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Quels emplois pour demain ?

4 juin 2014 : Quels emplois pour demain ? ( rapport d'information )

D. LE SCÉNARIO ÉVOLUTIF

1. L'environnement général

Dans son rapport « Quelle France dans dix ans ? », le CGSP présente ainsi le contexte actuel de l'emploi en France : « Faute d'avoir vigoureusement progressé vers le plein emploi au cours de la période de croissance, la France a vu le choc des années 2008-2013 amener le chômage à un niveau qui, pour demeurer inférieur à celui du milieu des années 1990 et à celui que connaît l'Europe du Sud, n'en est pas moins alarmant. Sa réduction dans les dix années qui viennent dépendra de notre capacité à engager une dynamique de croissance et à améliorer le fonctionnement de notre marché du travail. Le fait que plusieurs de nos voisins, dont l'Allemagne, soient actuellement proches du plein emploi, est là pour rappeler que notre chômage n'est le produit d'aucune fatalité technologique ou économique. »

Il identifie deux évolutions qui affecteront profondément les conditions d'emploi et de travail à échéance de dix ans.

a) La bipolarité des emplois

Le CGSP met d'abord en lumière le risque de figer les travailleurs dans des situations d'emploi situées aux deux extrêmes de la chaîne de qualification : « Dans dix ans, cadres et professions intermédiaires représenteront plus de 40 % des actifs, contre 35 % en 2000 et 30 % en 1990. C'est, en à peine plus d'une génération, une mutation sociologique de première ampleur. Mais la montée en gamme des emplois ne sera pas uniforme : en France comme dans les autres économies avancées, la proportion des postes d'ouvriers et d'employés qualifiés sera probablement en baisse, tandis que la part des emplois les moins qualifiés devrait se maintenir, soutenue par la demande de services à la personne ou le secteur du tourisme. Cette évolution tendra à induire une certaine polarisation des emplois en haut et en bas de l'échelle des qualifications et risque donc de conduire à une société "en sablier". Il faudra faire des efforts pour empêcher que le dualisme de la demande de travail induise un dualisme social permanent et l'enfermement d'une partie de la population au travail dans des emplois instables et sans qualités. Ce sera tout l'enjeu des politiques de revalorisation des emplois, de formation, d'accompagnement des transitions et de fluidification du marché du travail. »

Cette analyse est d'ailleurs assez largement partagée par ceux qui rappellent que la masse de travail disponible change continûment : pendant que certains emplois sont détruits - par l'informatisation, l'évolution des technologies, les changements de comportements de consommation ... -, d'autres sont créés. Au niveau individuel, cette évolution permanente peut évidemment avoir des conséquences dramatiques pour celui dont l'emploi disparaît et qui ne retrouve pas de poste pour lequel il est compétent. Au niveau collectif de l'économie, le processus de modernisation technologique et d'automatisation permet en revanche des gains de productivité, la réduction de coûts de production et l'augmentation du pouvoir d'achat.

Les emplois les moins vulnérables se situeraient à la fois dans les tranches de salaire élevées, correspondant aux emplois faisant appel à la créativité, la prise de décision, le conseil, la négociation, la direction de personnels61(*), et dans les salaires les plus bas des emplois de service (restauration, aide aux personnes âgées...).

En revanche, l'effet de substitution serait plus important dans les emplois « répétitifs », donc automatisables, de l'industrie ou des services62(*), situés dans la moyenne des salaires. Il risque d'en découler une polarisation de la société aux deux extrémités de la chaîne des salaires, phénomène que l'on constate d'ailleurs dans toutes les économies développées.

b) La féminisation du travail

La seconde mutation évoquée par le CGSP se rapporte à la poursuite de l'activité professionnelle des femmes et à leur accès à des emplois plus qualifiés :

« Une autre évolution sensible de la main-d'oeuvre est sa féminisation qui se poursuivra sous l'effet de la hausse du taux d'activité des femmes, de la tertiarisation des emplois (dont une partie est très féminisée, à l'instar des services à la personne), et de la meilleure réussite scolaire des filles, qui accentuera leur présence parmi les professions les plus qualifiées. Au total, les femmes pourraient occuper près de la moitié des emplois, une proportion supérieure à leur part dans la population active. Cette évolution pourrait conduire à une inversion de la hiérarchie traditionnelle des taux de chômage entre hommes et femmes. »

2. Comment travaillerons-nous demain ?

Pour répondre à cette question, certains63(*) considèrent que les changements sont déjà là et que les transformations au sein des entreprises sont en pratique à l'oeuvre.

a) Les mutations de l'exercice professionnel

La notion actuelle d'emploi est issue du monde industriel, caractérisé par un cloisonnement du travail. Or, on observe une évolution continue vers des formes plus hybrides. Et si le travail reste le plus souvent organisé selon des horaires fixes, il est plus que vraisemblable que ce concept temporel sera plus poreux demain.

Le vieux sujet du télétravail

L'idée d'une organisation du travail permettant d'exercer une activité professionnelle en dehors des locaux de l'employeur ou du client est plus ancienne qu'on ne l`imagine. Dès les années soixante-dix, grâce au téléphone et au fax, certains - la Datar par exemple - y ont vu un outil prometteur au service de l'aménagement du territoire. C'est avec la mondialisation de l'économie et l'explosion des nouvelles techniques de communication et d'informatique que l'on a conçu le télétravail comme une solution magique pour simultanément :

- réduire les coûts salariaux (délocalisation de plateformes téléphoniques par exemple) ;

- satisfaire aux besoins de l'entreprise (flexibilité des ressources humaines, réduction de l'absentéisme, baisse des frais généraux notamment immobiliers...) ;

- répondre aux attentes de l'employé (réduction des coûts de transport, limitation du stress et de la fatigue liés aux déplacements quotidiens domicile-travail, assouplissement des horaires, meilleure conciliation vie personnelle-vie professionnelle...) ;

- apporter des solutions aux enjeux des territoires (développement de l'économie résidentielle, attractivité des territoires ruraux, optimisation des infrastructures de transport, limitation des déplacements de la population active).

La pratique du télétravail n'est pas transposable à tous les métiers : elle se limite, par définition, à certaines activités tertiaires comme l'informatique, la finance, l'assurance ou les services aux entreprises.

S'il s'est incontestablement développé, le télétravail n'a pas encore constitué la panacée espérée : en mai 2012, un rapport du ministère de l'industrie estimait que seuls 12 % des salariés français - contre 7 % en 2007 - avaient télétravaillé au moins huit heures par mois.

Son développement s'est heurté à plusieurs facteurs de résistance : d'abord, celle découlant de l'absence de couverture numérique intégrale du territoire, notamment rural et aux problèmes juridiques relatifs à cette nouvelle organisation du lien employeur-salarié ; ensuite, et peut-être plus encore, celle du sentiment d'isolement qu'il procure face au besoin de lien social et professionnel des salariés. Aujourd'hui, les entreprises et les travailleurs y ont recours le plus souvent comme une organisation alternée, certains jours ou heures de travail étant effectués hors de l'entreprise, les autres dans ses locaux ou des lieux collectifs d'exercice professionnels.

Certes, il est désormais assez facile aujourd'hui de travailler de n'importe quel endroit, et pas seulement depuis son domicile, qu'il s'agisse d'utiliser son ordinateur dans un train, un centre commercial ou un café64(*). Pour autant demeurera la nécessité de recréer des lieux de rencontre pour que les gens puissent travailler ensemble. Ces nouveaux espaces de travail auront à remplir une quadruple fonction :

- permettre de renouer des collectifs, d'en reconstruire, de se retrouver, donc créer des espaces de travail agréables ;

- sans contredire l'objectif précédent, favoriser aussi l'isolement et la concentration, ce que la mode des « open space » d'autrefois ne permet plus ;

- constituer un lien attractif car ouvert sur l'extérieur, qui puisse se nourrir d'expériences diverses ; ce nouveau métissage existe déjà : c'est le co-working65(*), qui permet de sortir des cloisonnements habituels d'exercice professionnel par métiers et de favoriser les mélanges ;

- proposer un lieu où l'on pourra agir tout de suite et engager les processus de mise en oeuvre immédiate des projets, sans détour par un cheminement hiérarchique lourd de validation. Dans cette inspiration, il existe déjà des « Fab-lab »66(*), structures où le recours aux nouvelles technologies autorise la conception et la production rapides d'objets.

Il en ressort que l'environnement du travail est en pleine mutation, dans des proportions d'une ampleur équivalente à celle qui a marqué le passage du XIXe au XXe siècle. En définitive, les métiers changent peu mais leur nouvel environnement change tout.

b) Les compétences transversales

Dans ce nouvel environnement, la question se pose évidemment de savoir s'il est encore nécessaire de former des jeunes à des emplois spécifiques ou s'il ne serait pas plus utile de leur faire acquérir, en plus du socle de connaissances académiques de base, des compétences applicables indifféremment dans plusieurs secteurs, voire tous. Maîtriser l'informatique, parler plusieurs langues étrangères, connaître les enjeux du développement durable, s'exprimer avec aisance en public ou savoir travailler en équipe sont autant de capacités aisément transférables d'un univers professionnel à un autre.

Le monde actuel des écoles, des diplômes est peut-être en voie de péremption si l'on y remplace l'obligation de délivrer des savoirs par celle d'enseigner la manière de savoir apprendre. Une fois ces bases acquises, c'est à l'entreprise qu'il appartiendrait de compléter la formation pour l'adapter spécifiquement à ses besoins.

En extrapolant les tendances actuelles, on constate que l'on va vers un rééquilibrage, dans les cursus professionnels, entre diplôme et expérience, de même que vers des intégrations croissantes entre l'entreprise et l'enseignement supérieur : le temps de l'apprentissage et le temps du travail sont moins cloisonnés qu'auparavant.

Pour autant, il ne faut pas voir dans ce panorama idéal un avenir merveilleux d'où l'exclusion serait exclue : le risque existe de créer de nouvelles exclusions. L'objectif de l'éducation nationale et de la formation professionnelle, initiale ou continue, devra demeurer celui de donner à chacun la possibilité de s'intégrer à ce schéma en devenir.

Pour ce faire, il n'est pas contestable que le maintien d'un socle de connaissances reste indispensable. C'est lui qui permettra ensuite d'accéder à la connaissance67(*). Autrefois, la production de connaissances était institutionnalisée, labélisée ; elle est désormais plus diffuse en raison de la multiplication des producteurs de savoirs. On passe d'une logique verticale de transmission enseignant-enseigné à une logique horizontale d'échanges et de savoirs croisés à laquelle Internet participe évidemment pour une grande part68(*). Dans cette nouvelle répartition des rôles, certains seront au centre du dispositif quand d'autres resteront en périphérie. Sans doute faudra-t-il du temps pour parvenir à un fonctionnement optimal de ce schéma de relations - et probablement cette société nouvelle ne sera-t-elle accessible qu'à partir des générations qui auront grandi avec Internet. Toujours est-il que, de plus en plus, on pourrait abandonner l'obligation de savoir par coeur pour la remplacer par un triple savoir :

- savoir que l'information existe ;

- savoir où la trouver ;

- savoir comment l'utiliser69(*).

La méthode de recrutement par simulation

À l'occasion d'un déplacement du rapporteur dans le département de la Vienne, la direction régionale Poitou-Charentes de Pôle emploi a présenté la méthode de recrutement par simulation (MRS)70(*).

Cette méthode a pour objectif d'élargir le profil des candidats recherchés en ouvrant « le champ des possibles : on cherche par ce biais non ce que le candidat a appris mais ce qu'il est capable d'apprendre, dans la mesure où l'avenir privilégiera les transitions professionnelles ».

Le poste proposé fait d'abord l'objet d'une analyse exhaustive pour définir les compétences requises. Il est décomposé en un certain nombre de gestes ou d'opérations élémentaires.

Afin de pouvoir évaluer les « habiletés » des candidats au regard du poste proposé, des exercices spécifiques sont créés. Ces habilités constituent l'ensemble des capacités nécessaires pour réaliser un travail. Un candidat peut, à cette occasion, démontrer que, sans disposer d'un diplôme précis, il a la capacité d'occuper un poste parce qu'il est en mesure d'en apprendre le contenu rapidement.

Transférables d'une situation à une autre, ces capacités peuvent avoir été développées dans le cadre professionnel ou en dehors : elles ne transparaissent donc pas véritablement dans le CV du candidat. L'usage de cette méthode nécessite, en conséquence, de recueillir l'assentiment non seulement du candidat mais aussi de l'entreprise puisque le recours au CV est banni dans ce mode de sélection. L'efficacité de la MRS dépend de l'implication réciproque de chaque partie. Notamment, l'entreprise doit s'engager à rencontrer tous les candidats qui auront satisfait aux tests.

Appliquée depuis une dizaine d'années, la MRS, parce qu'elle suppose de respecter un cadre précis, se révèle « coûteuse et chronophage. Elle n'est donc mise en oeuvre que pour faire face à des recrutements en nombre - vingt-cinq ou trente environ - ou pourvoir des postes pour lesquels on rencontre des difficultés de recrutement. » Elle offre néanmoins le grand avantage de ne pas enfermer le demandeur d'emploi dans une filière spécifique et limitée.

c) Le fractionnement des carrières

Le sentiment général qui ressort des différentes auditions conduites par le rapporteur est que le déroulement des carrières reste encore très rigide en France. La prégnance forte du diplôme et l'étroitesse des segments professionnels sur lesquels sont formés les apprentis font que les travailleurs ont tendance à se trouver circonscrits à une filière et une seule, sans vrai espoir ou possibilité d'évolution latérale au cours de leur carrière.

Or, le monde du travail de demain fera encore davantage qu'aujourd'hui appel à l'adaptation et à la créativité, et conduira à changer plus fréquemment qu'aujourd'hui, non seulement d'employeur mais plus encore de secteur d'activité. Cette exigence de mobilité, qui ne renvoie pas à sa conception uniquement géographique, devrait davantage imprégner les décideurs et les organisateurs de cursus de formation.

3. La robotique : menace ou atout ?
a) Le spectre laborophage de la robotisation

Le risque d'une destruction des emplois liée à l'essor de la robotique constitue une menace potentielle qui agite en profondeur, depuis quelque temps, la société américaine et pourrait se propager rapidement dans notre pays71(*). On y évoque les prophéties sombres de nombreux économistes qui tablent qui sur la disparition de l'ensemble des emplois humains d'ici à 2045, qui sur le remplacement de la moitié des emplois américains par des robots à l'horizon de vingt ans.

L'organisme prospectif Futuribles International vient d'ailleurs récemment de consacrer à cette thématique un dossier spécial72(*), portant non plus sur « les robots dits des trois D ("dull, dirty, dumb"), qui étaient de simples automates chargés de soulager les hommes de travaux ennuyeux, répétitifs et physiquement éprouvants ; mais ceux qui ont désormais la capacité d'intervenir dans toutes les activités humaines, d'assister les personnes, de les soigner, d'augmenter leurs capacités, peut-être demain de les transformer, sinon de les remplacer » lit-on sous la plume d'Hugues de Jouvenel, rédacteur en chef de la revue.

Ces craintes sont alimentées par les innovations spectaculaires qui sont en cours de concrétisation dans le secteur de la robotique. « Les robots voient leur " corps " devenir de plus en plus mobile et leur " cerveau " de plus en plus gros. Ils sont en train de se redresser, d'apprendre à marcher et leur boîte crânienne grossit » écrit Robin Rivaton, économiste, membre du Conseil scientifique de Fondapol, et auteur, à ce titre, de deux rapports73(*) consacrés à la relance industrielle de la France grâce à la robotique.

b) La reconquête industrielle par la robotique

Le premier de ces rapports constate que, à l'inverse des pays développés qui ont massivement investi dans l'équipement en robots industriels, la France a pris un retard important en la matière. Fin 2011, on comptait quatre fois plus de robots actifs dans l'industrie allemande, et deux fois plus en Italie que dans notre pays. Pour la seule année 2011, lorsque trois mille robots étaient installés en France, six fois plus étaient implantés dans les entreprises allemandes74(*), et l'avance technologique du Japon et de la Corée du Sud en la matière est encore plus irrésistible.

Or, ce premier rapport met en lumière le rôle majeur de la robotisation en faveur de la compétitivité industrielle parce qu'elle permet d'agir à la fois sur les prix - grâce aux économies de main-d'oeuvre - et sur la qualité des produits - dont le niveau augmente. Il plaide donc en faveur d'une stratégie de la robotique au service de la compétitivité, et aussi d'une relance de la production de robots en France qui s'est effondrée depuis le début des années quatre-vingt-dix.

Le second rapport approfondit cette question de la stratégie robotique pour demander, notamment aux pouvoirs publics et aux organismes publics de recherche, d'investir à la fois dans la robotique de service et dans la robotique industrielle, sans sacrifier cette dernière afin de jouer sur leur complémentarité. Il appelle à la mobilisation de moyens financiers pour équiper les PME et inciter des roboticiens étrangers à s'installer en France. Le rapport conclut à la nécessité de combattre l'opinion commune que la robotisation fait le lit du chômage, qu'elle est non pas un fantasme d'amateur de science-fiction mais un outil précieux pour notre avenir industriel.

Le message a semble-t-il été entendu par le ministère du redressement productif qui, dans le plan de soutien lancé en 2013, a identifié les principales lacunes françaises : faiblesse du lien recherche-industrie, mauvaise identification du marché de la robotique, financement insuffisant de la recherche-développement, mobilisation marginale des acteurs privés, manque de visibilité et d'organisation de la filière. Concrètement, il programme 100 millions d'euros d'investissement à répartir entre la recherche et les entreprises, et des États généraux de la robotique qui seront organisés chaque année.

Un plan pour soutenir la robotique française

La robotique constitue une nouvelle frontière et peut être la prochaine grande révolution industrielle, comparable à l'Internet, avec un marché estimé pour la seule robotique de service, à 100 milliards d'euros en 2020 par la Commission européenne, un marché multiplié par trente en dix ans.

La robotique est traditionnellement divisée en deux segments : la robotique industrielle, marché mature dominé par les Japonais, les Américains et les Allemands, et la robotique de service (à usage personnel ou professionnel), marché émergent au potentiel de croissance considérable (le marché pourrait atteindre 26 milliards de dollars dès 2015).

La frontière traditionnelle entre robotique industrielle et robotique de service tend cependant à s'estomper avec le développement des usages industriels de la robotique de service comme de la robotique industrielle mobile, le partage de nombreuses briques technologiques ou l'émergence de la « cobotique » ou robotique collaborative. Dans de nombreux pays, l'un sert le développement de l'autre, la robotique industrielle servant le plus souvent de terreau au développement de la robotique de service.

À l'image d'Internet ou des Key Enabling Technologies (KET), la robotique est un champ technologique diffusant qui va avoir un impact important en termes de création d'emplois directs et indirects (quelques dizaines de milliers d'emplois en France dans cinq à dix ans). Elle est au croisement de plusieurs secteurs : mécatronique, électronique, optronique, logiciel embarqué, énergie, nanomatériaux, intelligence artificielle, connectique... La robotique a vocation à investir tous les domaines : transport, industrie, logistique, agriculture, santé, loisir, défense, éducation...

Toutes les grandes nations industrielles font de la robotique un ressort de croissance présente ou future et d'innovation, qu'il s'agisse de robotiser les industries et de construire l'usine du futur, ou de prendre place dans la grande révolution de la robotique de service. Au coeur de leurs préoccupations, deux enjeux majeurs se dégagent distinctement : la compétitivité industrielle des entreprises, c'est-à-dire in fine le maintien et même la relocalisation de la production et de l'emploi industriel ; les grands défis sociétaux de notre temps : santé, autonomie, éducation, vieillissement au travail, mobilité... et que la robotique de service contribuera à surmonter.

Depuis plusieurs années déjà, le Japon, la Corée et les États-Unis ont lancé des programmes ambitieux destinés à prendre les premières places dans la compétition mondiale. La Commission européenne pour sa part lancera cette année un partenariat public-privé dans le domaine de la robotique afin d'aider les sociétés implantées en Europe à augmenter leur part du marché mondial de la robotique industrielle mais aussi de service. La France y prendra toute sa part.

Source : ministère du redressement productif, mars 2013


* 61 Ce que l'économiste au Centre des études monétaires et financières (Cemfi) de Madrid, David Dorn, appelle les « tâches abstraites ». Voir Le Monde, culture et idées, du 10 mai 2014, « L'informatisation n'est pas responsable du chômage ».

* 62 Donc aussi dans des emplois qualifiés de la banque et de l'assurance, par exemple, où les salaires se situent au-dessus de la moyenne.

* 63 Et notamment Sandra Enlart et Olivier Charbonnier, auteurs de « À quoi ressemblera le travail demain ? », Dunod, février 2013. Audition du 3 avril 2013.

* 64 Sur ces questions de l'exercice nomade du travail et sur le télétravail, se reporter notamment à « La démobilité : travailler, vivre autrement », Julien Damon pour Fondapol, juin 2013.

* 65 Type d'organisation du travail qui regroupe, sur un espace de travail partagé, des travailleurs relevant de structures différentes, qui tirent un bénéfice commun des contacts, des rencontres et de leurs expériences respectives.

* 66 Pour « Fabrication-laboratory », laboratoire de fabrication ouvert au public où sont mises à sa disposition toutes sortes de machines et d'outils, notamment pilotés par ordinateur. Ces lieux s'adressent aux designers, artistes, étudiants, entrepreneurs, artisans soucieux d'accélérer le processus de conception-prototypage-adaptation-diffusion de leurs réalisations.

* 67 Avec tous les risques inhérents au potentiel contrôle, éventuellement politique, de la connaissance mais la délégation s'est arrêtée à ce point de la réflexion qui excède son objet d'étude initial...

* 68 Avec les limites qui s'attachent à cette source, dont le degré de fiabilité est variable.

* 69 Le Danemark, très en pointe sur ces questions et sur l'évolution de la formation des enseignants, fait déjà passer certaines épreuves de l'équivalent du baccalauréat en autorisant l'accès à l'Internet. Dans un ordre d'idée assez proche mais plus inquiétant, signalons la rumeur selon laquelle plusieurs États américains envisageraient de renoncer à apprendre l'écriture manuscrite aux enfants, rendue inutile par l'usage du clavier.

* 70 Audition du 25 novembre 2013.

* 71 Voir notamment, dans le journal Le Figaro du 24 février 2014, l'article de Robin Rivaton « Quand les robots nous remplaceront ».

* 72 L'essor de la robotique, numéro 399, mars-avril 2014.

* 73 Fondation pour l'innovation politique « Relancer notre industrie par les robots : les enjeux » et « Relancer notre industrie par les robots : les stratégies », décembre 2012.

* 74 Sur ce point, voir « Les champions cachés du XXIe siècle - stratégies à succès » par Hermann Simon et Stéphane Guinchard, Economica - Octobre 2012.