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Colombie : une paix encore fragile

5 juin 2019 : Colombie : une paix encore fragile ( rapport d'information )

D. UNE ÉCONOMIE ET UNE SOCIÉTÉ QUI SE TRANSFORMENT LENTEMENT

1. Une économie en progression

La Colombie affiche une croissance solide et régulière sur la dernière décennie. Avec un PIB nominal de 305,8 Mds USD en 2017 (environ 6204 USD par habitant), le pays se positionne comme la 4ème économie d'Amérique latine.

Place de l'économie colombienne dans les économies
d'Amérique latine en 2018

Source : direction du Trésor

En 2017, la croissance du PIB a atteint +1,8% (après +2% en 2016), tirée par le secteur agricole (+4,9%), les services financiers (+3,8%) et les services sociaux (+3,4%), mais affectée par une récession dans les secteurs de l'exploitation minière (-3,6%), de la production manufacturière (-1,1%), ainsi que par la mauvaise orientation de la construction (-0,8%). Selon les premières estimations, la croissance aurait atteint 2,7% en 2018, et pourrait s'élever à 3,4% en 2019. L'accord de paix a un effet favorable sur l'économie et l'on estime qu'il pourrait apporter au moins 0,3 point de croissance supplémentaire en moyenne au cours des 15 prochaines années.

Source : direction du trésor

Le pays dispose d'importantes ressources en matières premières énergétiques [environ 7 ans de réserves en pétrole (865.000b/j en 2018) et 30 ans de réserves en charbon (11ème producteur et 5ème exportateur mondial)], mais aussi d'importantes ressources minières (nickel, cuivre, fer, minéraux précieux). En conséquence, les recettes d'exportation et budgétaires sont largement dépendantes des cours des matières premières énergétiques et de la conjoncture internationale.

L'un des enjeux de l'économie colombienne est d'accroître sa diversification. L'industrie représente 32 % du PIB et les services 60 % du PIB.

Le potentiel agricole et agroalimentaire de la Colombie est très important mais demeure sous-exploité, faute d'investissements (22 millions d'hectares de terres arables, dont seulement 23% actuellement exploitées - contre 62% en France). De fait, le secteur agricole ne représente que 7 % du PIB, pour une production de 50,3 millions de tonnes. Les deux tiers de cette production correspondent à des produits agroindustriels, parmi lesquels 68% de canne à sucre, 24 % de palme et seulement 3 % de café (secteur en difficulté du fait de la baisse des cours) et 0,3 % de cacao. Par ailleurs, 78 % de la superficie agricole est consacrée à l'élevage, activité très atomisée puisque l'on recense environ 2 millions d'éleveurs.

Le compte courant, structurellement déficitaire, s'est amélioré en 2017, à -3,3% du PIB (-4,3% du PIB en 2016 et 6,6% en 2015). Ce solde est en outre intégralement couvert par les entrées d'IDE, en hausse de 4,8% sur un an, à 14,5 Mds USD (4,8% du PIB). Les principaux partenaires commerciaux du pays sont les Etats-Unis, la Chine, l'Union européenne (avec laquelle s'opère un renversement des échanges depuis la perte du marché vénézuélien), le Mexique, l'Equateur et le Chili.

Le climat des affaires est perçu comme relativement favorable du fait de l'existence d'un cadre juridique développé, de la formation de la main-d'oeuvre, d'un système bancaire solide, de la protection apportée à l'investissement, ainsi qu'à une politique économique ouvertement libérale. Le pays est donc attractif pour les investissements directs étrangers.

Cependant, les difficultés ne doivent pas être occultées : insécurité juridique, lourdeur des procédures, forte imposition des entreprises, poids du secteur informel, insuffisance de la chaîne logistique et des infrastructures de transport, corruption qui freine le financement des investissements par les banques (phénomène de « compliance »)...

La Colombie a été admise au sein de l'OCDE en mai 2018, concrétisant ainsi l'une des ambitions phares de l'ex- président Santos qui en avait fait une priorité de son gouvernement. C'est moins vrai actuellement. De fait, le projet de loi nécessaire à la ratification de l'adhésion et à l'obtention des privilèges et immunités associés n'a toujours pas été pris, et les interactions entre l'exécutif colombien et le secrétariat général de l'OCDE ont été limitées depuis mai 2018. L'OCDE s'est émue mi-mars de ces retards dans une lettre adressée aux autorités colombiennes, exprimant son souhait de voir cette ratification intervenir avant fin mai (soit un an après la ministérielle au cours de laquelle est intervenue l'offre de rejoindre l'Organisation).

Enfin, à court terme, la crise au Venezuela est susceptible d'avoir des conséquences économiques du fait des effets de la présence des réfugiés sur le taux de chômage, notamment dans les régions frontalières, et sur le système de santé (accueil, soins...). L'impact global de cette crise est estimé autour de 0,3 point de PIB pour 2019.

2. Une société qui reste très inégalitaire

Représentant 48,7 millions d'habitants, la population colombienne se caractérise par sa diversité ethnique (85 groupes ethniques et 85 langues) et une certaine homogénéité au plan religieux (72 % de catholiques, 13 % d'évangélistes).

La Colombie est parmi les pays plus inégalitaires : le neuvième pays le plus inégalitaire dans le monde et le troisième en Amérique latine, après le Honduras et Haïti.

Si le niveau de pauvreté s'est réduit ces quinze dernières années, les inégalités restent relativement stables, comme le montre l'évolution du coefficient de GINI entre 2006 (0,572) et 2016 (0,517).

Ces inégalités sont multiples : entre la Colombie « utile » et les périphéries, entre les villes (où se concentre 80% de la population) et les zones rurales, à l'intérieur même des villes où, avec le système de l'estrato, les habitants s'installent dans les quartiers correspondant à leur niveau de revenu.

Ces inégalités tiennent à une forte concentration des richesses (1 % de la population détient 40 % des richesses, 1 % des propriétaires possède 90% des terres cultivables) et au manque d'opportunités d'ascension sociale offertes par le système éducatif. Celui-ci se caractérise en effet par la faible qualité de l'enseignement public et le coût élevé de l'enseignement privé.

Par ailleurs, aucune politique n'est réellement conduite pour réduire ces inégalités, la politique fiscale notamment n'étant pas utilisée à cette fin.

La réduction des inégalités est l'un des défis les plus importants qui se posent à la Colombie et devrait être la priorité des politiques publiques.