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Quels tremplins pour le sport en outre-mer ? - Rapport

20 novembre 2018 : Quels tremplins pour le sport en outre-mer ? - Rapport ( rapport d'information )

B. MIEUX S'INTÉGRER AUX DYNAMIQUES DES GRANDS ÉVÉNEMENTS INTERNATIONAUX : PROMOUVOIR LES OUTRE-MER COMME DES BASES AVANCÉES

1. Des expériences concluantes à valoriser

Les territoires ultramarins ont plusieurs fois été des « bases avancées » pour des événements sportifs internationaux majeurs.

La Nouvelle-Calédonie a ainsi accueilli des équipes et sportifs en 2000, servant de base avancée aux Jeux olympiques et paralympiques de Sidney, en Australie. Les équipes françaises de triathlon, de boxe, de pentathlon moderne, d'escrime et de gymnastique avaient ainsi pu s'entraîner dans un environnement propice, notamment en vertu des conditions météorologiques comparables et à la proximité de l'Australie, de plus sur le même fuseau horaire.

Le projet le plus récent a été mené par la Guyane, dans la visée de la Coupe du monde 2014 de football au Brésil et des Jeux olympiques et paralympiques de Rio en 2016, avec pour objectif d'accueillir en Guyane des équipes de haut niveau, françaises et étrangères, dans leurs différentes phases de préparation à ces deux grandes échéances. Le projet « Guyane Base avancée » a été inscrit en 2009 par le Conseil interministériel pour l'outre-mer au titre des grands projets structurants. La gestion du projet a été confiée à un groupement d'intérêt public (GIP).

Guyane base avancée, un projet géré collectivement
pour des investissements majeurs

La coordination du programme de rénovation d'installations sportives était assurée par le GIP « Guyane Base avancée ». Créé en 2012 pour une durée de six ans, il réunissait l'État, la région, le département, le CNES, le CTOS Guyane, la CCI Guyane, l'association des maires de Guyane, et le collège des ambassadeurs sportifs.

Les objectifs du GIP étaient de :

- permettre une base avancée d'entraînement et d'accueil des équipes de France et délégations étrangères ;

- accueillir des athlètes de haut niveau français et étrangers lors de leurs différentes phases de préparation ;

- permettre la création d'équipements sportifs structurants en Guyane pour les 20 ans à venir et répondant aux normes et aux exigences des fédérations internationales.

Les ressources du GIP émanaient de subventions de l'État, du Centre national d'études spatiales (CNES) et de la collectivité territoriale de Guyane (issue de la fusion du département et de la région), mais aussi des fonds européens FEDER. Si la convention-cadre signée par l'État, le conseil régional, le conseil général et le CNES prévoyait une enveloppe de 24,5 millions d'euros dédiée au programme d'équipements sportifs, celle-ci a été quasiment doublée par l'apport financier des communes et d'autres partenaires financiers.

L'enveloppe globale d'investissement s'est ainsi élevée à plus de 40 millions d'euros. La contribution de l'État a été de plus de 13 millions d'euros à travers le ministère des outre-mer, via le FEI à hauteur de près de 5 millions d'euros, et le ministère des sports, ce dernier ayant participé pour près de 8 millions d'euros à travers le CNDS. La région Guyane a, quant à elle, apporté un montant de 8,3 millions d'euros, les fonds FEDER ayant représenté une enveloppe de plus 5,6 millions d'euros.

Ce sont 18 projets qui ont ainsi été menés, dont 11 créations d'équipements et 7 réhabilitations. Au terme du GIP le 30 juin 2017, trois chantiers restaient inachevés.

Source : Délégation sénatoriale aux outre-mer d'après le bilan du GIP « Guyane, base avancée » et les réponses du ministère des outre-mer et du ministère des sports

Des sportifs de haut niveau ont également été mobilisés pour faire la promotion de ce projet, Malia Métella, Katia Benth, Lucie Décosse et Kevin Séraphin, Ulrich Robeiri et Jacques Chinon ont ainsi été désignés « ambassadeurs sportifs » de Guyane base avancée autour de Bernard Lama.

Le ministère des sports indique que six fédérations françaises ont conduit des entraînements en Guyane à l'occasion des Jeux olympiques et paralympiques de 2016, en taekwondo, football féminin, judo, escrime, natation synchronisée et natation handisport. Aussi, si la « base avancée » n'a pas accueilli l'équipe de France masculine de football, l'équipe de France féminine a joué un match amical France-Brésil au stade Edmard Lama en juin 2014.

Le bilan du projet montre qu'il a permis de rattraper une partie du déficit important en équipements structurants que connaissait la Guyane. Le ministère des sports considère que des bénéfices se font sentir en termes d'attraction et d'intégration dans la région géographique Antilles-Guyane.

Les expériences calédonienne et surtout guyanaise ont montré que de tels projets « base avancée » étaient des occasions de bénéficier de la part de l'État d'un soutien renforcé pour la création et la rénovation d'équipements sportifs, réels accélérateurs du nécessaire rattrapage. La question du dimensionnement des équipements neufs ou rénovés doit cependant être examinée attentivement dans de tels projets : des équipements surdimensionnés représentent en effet un coût durable pour les collectivités qui en ont la gestion.

2. Anticiper pour mieux reproduire ces opportunités

De tels projets ont vocation à être reproduits dans d'autres territoires : il est pertinent et opportun de positionner les territoires ultramarins comme autant de potentielles bases avancées, les désignant ainsi comme les territoires porteurs et dynamiques qu'ils peuvent être, légitimes terres d'accueil de l'excellence sportive.

Surtout, au-delà des critères de proximité géographique qui président souvent à de tels projets, les territoires ultramarins peuvent dans la plupart des cas mettre en avant les conditions climatiques largement distinctes de l'hexagone et donc parfois plus similaires à celles des lieux de compétition, comme la Guyane avec le Brésil, autant d'opportunités en termes d'adéquation du contexte d'entraînement.

Cependant, de tels projets nécessitent une préparation minutieuse et une anticipation certaine. Ainsi, s'ils sont autant d'occasions de modernisation et de mise à niveau des parcs d'équipements et d'accélération du rattrapage avec un soutien de l'État, ces projets imposent, d'une part, un calendrier adéquat permettant de garantir la réalisation des rénovations et d'éventuelles constructions nécessaires et, d'autre part, de parvenir à un schéma de financement viable.

Après les expériences des Jeux de Sidney et Rio en 2000 et 2016, la Nouvelle-Calédonie envisageait en 2017 de se positionner en vue des Jeux de 2020.

La Nouvelle-Calédonie : base avancée des jeux de Tokyo 2020 ?

Le député de la Nouvelle-Calédonie, Philippe Gomès, a saisi en 2017 le ministre des sports Patrick Kanner en vue de faire du territoire une base avancée pour la préparation des sportifs français aux Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo 2020.

Deux éléments d'ordre naturel grèvent cependant cette ambition selon le ministère des sports. En effet, la Nouvelle-Calédonie est à 22 heures de vol de Paris avec une escale à Tokyo, ville hôte des jeux, cette dernière étant elle-même à moins de 9 heures d'avion de la France. Par ailleurs, pour les Jeux olympiques, la base avancée serait utilisée en juillet, plein été à Tokyo avec des chaleurs parfois étouffantes quand, en Nouvelle-Calédonie, ce sera l'hiver avec des températures qui ne dépassent pas 20-24°C en journée et peuvent descendre à 10°C le soir.

En outre, si la Nouvelle-Calédonie a fait l'objet d'un soutien important en matière d'équipements en préparation des Jeux du Pacifique de 2011 qu'elle a organisée, cet investissement ne concernait cependant pas toutes les disciplines olympiques et paralympiques et le parc d'équipements nécessiterait, selon le ministère des sports, une importante mise à niveau d'ici à 2020 pour répondre aux standards internationaux.

La Nouvelle-Calédonie présente toutefois l'avantage d'être française et francophone et de n'avoir que 2 heures de décalage horaire avec Tokyo. Elle dispose également d'un « centre international sport et expertise » qui propose une offre d'hébergement de 100 lits - dont une partie en dortoirs de 12 lits -, un espace forme, des salles de formation et une restauration.

Les atouts du territoire ne semblent pas compenser les difficultés importantes en matière de transports. Aussi, l'éloignement de la Nouvelle-Calédonie, générateur de coûts pour les fédérations, et la différence de climat avec Tokyo apparaissent comme d'importants écueils qui rendent selon le ministère des sports peu probable que des fédérations sportives organisent la préparation de leurs équipes de France sur ce territoire. Dans ces conditions, le ministère n'envisage pas à ce jour de réponse favorable à ce projet.

Source : Réponses du ministère des sports au questionnaire des rapporteures