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Déserts médicaux: agir vraiment

5 février 2013 : Déserts médicaux: agir vraiment ( rapport d'information )
3. Le temps d'exercice médical effectivement disponible tend à se réduire

L'effet de la diminution du nombre des médecins, dans l'absolu et relativement à l'accroissement des besoins de la population, est amplifié par une réduction du temps d'exercice médical effectivement disponible. Car les jeunes médecins, qui ne se distinguent pas sur ce point des autres professions libérales, aspirent à mieux concilier vie professionnelle et vie privée. Ils ne sont plus disposés, comme leurs prédécesseurs, à travailler 60 à 70 heures par semaine dans des conditions de disponibilité qui faisaient de leur métier un véritable sacerdoce, mais souhaitent, légitimement, préserver du temps pour leur famille et leurs loisirs.

Cet état d'esprit des nouvelles générations explique leur préférence marquée pour le salariat. Sur les 6 053 médecins qui se sont inscrits pour la première fois au tableau de l'Ordre en 2011, 68,8 % ont fait le choix de l'exercice salarié, et 9,5 % seulement de l'exercice libéral exclusif (1,2 % d'une forme d'exercice mixte). Le solde des nouveaux inscrits, soit 20,5 %, préfère le remplacement, qui est une forme d'exercice de la médecine plus rémunératrice et moins contraignante en termes d'organisation de son temps que l'installation en libéral. Cette préférence pour une période initiale de remplacement de plus en plus prolongée explique, d'ailleurs, que l'âge moyen à l'installation se soit sensiblement accru, pour atteindre aujourd'hui 39 ans.

La lassitude des médecins à l'égard des contraintes du métier explique également le raccourcissement de la durée des carrières. En 2011, 927 médecins libéraux ont « décroché leur plaque » prématurément, avant d'atteindre l'âge de la retraite. Une proportion de 62,2 % d'entre eux exerçait la médecine générale.

Le temps médical disponible est par ailleurs réduit par la charge croissante des tâches administratives. Une étude sur les emplois du temps des médecins généralistes publiée par la DREES en mars 2012 montre, sur la base d'une enquête auprès d'un échantillon représentatif, que 78 % des généralistes déclarent travailler plus de 50 heures par semaine, la durée hebdomadaire moyenne étant de 57 heures, avec un écart de quatre heures entre les zones rurales (60 heures) et les zones urbaines (56 heures). Les médecins généralistes déclarent consacrer en moyenne quatre heures aux tâches de gestion, secrétariat et comptabilité, en dehors des consultations et visites, soit 7 % de leur temps de travail hebdomadaire moyen.

Le nouveau rapport au travail des jeunes médecins est couramment présenté comme une conséquence de la féminisation du corps médical. Celle-ci est une réalité : alors que les femmes ne représentent que 42 % du total des médecins inscrits auprès de l'Ordre, elles constituent 56 % des nouveaux inscrits en 2011. A ce rythme, elles devraient représenter 50 % du total des médecins dès 2020, et 53,9 % à l'horizon 2030. Mais, s'il est vrai qu'une femme médecin consacrera davantage de temps qu'un homme à ses enfants et à sa famille à certaines périodes de sa carrière, l'aspiration à un meilleur équilibre de vie est aujourd'hui très également partagée par ses pairs masculins. L'aspiration à davantage d'équilibre est plus une question de génération, que de sexe.