B. LA COOPÉRATION UNIVERSITAIRE ET SCIENTIFIQUE

1. Dans le domaine médical

Plus largement, les relations nouées entre la faculté de médecine de Hué et des universités françaises constituent une illustration de la fructueuse coopération entretenue dans le domaine scientifique, et, en particulier, médical. Comme l'ont souligné les responsables de la faculté lors de l'entretien qu'ils ont accordé à la délégation, il est clair que la France et le Vietnam sont à des stades différents tant en matière d'équipement et de formation. Mais chaque partie doit faire une partie du chemin, au bénéfice de tous. De ce point de vue, les formations assurées en France ont un effet démultiplicateur. L'inscription en formation de médecine en France étant conditionnée à une maîtrise de la langue, les parcours universitaires deviennent un facteur majeur de pérennité de la francophonie.

Encore convient-il que les personnels médicaux vietnamiens puissent bénéficier du même niveau d'information continue que leurs homologues français. Citant l'exemple du Mediator, nos interlocuteurs vietnamiens ont regretté de ne pas pouvoir disposer des alertes ou signalements formulés par l'agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). L'agence devrait veiller à diffuser plus largement ces informations , a fortiori en cas de retrait du médicament ou dispositif médical, surtout dans un contexte où les liens noués avec la communauté médicale française peuvent se traduire par un recours étendu à ces produits.

On peut d'ailleurs regretter qu'aucune entreprise française du secteur médical ou pharmaceutique n'ait jusqu'à présent souhaité s'installer dans la région de Hué alors que l'existence d'une communauté médicale francophone pouvait constituer un appui intéressant.

La coopération médicale passe également par l'action de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) et agences françaises qui oeuvrent au Vietnam.

La délégation a été frappée du grand nombre d'interventions et de projets menés sur place, notamment par l'Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS), l'Institut de recherche pour le développement (IRD), l'Agence de médecine préventive et Handicap international. Que ce soit en matière de lutte contre les grandes épidémies (tuberculose, dengue, maladies infectieuses du riz, hépatites ou HIV) ou de prévention des conduites à risque (imprégnation alcoolique) l'intervention des organismes de recherche français et des ONG implantées sur place est déterminante. Car si le Vietnam possède globalement un bon niveau sanitaire, notamment au regard de son niveau de vaccination, quelques faiblesses ont été clairement identifiées par le gouvernement vietnamien telles que les conséquences de la fuite des cerveaux sur la qualité des professionnels de santé.

D'où l'intérêt majeur que représente, par exemple, l'étude menée par l'IRD sur le fonctionnement des épidémies dans les populations ainsi que leur propagation, dans l'optique d'optimiser les politiques vaccinales.

2. Au service du développement durable

Autre exemple de coopération scientifique fructueuse, la délégation a eu la chance de visiter le laboratoire de génomique du riz. Elle a pu apprécier la qualité de la démarche mise en oeuvre conjointement par les équipes françaises et vietnamiennes, dans le cadre de ce projet ambitieux élaboré en concertation avec plusieurs partenaires et, en particulier, l'USTH. Cette unité mixte de recherche entend étudier la diversité de l'adaptation et du développement des plantes. Les recherches menées par cette équipe ont pour objectif de mieux maîtriser l'adaptation fonctionnelle du riz à des agrosystèmes affectés par les changements climatiques qui entraînent, dans les deltas, une élévation de la salinité des eaux, liée à des remontées d'eau salée et, dans les zones de montagne, une diminution des pluies.

Ce laboratoire permet, comme l'indiquent ses dirigeants, de « prendre le problème à la racine » en développant des variétés de riz capables d'utiliser les ressources en eau disponibles dans le sol. La mise en place de ce laboratoire d'excellence induit des effets positifs en termes de diffusion de la culture scientifique à l'égard des nouvelles générations, au moment où le gouvernement vietnamien souhaite élever le niveau scientifique et technique de la recherche publique, afin de faire face aux besoins de développement économique du pays. L'implantation de ce laboratoire d'excellence à Hanoi même évite aux étudiants de devoir se rendre en France ou aux États-Unis pour accomplir leurs recherches.

Sur un plan plus général, il témoigne d'une démarche constructive, consistant à inscrire la coopération entre nos deux pays dans une vision globale du développement durable. C'est également dans ce cadre que s'exerce l'action de l'Agence française de développement (AFD), qui entend désormais « concilier développement et lutte contre le changement climatique », notamment en mesurant systématiquement les impacts climat des financements et en sélectionnant des projets en conséquences.

Souhaitons que cette démarche de long terme puisse surmonter les difficultés rencontrées, au Vietnam comme ailleurs, pour mettre en oeuvre la coopération la plus étendue possible au bénéfice des deux parties.

À cet égard, le ressenti des interlocuteurs de la délégation confirme le constat dressé par les sénateurs Dominique Gillot et Philippe Adnot dans le rapport d'information qu'ils ont récemment consacré au bilan consolidé des sources de financement des universités 3 ( * ) . Afin de faire du financement sur projet un levier de progrès et de stimulation et non une charge de gestion a priori , les rapporteurs préconisent de généraliser la présentation des projets en coûts complets dans les contrats de recherche car « il est régulièrement reproché aux agences de financement sur projet en France de ne pas tenir compte des coûts indirects découlant de la mise en oeuvre d'un projet ».

Au Vietnam comme ailleurs, ces coûts indirects, qui peuvent représenter jusqu'à 60 % du coût total de l'opération, n'apparaissent qu'en fin de réalisation, à commencer par le coût du personnel de support administratif et technique, de sorte qu'ils sont prélevés sur les budgets récurrents des laboratoires et des unités de recherche. Le préciput ( overheads ) pratiqué par l'Agence nationale de la recherche (ANR), de l'ordre de 4 % du montant total du projet en vue de couvrir les frais de gestion, reste insuffisant aux yeux des universitaires impliqués.

Souhaitons que les efforts annoncés par l'agence en vue de renforcer la transparence, la sincérité et la clarté des budgets affectés aux projets permettent d'accroître la motivation et la crédibilité vis-à-vis de nos partenaires étrangers de nos équipes de recherche sur place. Les représentants de nos organismes de recherche travaillent en synergie, sur des programmes complémentaires et partagés avec leurs homologues vietnamiens.

3. En sciences sociales

Votre commission souhaite également souligner l'importance des travaux menés par l'EFEO, qui, avec des moyens limités, contribue de manière essentielle à la préservation du patrimoine du Vietnam en sciences sociales. Parmi les travaux remarquables de l'établissement, le travail exhaustif de relevé des sources épigraphiques en caractères chinois a représenté dix ans de travail de recherche et donné lieu à la publication de 27 ouvrages.

Sur un plan plus général, elle a été fortement impressionnée par le travail accompli en matière de formation en sciences sociales, qui la place au premier rang de toute l'Asie du sud-est. Depuis 2009, l'EFEO organise des formations régionales. 500 stagiaires sont accueillis dans ce cadre chaque année ; elle constitue désormais une plateforme de renforcement des capacités méthodologiques en matière de recherche, en lien direct avec le développement, au Vietnam comme au Laos et au Cambodge 4 ( * ) .

Pour ce qui est du seul Vietnam, l'EFEO accueille des stagiaires provenant non seulement de l'académie des sciences sociales mais aussi de son antenne à Ho Chi Minh Ville et des universités de province, 350 stagiaires uniques jusqu'à présent, pour des sessions de dix jours.


* 3 « Financement des universités : l'équité au service de la réussite de tous », rapport d'information n° 547 (2012-2013), de Mme Dominique Gillot et M. Philippe Adnot, fait au nom de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication, déposé le 24 avril 2013.

* 4 La septième édition des Journées de Tam Dao (JTD), université régionale en sciences sociales, humaines et économiques s'est tenue à l'université de Dalat du 19 au 27 juillet 2013 sur le thème « Perception et gestion des risques. Approches méthodologiques appliquées au développement ».

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