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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )

D. UNE EUROPE QUI NE PREND PAS ENCORE LE RELAIS

La diminution de nos moyens budgétaires et la volonté de sortir du face à face avec nos ex-colonies a conduit la France à essayer de porter sa politique africaine au niveau communautaire.

Sans se priver d'une politique bilatérale autonome, la France pouvait espérer démultiplier son influence en prenant la direction d'une politique africaine au niveau continental tout en mutualisant le coût d'une politique africaine qu'elle a de plus en plus de mal à financer.

Le pari est osé quand on voit la composition de la nouvelle Europe, mais il n'est pas sans légitimité.

Car l'ensemble du continent est concerné par l'évolution des pays africains. L'Europe comme la France ne peuvent pas, même si elles le voulaient, se désintéresser de l'Afrique. D'une certaine façon, l'affaire malienne en a fait la démonstration. Nos partenaires européens ont bien perçu qu'ils ne pouvaient se permettre d'avoir un État terroriste à quelques centaines de kilomètre de la rive sud de la Méditerranée, comme ils ne peuvent tolérer la progression d'une piraterie qui met en danger les voies maritimes d'approvisionnement énergétique au large de la Corne de l'Afrique ou dans le Golfe de Guinée.

De même, si l'Afrique présente de réelles opportunités de croissance pour l'ensemble de l'Union européenne, elle présente des risques communs notamment liés au choc démographique des décennies à venir. On l'a vu, l'Europe, et pas seulement la France, sera en première ligne pour en subir les conséquences. Les pays riverains de la Méditerranée en sont conscients, les autres moins.

Malgré des avancées réelles, cette tentative de fédérer une politique africaine de l'Europe n'en est aujourd'hui qu'à ses balbutiements aussi bien en matière d'affaires étrangères que de défense. Pour les Européens, nous a dit un ambassadeur de l'Union, « c'est encore le deuxième cercle des priorités, le deuxième voisinage ».

En revanche, l'Union européenne s'est imposée comme un bailleur de fonds de la coopération au développement sans que la coordination avec l'aide bilatérale française soit toujours satisfaisante.

1. Une politique africaine commune encore improbable ?

La France n'a pas attendu des difficultés budgétaires pour faire de l'Europe un élément de sa politique africaine.

Dès les fondations de la construction européenne, la France a cherché à faire entendre son tropisme africain au sein des instances communautaires. Les accords de Yaoundé de 1963 ont été en grande partie négociés sous influence française durant la présidence de de Gaulle.

Mais très vite, l'importance que la France accorde à son voisin méditerranéen est apparue comme étant loin d'être partagée par l'ensemble des États membres de l'UE. L'élargissement à l'est a nettement accentué le phénomène. A partir des années quatre-vingt-dix, Paris a eu de plus en plus de difficultés à faire entendre sa voix au sein d'une communauté d'États toujours plus tournée vers l'est que vers le sud de ses frontières.

Le résultat, d'un point de vue financier, est là, les fonds structurels versés aux dix nouveaux pays entrants représentent par habitant et par an plus de 500 euros contre moins de 15 euros d'APD versés aux pays africains.

De plus, le passé colonial des nations qui valorisent l'importance stratégique de l'Afrique pour l'Europe en affecte le message. La difficulté de gérer cet héritage historique a ainsi conduit l'Allemagne à redéfinir sa politique africaine, hors de tout intérêt géostratégique et en focalisant son action sur l'aide au développement. Quant aux autres nations ayant un passé colonial, elles ont un intérêt marqué pour l'Afrique mais aussi une rivalité commune sur ce continent.

En outre, l'Union a eu des difficultés à assurer la cohérence de sa politique en raison de ces points de vue différents, mais également des contradictions des États membres qui, tout en étant un soutien fort à la coopération agricole avec l'Afrique, ont toujours soutenu la protection de la production agricole européenne en général, et française en particulier, parfois à l'encontre du développement agricole africain. La comparaison entre le montant annuel des fonds consacrés à la PAC de 55 milliards euros par rapport à l'appui européen à l'agriculture africaine de 500 millions d'euros illustre le poids relatif de chacune des préoccupations.

L'absence d'un leadership politique au niveau de l'Union européenne et les balbutiements de la politique étrangère commune ont freiné d'autant plus la mise en place d'une véritable stratégie en direction de l'Afrique qu'aucun consensus ne s'est dégagé pour définir ce que l'Europe pouvait y faire, sinon de la coopération dans les domaines incontestables du développement humain.

Le traité de Lisbonne et la mise en place d'une politique étrangère et de sécurité commune n'ont pas fondamentalement changé la donne. Sans volonté politique de ses États membres de s'investir sur le continent noir, il n'y a pas eu jusqu'à présent de politique africaine européenne.

Dans ce contexte, la France a souvent été soupçonnée par ses partenaires de vouloir faire financer l'agenda caché d'une politique africaine contestable, sans en dévoiler les tenants et les aboutissants. Il est vrai que certaines opérations, comme l'opération au Tchad en 2008 où l'intervention des soldats d'Épervier mise au profit d'Idriss Déby, ont donné quelques crédits à cette thèse.

Toute la difficulté ces dernières années des diplomates français a été de vaincre ces réticences, notamment à propos du Sahel.

Incapable de définir seule un plan d'action efficient, l'Union européenne s'est cependant souvent finalement rangée derrière l'action de la France lors de ses interventions sur le continent.

Ce fut le cas lors des événements de 2010 en Côte d'Ivoire et surtout lors de la crise malienne. Si l'on ne peut que déplorer l'absence de mobilisation proprement européenne, on peut cependant se réjouir de la confiance accordée à la France en termes d'action en Afrique.

La France jouit en définitive d'un statut d'expert par défaut des questions africaines au sein de l'Europe. La multiplication des crises sur le continent ainsi que la volonté européenne de lutter contre le terrorisme et d'oeuvrer pour l'instauration de la démocratie renforcent le rôle de la France comme l'importance l'Afrique pour la diplomatie européenne.

En Afrique : un partage des rôles entre la France et l'Europe est encore à trouver

Il est ainsi significatif que le président Hollande a été le seul chef de gouvernement européen présent à Addis-Abeba cette année pour célébrer les 50 ans de l'Union africaine.

Forte de sa relation privilégiée avec le continent, la France entend bien pour l'avenir mettre l'Afrique au coeur des préoccupations européennes, tant pour la défense des intérêts nationaux que pour ceux régionaux.

La préparation du sommet de l'Élysée pour la Paix et la Sécurité en Afrique, qui se tiendra les 7 et 8 décembre 2013, doit être un moment d'échanges entre les États africains et un pays ami, la France, mais également comme un point de départ d'une politique de coopération entre l'Europe et l'Afrique autour de thèmes de sécurité communs tels que la lutte contre le trafic de drogue.

De ce point de vue, un meilleur partage des rôles entre les capacités françaises d'intervention militaires rapides et les moyens européens et africains en matière d'opérations civilo-militaires doit être envisagé.

Avec une armée au format réduit, la France n'a pas les moyens de mener seule des opérations de maintien de la paix. En revanche, l'Europe, qui a acquis un savoir-faire en matière civilo-militaire, et l'ONU ont des moyens et une légitimité dans la durée qui leur permettent de mieux assumer ces opérations de long terme.