QUELLES INNOVATIONS SONT NÉCESSAIRES POUR PROMOUVOIR DE NOUVELLES MOBILITÉS ?

M. Denis Baupin, député, co-auteur, avec la sénatrice Fabienne Keller, d'un rapport de l'OPECST sur « Les nouvelles mobilités sereines et durables : concevoir des véhicules écologiques ». Je tiens tout d'abord à remercier le président Le Déaut d'avoir organisé cette table ronde.

La sénatrice Fabienne Keller et moi-même avons élaboré ce rapport car nous avons le sentiment que la question de la mobilité se trouve aujourd'hui face à deux défis simultanés.

Le premier est environnemental. L'actualité des derniers jours, avec l'affaire Volkswagen, en témoigne : l'industrie automobile est aujourd'hui tellement dépassée par la nécessité de s'adapter aux contraintes environnementales qu'elle se retrouve de contourner, par des trucages, les tests dont elle a pourtant elle-même veillé à amoindrir le plus possible les contraintes.

Le deuxième défi est numérique, avec tout ce que cela peut entraîner comme modifications, dans l'organisation de la mobilité et sur les véhicules. Il suffit pour s'en convaincre de considérer le développement de BlaBlaCar, la question de Uber et nombre de sujets similaires aujourd'hui en débat. Au-delà des véhicules individuels, l'ensemble de la mobilité est bouleversé par ces évolutions.

En tant qu'élu écologiste, je tenais, ayant été pendant des années, lorsque j'étais maire-adjoint de Paris, considéré comme une sorte d' « ayatollah anti-voiture », à produire un rapport sur ce que pourrait être la voiture écologique, afin de voir si cette question était de l'ordre de l'oxymore ou du dépassable. Il s'agissait notamment de vérifier la pertinence de certaines démarches en vigueur. Faut-il continuer, par exemple, à construire systématiquement des véhicules à quatre places : lorsque l'on est célibataire ou couple sans enfant, a-t-on forcément besoin de ce type de véhicule ? Est-il, de même, nécessaire de produire des véhicules capables de rouler jusqu'à 180 km/h, alors que les réglementations interdisent de circuler à une telle vitesse et que beaucoup de gens n'utilisent quotidiennement leur voiture qu'en ville ?

L'idée de ce rapport était d'envisager également les apports possibles des technologies dans ce domaine. L'objectif d'une consommation de 2 litres aux 100 kilomètres, évoqué précédemment, est aujourd'hui dans l'espace public en France et conduit les constructeurs à essayer de définir des briques technologiques permettant de faire du downsizing , c'est-à-dire de produire des voitures aussi performantes, tout en réduisant les émissions et les consommations.

Notre objectif était également de voir si de nouveaux concepts ne pouvaient pas être avancés, partant par exemple de l'idée d'un continuum entre le deux-roues et le quatre roues, autour de projets de véhicules moins puissants, moins volumétriques, etc .

Pour notre rapport, nous avons rencontré l'ensemble des constructeurs et leur avons posé trois questions :

- « êtes-vous capables de construire ces nouveaux véhicules ? » : tous ont répondu par l'affirmative et évoqué des projets de concept cars susceptibles de répondre à ces nouveaux impératifs ;

- « pourquoi, dans ce cas, ne le faites-vous pas ? » : l'argument avancé était celui d'une incertitude quant au potentiel en termes de clientèle pour ces véhicules. La mise en oeuvre d'une chaîne de production nécessitant un investissement de l'ordre d'un milliard d'euros, les constructeurs ont déclaré ne pas être prêts à prendre ce risque sans être sûrs de pouvoir vendre ces modèles ;

- « et si les pouvoirs publics envoyaient des signaux, en termes d'avantages de circulation, avec, par exemple, des voies dédiées à la circulation de ces véhicules, des tarifs de péage ou de stationnement préférentiels, cela changerait-il le business model ? » : tous ont répondu favorablement, d'où notre responsabilité de politiques. Il faut, à ce titre, souligner la volonté, exprimée dans la loi de transition énergétique, de traduire cela par de nouvelles dispositions, qu'il reste maintenant à décliner avec les collectivités locales par des négociations avec les compagnies d'autoroutes. Cela permettra d'envoyer ces signaux nécessaires pour que les constructeurs automobiles s'engagent enfin dans la production de véhicules adaptés aux besoins de notre siècle.

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