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Concurrence dans le transport aérien : l'indispensable transparence

19 novembre 2015 : Concurrence dans le transport aérien : l'indispensable transparence ( rapport d'information )

AVANT-PROPOS : LE DOUBLE CHOC D'OFFRE

Un double choc d'offre a bouleversé l'économie des compagnies aériennes historiques, au profit d'opérateurs à bas prix et de transporteurs basés dans le Golfe persique. Il a influencé récemment et influencera encore les rôles respectifs des aéroports régionaux et des plates-formes (hubs), outre l'offre d'avions par les industriels.

Dans l'ordre chronologique, le premier choc remonte à 1992, avec l'adoption du troisième paquet aérien, destiné à libéraliser les services de transport par voie des airs au sein de l'Union européenne. En un premier temps, les règlements3(*) composant ce « paquet » n'ont guère semblé avoir d'incidence. Les compagnies traditionnelles, notamment, ont pu se sentir solidement en place. Pour la plupart, elles payent au prix fort cette erreur d'appréciation, au pire en disparaissant, dans la plupart des cas en passant des accords subis, parfois en animant l'actualité par des conflits sociaux plus ou moins médiatisés, très rarement par l'exemple d'une adaptation pleinement réussie. À l'inverse, les nouveaux venus se sont engouffrés dans ce qui paraissait un marché de niche, mais qui s'est révélé un formidable tremplin : la vente à bas prix de vols court ou moyen-courriers, pour des voyages dits « de point à point », c'est-à-dire entre deux aéroports régionaux. Le bouleversement apporté par la révolution du low cost s'est traduit par l'augmentation spectaculaire des déplacements en avion. La démocratisation de ce moyen de transport doit incontestablement être mise au crédit de ces nouveaux acteurs, mais au prix d'une recherche d'économies érigée en quête permanente et systématique, non sans excès.

Progressivement mises en difficulté sur les lignes intérieures, les compagnies historiques de l'Union ont en outre été attaquées sur leur flanc sud-est par trois compagnies basées dans les émirats du Golfe : Emirates, Etihad et Qatar Airways. En effet, les émirats pétroliers du Golfe doivent préparer l'après pétrole. Parmi les moyens de cette reconversion inéluctable, leurs dirigeants ont identifié notamment l'exploitation d'une situation géographique idéale entre l'Europe et l'Asie. D'où la création de hubs dans le désert, avec des prestations de qualité, desservis par des vols à des tarifs compétitifs et comportant une escale près des centres commerciaux fort bien achalandés. Bénéficiant de la force de frappe financière procurée par la vente d'hydrocarbures, ces projets ont connu un succès que rien n'est venu démentir au cours des dix dernières années, à tel point que les transporteurs européens sont presque totalement exclus des destinations asiatiques ou de l'océan Pacifique desservies par les compagnies du Golfe.

Telle est la situation analysée dans le chapitre 1er du présent rapport, dont le deuxième chapitre expose les pistes du nouvel envol possible des compagnies aéronautiques européennes.


* 3 Les règlements du Conseil (CEE) n° 2407/92, 2408/92 et 2409/92, remplacés par le règlement (CE) n° 1008/2008 du Parlement européen et du Conseil.