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Colombie : une paix encore fragile

5 juin 2019 : Colombie : une paix encore fragile ( rapport d'information )

II. UNE RELATION BILATÉRALE DIVERSIFIÉE POUVANT ENCORE ÊTRE DENSIFIÉE

La France entretient avec la Colombie des relations anciennes qui puisent leurs racines dans l'Histoire. Il faut rappeler en effet que l'idéal révolutionnaire a largement inspiré le mouvement d'émancipation des pays d'Amérique latine au début du XIXe siècle.

Aujourd'hui, les relations bilatérales franco-colombiennes recouvrent une multiplicité d'échanges et sont sous-tendues par une volonté de dialogue politique. Le président français Emmanuel Macron et le président colombien Ivan Duque se sont ainsi rencontrés une première fois le 25 septembre 2018 en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, puis en novembre 2018, dans le cadre du Forum pour la paix qui s'est tenu à Paris.

Il faut signaler par ailleurs la présence de 5 800 Français en Colombie, une communauté de taille relativement modeste au regard de celles d'autres pays de la région (Brésil, Mexique) mais se développe depuis plusieurs années (+2,69 % en 2018).

A. UN RAYONNEMENT CULTUREL À CONFORTER

1. Des points d'appui solides

La politique d'influence française en Colombie bénéficie d'un dispositif dense et relativement bien réparti sur l'ensemble du territoire.

Celui-ci comprend en effet :

- un institut français ;

- un réseau de douze alliances françaises - le 7e plan mondial - , qui accueille plus de 20 000 élèves ;

- quatre lycées du réseau de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), dont deux établissements conventionnés (Bogota et Cali) et deux établissements partenaires homologués (Peirera et Medellin), qui accueillent environ 4 100 élèves, dont une très grande majorité d'élèves colombiens (80 % à Bogota et 95 % dans les autres villes), l'ouverture d'un deuxième lycée à Bogota étant envisagée compte tenu de la demande.

- un réseau scientifique, auquel participent le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), dont une unité est implantée près de Cali, l'Institut de recherche pour le développement (IRD), l'Institut français d'études andines, qui est l'unité de service et de recherche « Amérique latine » du CNRS (spécialisée dans les sciences sociales et humaines et l'archéologie) ainsi que l'Institut des Amériques de Paris, auquel s'est récemment ajouté un réseau de chercheurs, dénommé Colifri, composé de quelque 350 professeurs/chercheurs français ou colombiens ayant bénéficié de bourses ou de missions en France ;

- les 25 assistants de langue française présents dans les universités colombiennes, ainsi qu'environ 500 étudiants français poursuivant des études en Colombie.

Il faut également signaler l'existence, depuis septembre 2017, d'une nouvelle chaîne d'information France 24 en espagnol, qui s'adresse à l'ensemble des téléspectateurs latino-américains et propose un regard français sur l'actualité latino-américaine et internationale. Sa rédaction, que vos rapporteurs ont pu visiter lors de leur déplacement, s'est installée à Bogota. Ce choix, qui distingue la chaîne des autres médias internationaux lesquels, qui, pour la majorité, émettent depuis leur pays d'origine, permet une plus grande proximité avec l'auditoire et une ligne éditoriale adaptée au contexte régional.

Dotée d'un budget de 7,3 millions d'euros pour 2018, France 24 en espagnol diffuse six heures de programmes quotidiens (matin et soir) avec des journaux de 15 minutes et des magazines de référence de la chaîne. Sa rédaction est composée d'une trentaine de journalistes originaires de toute l'Amérique latine, mais aussi d'Espagne, du Canada et de France, qui s'appuient sur un réseau de 35 correspondants. France 24 en espagnol collabore étroitement avec RFI : co-production de deux émissions (Escala en Paris, En primera Plana, enrichissement mutuel de environnements numériques ...).

Au-delà des résultats en termes d'audience (diffusion de la chaîne en permanence dans 7,4 millions de foyers de 17 pays hispanophones de la région, progression de sa notoriété de plus de 50 % entre le dernier trimestre 2017 et le premier semestre 2018, 4 millions de visites sur le site et plus de 10 millions de vidéos vues sur toutes les plateformes), cette nouvelle chaîne répond à une certaine « demande de France » dans la région et garantit à notre pays une visibilité dans le champ audiovisuel, notamment à côté d'autres pays étrangers se montrant particulièrement actifs dans ce domaine (Chine, Russie).

2. Une place à reconquérir pour la langue française

Alors que le français occupait traditionnellement une place de choix parmi les langues étrangères enseignées en Colombie, comme dans l'ensemble de l'Amérique latine, liée au rayonnement de la France dans ces pays (les études de médecine étaient par exemple dispensées exclusivement en français), il a enregistré un fort recul ces trente dernières années. L'enseignement du français a souffert de la loi sur l'éducation de 1994 qui, en n'imposant plus l'apprentissage que d'une seule langue étrangère, a conduit en pratique à donner la priorité à l'anglais, qui est ensuite devenu obligatoire en 2007. Ainsi, l'enseignement du français est devenu facultatif et n'a plus été proposé dans les établissements publics à compter de 1994.

Depuis peu, on assiste aussi à une offensive de la Chine qui, par exemple, a financé la création d'un centre de langues au sein de l'organisme national de formation des apprentis.

La réponse française vise à réintroduire une offre de français dans les établissements scolaires par un travail de sensibilisation des autorités, au plan national, mais aussi au plan départemental et local, en mobilisant les alliances françaises (cours, certifications) et les universités (envoi de stagiaires). Plusieurs programmes ont ainsi été mis en place dans des établissements publics à Bogota, Arménia, Bucaramanga, Manizales, Medellin et Pereira.

Parallèlement, l'Alliance française apporte son soutien (formation des enseignants, fourniture de certifications) aux nombreux établissements privés qui proposent l'enseignement du français, notamment à travers le Réseau d'excellence éducative en français (REF) qui regroupe aujourd'hui 36 établissements.

Dans le même temps, la demande adressée au réseau des alliances françaises qui s'était essoufflée ces dernières années, est repartie à la hausse depuis 2018. Le réseau a ainsi vendu 1 765 187 heures de cours l'année dernière (+1,25 %). Il s'efforce aujourd'hui de développer des produits numériques d'enseignement à distance qui s'adresseront à un nouveau public à la faveur de l'amélioration de la couverture numérique du territoire.

Au total, au moins 50 000 personnes apprendraient aujourd'hui le français en Colombie.

Enfin, il faut mentionner la constitution récente (février 2019) d'un « groupe des instituts binationaux », rassemblant l'Alliance française, l'IBRACO, le Goethe Institut, le British Council, l'Instituto italiano, l'Instituto colombo-japones, l'Instituto colombo-americano, avec comme objectif la promotion du plurilinguisme.

Ces efforts doivent être poursuivis pour favoriser une remontée en puissance de l'apprentissage du français en Colombie.

3. Des échanges culturels et humains à développer

Les échanges entre la France et la Colombie ont bénéficié de l'élan insufflé par l'année croisée France-Colombie en 2017. Cet événement, le deuxième de ce type en Amérique latine après un premier, couronné de succès, au Brésil, a consisté en un renforcement de l'action culturelle mutuelle en vue de renforcer les liens entre les deux pays et modifier positivement leurs perceptions réciproques. Ainsi, la France s'est attachée à moderniser son image en cherchant à toucher un public plus jeune, alors que l'accent a été mis sur une Colombie apaisée, engagée dans le processus de paix.

L'année croisée France-Colombie a donné lieu à de nombreuses manifestations culturelles (plus de 1 000 événements organisés dans 35 villes de Colombie et 72 villes françaises) et touché un public estimé à 3,5 millions de personnes. Certains projets actuels s'inscrivent directement dans son sillage, comme la participation de la France aux salons du Livre de Bogota et de Cali, ainsi qu'à des événements dans le domaine des arts visuels et de la création numérique (festival de l'Image et festival d'arts visuels Voltare à Bogota en septembre 2019) ou encore la préparation d'une exposition d'art contemporain africain pour 2020, qui mettra à l'honneur le thème de l'afro-descendance.

Cependant, l'ambition de cette opération ne se limitait pas au domaine culturel. Elle a permis d'appuyer le développement de la coopération universitaire, avec la création du Salon « Destino Francia » (« destination France ») dont une deuxième édition aura lieu à l'automne 2019, en vue de favoriser la venue d'étudiants colombiens en France. Il faut rappeler, à cet égard, qu'avec environ 4 000 étudiants la France est le troisième pays de destination des étudiants colombiens après les Etats-Unis et l'Espagne.

Cette dynamique a également contribué au lancement, en septembre 2017, de la nouvelle chaîne d'information France 24 en espagnol (cf. supra). A cet égard, il est certain qu'une augmentation à 12 heures de diffusion à court terme, voire à 24 heures à moyen/long terme, permettrait de renforcer la présence de la chaîne sur le marché régional et de lui permettre de tenir tête à ses principaux concurrents (CNN aux Etats-Unis, RT en Russie, DW-TV en Allemagne et CCTV en Chine) qui diffusent en espagnol 24h/24 depuis plusieurs années.

Parmi les axes devant être privilégiés pour le développement des échanges figurent le développement des projets culturels dans le champ du numérique et le développement de la coopération universitaire et scientifique.

Mettre l'accent sur le numérique permettra de toucher de nouveaux publics (jeunes, personnes visant sur des territoires périphériques). Cet axe rejoint au demeurant l'une des priorités du président Duque qui souhaite promouvoir les industries culturelles et créatives et, plus généralement, ce qu'il appelle « l'économie orange ». Parmi les projets envisagés figurent notamment celui d'une réplique de la station F et de l'école 42 (pour lequel un soutien de 400 000 euros a été prévu), des accompagnements et formations dans le domaine des nouvelles technologies (réalité virtuelle, écritures immersives...) avec Proimagenes Colombia, ainsi que le déploiement de la TNT avec une aide du Fonds européen de développement régional (FEDER).

Si la coopération universitaire et scientifique entre la Colombie et la France bénéficie d'ores et déjà de nombreuses conventions universitaires et d'une convention de reconnaissance mutuelle des diplômes et des périodes d'études, la dynamiser demeure un réel enjeu. Il s'agit, en effet, d'intéresser davantage à la Colombie les partenaires scientifiques français qui ont les yeux rivés sur d'autres pays d'Amérique latine comme le Brésil, l'Argentine ou encore le Chili. L'animation du réseau Colifri peut y contribuer, tout comme l'organisation en juin 2019 des premières assises de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. La définition par la Colombie de ses priorités stratégiques en la matière reste cependant une condition du succès de cette démarche.