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Innovation et changement climatique : l'apport de l'évaluation scientifique et technologique

9 novembre 2015 : Innovation et changement climatique : l'apport de l'évaluation scientifique et technologique ( rapport de l'opecst )

LE RÔLE DES MÉCANISMES DE RÉGULATION DANS L'OBTENTION D'UN CONFORT COMPATIBLE AVEC UNE CONSOMMATION MINIMALE D'ÉNERGIE - LE CAS DU BÂTIMENT 22-26

M. Dietmar Eberle, architecte autrichien. Le bâtiment 22-26 est non seulement un immeuble, mais aussi une façon de penser assez radicale puisque ce bâtiment est dépourvu de climatisation, de chauffage et de ventilation. Il utilise les conditions et circonstances existantes, dans son lieu de construction. Lorsque l'on apprend à utiliser ces circonstances, il n'est pas nécessaire d'utiliser beaucoup de technologie.

Ce bâtiment est conçu selon trois axes, dont le confort et la relation de l'usager au bâtiment. Ces aspects sont souvent envisagés sous l'angle des chiffres ; or je pense qu'il s'agit plutôt d'une question de comportement des gens par rapport aux circonstances données. Il convient, en outre, de ne pas se focaliser uniquement sur le coût des investissements mais aussi sur les coûts d'entretien, qui sont l'enjeu majeur pour les générations à venir et qu'il faut, à ce titre, veiller à réduire. Le troisième aspect concerne la réduction massive de la demande d'énergie.

Nous développons cette approche depuis deux ans maintenant. Ce bâtiment doit être soumis à la mesure en permanence, tous les jours, 24 heures sur 24, à quatre niveaux : température, dioxyde de carbone, humidité et qualité microbiologique de l'air. À l'avenir, il va, en effet, falloir tenir compte de la demande d'énergie mais aussi être en mesure de combiner cela avec ces quatre aspects.

En guise de conclusion, je voudrais insister sur la nécessité de disposer de davantage de connaissances sur ces questions. Il faut prendre conscience du fait que, dans de nombreux modèles actuels, une attention insuffisante est portée, dans le calcul, à ce qu'il advient réellement dans les bâtiments après la construction. Ainsi, l'apport principal, à l'avenir, ne résidera pas dans les circonstances techniques mais bien dans les comportements des habitants de ces immeubles.

COMMENT LES TECHNIQUES D'ÉVALUATION PERMETTENT-ELLES UN CHOIX ENTRE RÉNOVATION ET CONSTRUCTION ?

M. Linas Balsys, membre de la Commission de l'environnement du Parlement lituanien. Je tiens, tout d'abord, à vous remercier d'avoir organisé cette conférence qui nous donne l'occasion d'échanger des points de vue avant le Sommet de Paris.

Nous avons la chance, en Lituanie, grâce à une politique volontariste, d'être à 23 % d'énergies renouvelables dans le mix énergétique, dépassant ainsi déjà l'objectif fixé pour 2020. Il s'agit là d'une bonne nouvelle, dans la mesure où ce chiffre est dû principalement à l'usage de biomasse pour le chauffage. Mais la mauvaise nouvelle réside dans le fait que la moitié de la population lituanienne vit dans des maisons individuelles et l'autre moitié dans des tours, dont bon nombre d'appartements sont vieux de plus de quarante ans et nécessitent des travaux de rénovation voire de démolition.

Lors de la réalisation d'un audit d'énergie, il est tenu compte des attentes du client ; or, dans de nombreux cas, on arrive à la conclusion qu'il faudrait démolir. Pour autant, nous ne démolissons pas, pour des raisons politiques. En effet la majorité de ces tours d'habitation ont été privatisées et les propriétaires ne font pas partie de milieux aisés. Que faire de ces gens en cas de démolition ? Bien que la démolition soit souhaitable, elle n'a donc le plus souvent pas lieu et il est procédé plutôt à des travaux de remise en état. Il faut alors décider du type de remise en état, ce qui donne lieu à un jeu politique. Il faut pour cela des lois intelligentes, ce qui suppose une souplesse politique afin de permettre aux gens de choisir le type de travaux le plus adéquat, susceptible de produire un effet rapide et important, au moindre coût économique. Or il est difficile de combiner tous ces facteurs.

Nous avons néanmoins déjà mis en place des expériences qui fonctionnent bien. La plupart du temps, il ne s'agit pas d'une rénovation complète du bâtiment mais, par exemple, d'une amélioration du système de chauffage, d'un remplacement des fenêtres, ce qui peut permettre d'économiser jusqu'à 30 % du coût en énergie. Cela requiert souplesse et esprit d'innovation afin d'aller vers l'application des dernières technologies.

Dans des pays comme la Lituanie, dotés de très vieux immeubles qu'il est impossible de démolir pour les raisons que je vous ai exposées, ce type de démarche semble le plus approprié.