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Préconisations pour une réforme de la haute fonction publique - Position personnelle du rapporteur

4 octobre 2018 : Préconisations pour une réforme de la haute fonction publique - Position personnelle du rapporteur ( rapport de commission d'enquête )

C. LA BUREAUCRATISATION DES SOMMETS DE L'ÉTAT.

Comme on l'a vu plus haut (Première partie IV-A), les dernières décennies ont été marquées par une politisation de la très haute fonction publique par le biais des nominations au tour extérieur et la sélection des membres des cabinets, cabinets devenus de vrais accélérateurs de carrière voire des tremplins. En même temps, on observe le mouvement inverse, la bureaucratisation des sommets de l'État, dissipant ce qui aurait pu rester de l'illusion de la neutralité politique de la haute administration. Un phénomène tout à fait différent - à quelques exceptions près comme les nominations à Matignon de Georges Pompidou ou de Raymond Barre - des carrières politiques classiques de hauts fonctionnaires militants d'un parti et élus, un cursus, selon Luc Rouban, en forte régression.

À en croire la tribune d'un collectif de « hauts fonctionnaires » tenant à l'anonymat publiée dans le Monde du 21 février 2018, une étape nouvelle vient d'être franchie avec le nouveau quinquennat. Du pouvoir d'influence de l'oligarchie administrative exercé à travers l'appartenance aux cabinets Élyséen ou ministériel on est passé à une oligarchie administrative s'assumant comme politique par l'exercice direct du pouvoir. A une pratique marginale, aurait succédé une vague de fond significative de ministres choisis par le Président de la République et son Premier ministre parmi les directeurs et directrices de l'administration.

Les chiffres laissent en effet, rêveurs : « Parmi les quatorze ministres ou secrétaires d'État qui pourraient être considérés comme venant de la « société civile », la plupart d'entre eux avaient auparavant exercé de très hautes responsabilités administratives, le plus souvent de direction d'administration centrale. » (Op cit). Ce n'est plus le ministre qui choisit les directeurs d'administration mais les directeurs d'administration qui deviennent ministre. La réversibilité entre la fonction politique et administrative est devenue totale.

Logique, puisqu'ils partageant la même croyance en l'excellence du système et ont activement travaillé à l'élection du Consul dont ils ont rédigé le programme et souvent animé la campagne. Une nouvelle manière de neutraliser parlementaires et partis politiques en les transformant en couverture démocratique minimale d'un pouvoir politico-administratif qui les a pratiquement tous.