont chacun de nous perçoit la société dans laquelle il vit et les différents groupes qui la composent.

Ce vaste chantier que poursuit l'INA, en partenariat avec le Sénat et RFO, est une démarche qu'il faut saluer. Ce travail permettra de rendre visible l'outre-mer dans une relation rénovée avec la République. Car pendant longtemps, comme l'a si justement rappelé madame la ministre George Pau-Langevin « l'outre-mer n'a pas été dans la conscience de la métropole ». Au-delà de la mémoire de l'outre-mer, c'est la mémoire de la Nation qui se construit.

C'est aussi cela l'enjeu fondamental qui entoure ce patrimoine audiovisuel de l'outre-mer : c'est un outil puissant et privilégié pour une inscription pleine et entière de l'outre-mer dans la grande Histoire nationale et dans la mémoire commune.

Un enjeu majeur s'impose à nous : écrire une histoire pleinement assumée qui crée le socle de relations nouvelles et pacifiées et permettre à ces régions de se vivre plus sereinement par rapport aux enjeux à venir. Ces régions sont un atout formidable pour la République et l'Europe dans le cadre du monde globalisé actuel, où l'insularité va prendre toute sa force. Ils sont pour la République une source de rayonnement.

La mémoire de l'outre-mer, notre mémoire, s'est longtemps construite en dehors de nous : par des livres d'histoire proposant un regard et une vision projetée de l'extérieur. Nous, populations des outre-mer, nous avons l'ardente obligation de nous l'approprier, d'en être les artisans pour construire le monde de demain.

Mon engagement s'est matérialisé à plusieurs niveaux : en tant que journaliste ; en tant que réalisateur de documentaires : pour donner du sens, créer et faire partager notre histoire, nos richesses, notre patrimoine, nos imaginaires ; en tant que patron des antennes de RFO, par le lancement du vaste chantier de numérisation de nos archives et la création d'outils pour la conservation et la diffusion de notre mémoire d'outre-mer. Je me permets de me qualifier, permettez-moi de le souligner, de « Fabricateur de mémoire ».

Ce combat, cette ambition, d'autres personnes les ont menés et les mènent encore. La liste est longue : documentaristes, réalisateurs, cinéastes, parmi lesquels : Camille Mauduech, Marlène Hospice, Franck Zozor, Euzhan Palcy, Gilles Elie dit Cosaque, Walles Kotra, le label Takamba, auteur des musiques de l'océan Indien... Tous ces auteurs et bien d'autres, toutes ces initiatives, font réellement oeuvre d'histoire. Non pas une histoire fossilisée, mais une histoire qui s'écrit au jour le jour. Non pas seulement une mémoire lointaine, mais aussi une mémoire proche, plus récente, et tout aussi structurante de notre identité : ces artisans de l'image travaillent avec de l'archive vivante et des témoignages sur ces événements qui seront l'histoire et la mémoire de demain. Nous sommes fiers d'avoir participé, que ce soit sous le label RFO, que ce soit sous le label Outre-mer 1ère ou encore France Ô, à la construction de la mémoire de nos Pays.

Juste un rappel : acte fondateur en 1995, à savoir l'Organisation des Assises de la Production. Ce chantier a permis de créer un véritable label RFO, par la mise en place de normes de production communes et d'outils de travail en réseau. Une ambition : nous appuyer sur la force de ce réseau d'outre-mer pour permettre à nos images et à nos productions d'accéder à une diffusion la plus large possible. Nous avons associé les thèques à cette réflexion, afin de faire mesurer à tous l'importance de la conservation et de la protection de nos images qui ne faisaient alors l'objet d'aucun archivage rationnel. Résultat : un saut qualitatif important. RFO est en effet devenue la première entreprise audiovisuelle à passer au tout numérique, avec la création d'une sonothèque en Guyane en 2002.

Ce chantier a mobilisé très fortement toutes les équipes en stations et à Paris. De simple produit éphémère de consommation, l'image est passée à un statut de produit patrimonial, source historique de valeur. Cette prise de conscience en interne a fait des vidéothécaires et de l'ensemble des stations de véritables gardiens de notre mémoire : une mémoire collective des outremer, une mémoire à partager, une mémoire vivante.

Autre réalisation : le partenariat que nous avons signé en Guyane en 2003 avec la région du même nom, le CRDP et les archives départementales lors de la première Université de l'Amazonie. Grâce à ce partenariat innovant, les visiteurs du musée des archives départementales, les scolaires et les professeurs des établissements de Guyane peuvent désormais écouter les émissions de RFO qui jusque-là n'étaient pas consultables par le grand public. Nous disposons maintenant d'une banque de savoir tout à fait originale au contenu unique, qui n'existe nulle part ailleurs dans le monde : qu'il s'agisse de recettes et de remèdes traditionnels, de proverbes « dolos » ou d'enseignements sur les rites « djukas » ou « palikur ». Des connaissances qui n'avaient encore jamais été répertoriées sur un support quelconque.

Je me permets à ce sujet de saluer, entre autres, le travail de Mme Valérie Grégoire, de M. Henri Néron, de M. Fred Ayangma, en lien avec notre directeur de la vidéothèque à Paris, Daniel Tripelon. Sans parler de Raymond Cipolin, Gérard Belorgey, François Guilbeau, Sandrine Florès... Cette bataille pour la sauvegarde des archives audiovisuelles se poursuit de part et d'autre, puisqu'il est prévu, dans le cadre de ce chantier, la numérisation de 20 000 heures de programmes d'ici à 2018. Merci encore à l'INA de nous avoir accompagnés avec efficacité dans ce travail !

Nous devons maintenant aller encore plus loin : diffuser ce patrimoine et le porter à la connaissance du plus grand nombre grâce aux nouveaux outils de communication innovants. Nous devons pleinement nous saisir de ces nouveaux outils et des nouvelles technologies numériques, afin d'irriguer toute la Nation de ces éléments de patrimoine. Toutes ces archives doivent être mises à la disposition de tous, en outre-mer comme dans l'hexagone, mais aussi dans le monde : il faut créer une véritable banque de programmes universelle des outre-mer.

Nous devons travailler tous ensemble à la création de ce patrimoine commun, et associer à cet ambitieux projet collectivités locales, entreprises privées, associations, sans oublier nos communautés. Leurs archives privées sont susceptibles de nous offrir autant de témoignages de leur temps. À nous de réunir tous ces morceaux de mémoire individuelle, pour construire notre mémoire collective.

Car j'insiste, à l'instar d'Olivier Pulvar, sur le fait que cette mémoire collective doit absolument être une mémoire partagée : la réflexion doit impliquer tous ceux qui participent à cette mémoire, et pas uniquement les experts. Notre mémoire doit être réellement façonnée par tous. Mais au-delà de la bataille pour leur conservation, au-delà de leur simple mise à disposition, nous devons les mettre en perspective en créant des documentaires, des magazines...

Nous devons imaginer des écritures innovantes, originales afin de les valoriser. De nouvelles écritures qui nous aideront, par leur vocation pédagogique, à transmettre cette Histoire aux plus jeunes. Nous devons leur faire découvrir toute notre histoire, et notamment les héros ultramarins qui ont contribué à façonner l'histoire de notre République : je pense à Gaston Monnerville, à Aimé Césaire, aux tirailleurs d'outre-mer etc.

L'émergence de cette mémoire partagée permettra ainsi d'enrichir le débat citoyen actuel et de construire la République de demain. Il s'agit d'une mission d'intérêt général : une véritable mission de service public.