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La France et l'Iran : des relations économiques et financières à reconstruire

11 juin 2014 : La France et l'Iran : des relations économiques et financières à reconstruire ( rapport d'information )

IV. LA SITUATION ÉCONOMIQUE DE L'IRAN

A. DES ATOUTS CONSIDÉRABLES MAIS SOUS-UTILISÉS

1. Une économie assise sur une part considérable des réserves pétrolières et gazières mondiales

L'Iran vise à ouvrir son économie et à s'insérer toujours davantage dans le commerce international, ainsi qu'en atteste sa demande répétée d'obtenir un statut de membre à part entière de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), dans laquelle la République islamique ne dispose que d'un statut d'observateur depuis 2005, en raison de l'opposition des États-Unis qui n'ont cessé de bloquer l'Iran dans ses efforts.

L'industrie et les services représentent 90 % de l'économie nationale (45 % chacun) tandis que le secteur de l'agriculture pèse pour 10 %. Le PIB iranien, en parité nominale, est de l'ordre de 550 milliards de dollars par an. Mais il représente plus de 1000 milliards de dollars en parité de pouvoir d'achat (PPA). Le secteur de l'énergie est important en Iran et les principaux revenus du pays sont tirés de la vente de pétrole et de gaz naturel.

Il convient, en effet, de relever tout d'abord le potentiel important que représente l'économie iranienne, qui dispose de 10 % des réserves pétrolières mondiales16(*) et de 18 % des réserves gazières mondiales (deuxième rang mondial, avec environ 30 milliards de mètres cubes de réserves). Historiquement, Total a développé plusieurs champs pétroliers et gaziers en Iran mais n'est plus présent pour l'exploration ou l'exploitation.

Les gisements de pétrole sont situés au nord de l'Iran et en offshore dans les eaux du golfe Persique, mais les infrastructures industrielles sont de plus en plus inefficaces car vétustes et ne profitant pas des avancées technologiques. De moins en moins de forages d'exploration sont effectués. Pour ce qui concerne les réserves de gaz naturel, la plus grande partie demeure inexploitée. La production est essentiellement destinée à un usage domestique. Les investissements étrangers sont insuffisants dans ces secteurs, comme l'ont expliqué à votre délégation MM. Alireza Daemi, vice-ministre de l'Energie, et Ali Majedi, vice-ministre du pétrole, chargé des affaires internationales.

Les industries pétrolières et gazières en Iran

Source : CNRS, http://www.irancarto.cnrs.fr/

L'origine de l'énergie utilisée en Iran est multiple. Traditionnellement, 75 % provient du gaz naturel, 18 % est tirée du pétrole et 7 % de l'énergie hydroélectrique ou des énergies nouvelles. Depuis les années 2000, l'utilisation de centrales thermiques au gaz et de stations hydroélectriques (400 barrages construits et 180 en construction ou en projet en 2014), l'amélioration des centrales thermiques au charbon et au pétrole et l'ouverture de parcs éoliens, de centrales géothermiques et le déploiement de panneaux solaires, auraient porté la capacité énergétique de l'Iran à de 25 000 à 70 000 mégawatts. La demande interne en énergie électrique croîtrait d'environ 8 % par an.

2. Une industrie qui tourne au ralenti, surtout dans le cas de l'automobile

Les capacités industrielles de l'Iran sont sous-exploitées. M. Mohammad Reza Nematzadeh, ministre de l'Industrie et du Commerce, est revenu sur ce point devant votre délégation. De même, M. Mohammad Nahavandian, secrétaire général de la présidence de la République, a assuré de manière plus générale que le potentiel de l'Iran était bien supérieur à ses réalisations actuelles.

Par exemple, l'industrie minière est insuffisamment développée et ne contribue qu'à hauteur d'un demi-point de PIB à la richesse nationale, surtout en raison du manque d'infrastructures et des difficultés d'exploration.

Pourtant, l'Iran dispose d'importantes mines produisant du charbon, du fer, du cuivre, du plomb, du zinc, du chrome, de la barite, du sel, du gypse, du molybdène, du strontium, de la silice, de l'uranium ou, encore, de l'or. Les mines de Sarcheshmeh contiennent, à elles-seules, le second filon de minerai de cuivre le plus grand du monde, avec 5 % du cuivre mondial. L'État iranien, qui possède quasiment toutes les mines et les industries connexes, cherche ainsi à attirer des investissements étrangers pour développer l'extraction.

De même, dans le secteur automobile, la capacité de production de l'ordre de 2 millions de voitures par an est très loin d'être atteinte : les sites ne tournent aujourd'hui qu'à 25 % ou 30 % de leurs capacités.

Ce secteur s'est développé en Iran dans les années 1960, avec l'implantation de nombreux constructeurs étrangers comme Citroën, Renault, Rover, American Motors, Daimler-Benz, Volvo ou, encore, Mitsubishi. À partir de 1967, Iran Khodro produit, par exemple, la Peykan sur le modèle de la voiture Hunter élaborée par le constructeur britannique Hillman.

La coopération industrielle entre les constructeurs étrangers et l'Iran repose sur des groupes locaux comme Iran Khodro ou Saipa et sa filiale Pars Khodro. Votre délégation a appris que Saipa, grande marque iranienne, était un acronyme français signifiant société anonyme iranienne de production automobile. En 1966, il s'agissait d'une filiale iranienne de Citroën.

Ce secteur a connu une évolution instable depuis les années 1970, avec plusieurs épisodes de nationalisations et des difficultés économiques, mais l'Iran était tout de même le onzième fabricant mondial de voitures en 2011 avec 1,6 million de voitures produites. Les voitures d'origine française représentaient alors 35 à 40 % du marché automobile iranien. La Chine, presque absente du secteur automobile iranien avant 2012 (moins de 1 % du marché iranien), y pèse désormais environ 10 %. Avant 2013, l'automobile représentait plus de 60 % des exportations françaises vers l'Iran.

Votre délégation a pu constater sur place qu'en dépit du départ de PSA, qui n'exporte plus rien vers l'Iran depuis 2012, les producteurs iraniens ont continué à assembler sur place des véhicules badgés Peugeot, le plus souvent avec des pièces importées de Chine, avec l'exemple du modèle de Peugeot 206 produit par Iran Khodro.

Cela signifie que l'Iran produit des voitures « françaises », sans que le moindre revenu soit engendré au profit de nos entreprises17(*). L'usine visitée à Tabriz disposait de vastes chaînes d'assemblage, mais ces dernières n'étaient quasiment pas utilisées.

Il a été assuré à votre délégation par M. Nasser Naghdi, président-directeur général d'Iran Khodro Azvico, que l'usine devait atteindre prochainement un rythme élevé de production.

Modèle de Peugeot 206 produit en Iran par Iran Khodro

Visite de la chaîne d'assemblage d'Iran Khodro à Tabriz (Philippe Marini, président, avec M. Nasser Naghdi, président-directeur général d'Iran Khodro-Azvico)


* 16 Soit le quatrième rang mondial. La production de pétrole iranienne, qui remonte à 1913 et fait de l'Iran le premier pays du Moyen Orient à avoir exploité cette ressource, a atteint un pic en 1974 avec plus de 6 millions de barils par jour et se situe à environ 4 millions de barils par jour en moyenne ces dix dernières années.

* 17 La question du respect du droit de la propriété intellectuelle se pose en Iran. Dans le cas de Peugeot, il a été expliqué à votre délégation que la firme Iran Khodro était propriétaire de la marque en Iran, ce qui lui donne le droit de badger les voitures du nom de Peugeot. En revanche, la propriété intellectuelle n'est pas suffisamment respectée dans la vie économique iranienne. Ainsi, de nombreux produits sont contrefaits et, en matière informatique, le piratage des logiciels serait quasi-systématique.