L'ÉTAT DES TRAVAUX DE RECHERCHE SUR L'IMPLICATION CITOYENNE

M. Alain Fuchs, président du CNRS, président de l'Alliance Athena. Le mouvement visant à impliquer les citoyens dans les questions de science et de technologie s'est accéléré, notamment ces derniers temps en Europe, à partir du sixième programme cadre de recherche et développement. Conférences de citoyens, débats publics : tout ce qui va dans le sens d'une responsabilité publique et éthique de la science est encouragé et financé, entre autres par la Commission européenne.

Sur ces questions, la communauté scientifique dispose d'atouts qu'il faut mobiliser, mais qui ne le sont pas toujours, ou en tout cas pas suffisamment : je pense à l'interdisciplinarité et, en particulier, à la capacité à impliquer des chercheurs en sciences sociales pour analyser les enjeux, formes et conséquences de la participation politique des citoyens et de la socialisation de la science, au-delà du concept un peu dépassé d'acceptabilité des technologies.

Dans toutes les actions interdisciplinaires que l'on cherche à lancer et que l'on voit poindre aujourd'hui, les problématiques de sciences humaines et sociales (SHS) n'interviennent plus seulement en conclusion du processus de la connaissance, au moment où l'on s'interroge sur ses conséquences et ses impacts, mais à la source et dans la conceptualisation même des défis sociétaux à relever. J'en veux pour exemple un appel à projets que nous mettons en place autour du thème « énergie, nature, ressources et société », conçu selon ces principes et impliquant des chercheurs en sciences humaines et sociales dans la plupart des actions soutenues.

Cette interdisciplinarité permet de proposer des solutions plus soutenables et de récuser le rôle classiquement dévolu aux SHS d'éduquer le public rétif ou mal informé, afin de favoriser l'adaptation des sociétés aux nouvelles technologies de l'énergie ou à de nouveaux modes de consommation. Cantonner les sciences humaines et sociales à ce rôle d'accompagnement est non seulement désinvolte mais surtout inefficace. Cela revient à négliger le formidable réservoir de connaissances acquises et en devenir qui, imbriquées dans la science tout entière, dessinent une pratique de la recherche scientifique moderne, audacieuse et très utile, dans nos pays, au renouveau technologique que nous espérons.

Les dynamiques complexes de l'innovation et des changements sociaux ne sauraient être dissociées de l'étude des sociétés : telle est la conviction que nous portons au sein de l'Alliance Athena. Cela passe par des pratiques sociales, des effets de partage des connaissances, des dispositifs de participation et la mobilisation de nouveaux acteurs et comportements.

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