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Une crise en quête de fin - Quand l'Histoire bégaie

9 février 2017 : Une crise en quête de fin - Quand l'Histoire bégaie ( rapport d'information )

II. UN CHAPELET DE CRISES FINANCIÈRES

À y regarder de près, cette première Grande crise du XXIe siècle est d'abord un chapelet de crises bancaires qui se succèdent et interréagissent, rendues techniquement possibles par l'explosion de la liquidité, une interconnexion des intérêts et une totale liberté de spéculation accordée, suivant des tempos et des modalités différents selon les pays, à un système financier globalisé23(*). Un chapelet de crises bancaires dont la plus importante, celle qui va donner le branle au système financier international, est incontestablement étasunienne mais qui ne se résume pas à elle.

La crise des subprimes étasunienne n'a fait que révéler, en Europe, une crise déjà là et qui n'attendait que l'étincelle pour exploser24(*).

A. LES CRISES SPÉCULATIVES EUROPÉENNES

Si, dans la plupart des crises du vieux continent, entre, certes, une part de crise étasunienne, l'essentiel est imputable aux opérations spéculatives juteuses mais hasardeuses des banques européennes, notamment britanniques, allemandes et françaises.

Les difficultés de l'Irlande et de l'Espagne, qui renvoient à la spéculation organisée, avec la complicité des pouvoirs publics, par un secteur immobilier surdimensionné, apparaissent avant la crise des subprimes. L'endettement privé qui en découle y est de plus renforcé par le développement du crédit à la consommation. En revanche, ces deux pays sont des modèles de vertu en matière d'endettement public.

Même schéma, à quelques nuances près, pour la Grande-Bretagne, qui, au terme de cinq mois de rebondissements, devra nationaliser Northern Rock dès le mois de février 2008 : on y constate un secteur bancaire hypertrophié, ainsi qu'une spéculation immobilière et un endettement privé particulièrement importants.

La chute du mur de Berlin et la conversion brutale à l'ultralibéralisme des pays autrefois sous influence soviétique ont aussi suscité l'appétit des banques britanniques, allemandes, françaises et scandinaves, éblouies par le taux de croissance de ces nouveaux convertis. Si la crise venue des États-Unis marque le commencement de la fin, c'est que le terrain avait été bien préparé.

Autre exemple significatif de cette frénésie du développement et de la consommation à crédit, la crise islandaise, un pays un temps au top du développement mondial. Débutant début 2008, elle touchera la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l'Allemagne et les pays scandinaves. L'attribution d'un prêt du FMI à l'Islande, à la fin de 2008, marque la fin de cette épopée viking !

La bulle immobilière et, d'une manière générale, l'endettement à crédit des pays du sud de l'Europe ont été facilités par l'afflux de capitaux en provenance des deux partenaires les plus importants : l'Allemagne et la France. Du fait du mode de construction de la zone euro, cette crise spéculative du même type que les précédentes se transformera en crise des dettes souveraines (publiques), sorte de crise dans la crise.


* 23 Cet état de fait étant le résultat de politiques sur les motivations desquelles on reviendra infra. Voir la troisième partie.

* 24 « Le problème n'était pas seulement lié aux "subprimes" américains, des banques européennes comme Dexia prenaient aussi des risques excessifs pour avoir plus de profits. » Jacques Sapir - Audition du 14 janvier 2016. C'est avec ses déboires américains que débuteront les ennuis de Dexia.