Allez au contenu, Allez à la navigation

Colombie : une paix encore fragile

5 juin 2019 : Colombie : une paix encore fragile ( rapport d'information )

B. DES RELATIONS ÉCONOMIQUES OFFRANT UN POTENTIEL DE DÉVELOPPEMENT

Notre relation économique bilatérale est plus orientée vers les investissements directs que vers les échanges commerciaux, caractéristique que l'on retrouve dans toute l'Amérique latine et qui tient à la fois à l'éloignement des marchés et aux protections tarifaires applicables.

1. Des échanges commerciaux relativement modestes

Les échanges commerciaux entre la France et la Colombie ont connu des évolutions contrastées au cours des dix dernières années. Jusqu'en 2013-2014, ils ont beaucoup progressé, passant de 915 millions d'euros en 2008 à 1,59 milliard d'euros en 2013, soit une progression de 73,8 % en cinq ans. Cette progression s'est effectuée principalement aux bénéfices de nos exportations, si bien que notre solde commercial progressait régulièrement (193,5 millions d'euros en 2008, 522 en 2013, et même 618 en 2014). Cette hausse de nos exportations sur une longue période s'expliquait très essentiellement par d'importantes livraisons aéronautiques à la compagnie aérienne privée Avianca, dont 93 % de la flotte est composée d'appareils français (6ème client mondial d'Airbus).

Entre 2014 et 2017, nos exportations ont baissé de manière continue, en raison de la diminution de nos livraisons aéronautiques, voire de leur quasi-absence en 2017. Cette évolution s'est traduite par une chute de notre excédent commercial, ramené à moins de 2 millions d'euros.

En 2018, en revanche, nos exportations vers la Colombie ont rebondi (+33 % alors qu'elles n'ont progressé que de 3,8 % avec le reste du monde), non seulement grâce à la reprise de nos exportations aéronautiques mais aussi au dynamisme retrouvé de l'économie colombienne (+2,8 % contre +1,8 % en 2017). Cette même année, nos importations en provenance de Colombie ont reculé de 2 %, cette baisse affectant la quasi-totalité des principales lignes d'importations (charbon, articles de joaillerie, plantes à boissons, préparation et conserves de produits de pêche. En revanche, les importations de fruits tropicaux et celles de produits pétroliers raffinés (du fait de la hausse des cours) continuent de progresser. Nos importations se concentrent sur les produits du secteur primaire (84 % en 2018).

Il résulte de cette hausse des exportations et de cette diminution des importations un rétablissement de notre excédent commercial en 2018, à 176 millions d'euros (contre seulement 1,6 million d'euros en 2017).

Pour autant, la Colombie continue à occuper une place modeste dans nos échanges, puisqu'en 2018, elle était notre 68e fournisseur (après le Brésil, le Mexique et le Chili en Amérique latine) et notre 62e client (au 5rang de nos débouchés, avant le Brésil -21e-, le Mexique -30e-, le Chili -52e- et l'Argentine 58e).

Les principaux partenaires commerciaux de la Colombie sont les Etats-Unis (25 % des exportations et 25 % des importations en 2018), la Chine (10 % des exportations et 21 % des importations en 2018), suivis du Panama pour les exportations (7 % en 2018) et du Mexique pour les importations (8 % en 2018).

2. La France, un investisseur majeur en Colombie

Nos investissements directs ont beaucoup progressé ces dernières années puisqu'ils ont été multipliés par trois ces cinq dernières années, l'accord de paix ayant joué comme un déclic.

Certes, avec 3,1 milliards d'euros (+ 246 millions d'euros en 2018, selon Banrep) en 2018, la France n'est que le 14e investisseur étranger direct (9e sauf paradis fiscaux) en stock et le 12e investisseur étranger direct (7sauf paradis fiscaux) en flux en 2018.

Elle n'en est pas moins un investisseur majeur en Colombie.

Avec quelque 120 000 emplois directs, les 230 filiales d'entreprises françaises implantées dans le pays occupent en effet le premier rang des employeurs étrangers dans le pays. Elles sont présentes dans la grande distribution (Casino étant la première entreprise privée colombienne), dans l'industrie (avec Renault, Sanofi, SEB, Schneider, Thales, Saint-Gobain, Legrand, Michelin...), l'agroalimentaire (Lactalis, Pernod Ricard...), les services aux entreprises, (Téléperformance, Sodexo, JC Decaux, groupe Havas...), les services financiers (BNP Paribas, Bureau Veritas, AXA Colpatria, Crédit Agricole, Société Générale, Natixis), les services aux collectivités (Veolia, Suez, Vinci, Eiffage, ...), le tourisme (Accor, Aviatur), la haute technologie (Idemia, Atos, Oberthur) ainsi que les transports urbains et les infrastructures (Alstom, qui a construit le tramway de Medellin, Poma qui a équipé Medellin en métrocâble, Transdev, qui a remporté en 2018 un marché de construction de téléphérique à Bogota, ainsi qu'un contrat de bus en site propre dans la capitale...).

De nombreuses PME spécialisées ainsi que des entrepreneurs français individuels y sont également présents.

Quatre grands contrats ou ensembles de contrats méritent d'être soulignés :

- la vente par Airbus, le 4 mai 2015, de 100 appareils de la famille A 320neo (A319, 320 et 321neo), pour un montant de 10 milliards de dollars US. Il s'agit de la plus importante commande dans l'histoire de l'aviation dans l'ensemble de l'Amérique latine ;

- la signature par Airbus, fin décembre 2017, d'un contrat avec la low-cost VIVA AIR pour la fourniture de 50 A 320 (15 classiques et 35 neo, dont une partie pour le Pérou), pour un montant de 5,3 milliards de dollars US. L'Amérique latine commence à connaître en matière aéronautique une révolution low-cost comparable à celle qui s'est produite il y a quelques années en Europe.

- l'obtention par Vinci Highways et sa filiale locale Conconcreto, en août 2016, de la concession autoroutière à péage de l'axe le plus fréquenté du pays, Bogotá-Girardot (15,3 millions de véhicules/an), soit 141 km d'autoroute, incluant l'élargissement à 2x3 voies sur 65 km ;

- deux contrats de fournitures de lignes de télécabines urbaines à Medellín (Picacho) et Pereira attribués fin 2017 à Poma, pour qui la Colombie est un marché important.

Par ailleurs, Atos pourrait installer un supercalculateur au sein de l'Université de Santander (UIS), dans le cadre du projet « PAIX » du ministère de l'information et des télécommunications (MinTIC), qui vise à créer en Colombie un « Ecosystème National pour les Technologies de l'Information Avancées ».

3. Perspectives de renforcement de nos relations économiques

Les entreprises françaises perçoivent le marché colombien comme stable et en croissance régulière, à la fois comme destination d'exportation et d'investissement, et lui accordent un grand intérêt. En témoignent encore récemment l'annonce par Saint-Gobain de l'ouverture d'une nouvelle usine de fabrication de verre plat près de la ville de Barranquilla et l'investissement de CMA CGM dans le projet de Puerto Antioquia sur la côte caraïbe.

Cette stabilité pourrait cependant être renforcée par l'entrée en vigueur de trois conventions déjà ratifiées par la France :

- un accord de non double imposition et d'échange d'information en matière fiscale, ratifié côté français depuis fin 2016, qui doit encore être approuvé par le Congrès colombien ;

- un accord de coopération financière, qui est en fait l'accord de siège de l'AFD ;

- un accord de protection réciproque des investissements, par le Congrès et sur lequel la Cour constitutionnelle vient de rendre un arrêt imposant la négociation d'une nouvelle déclaration interprétative sur un certain nombre de points considérés comme imprécis.

Vos rapporteurs soulignent qu'une ratification rapide de ces conventions par la Colombie serait favorable au resserrement de nos relations économiques.

S'agissant des deux conventions en attente d'examen par le Congrès, une approbation de ces deux instruments avant l'été 2019 serait nécessaire pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2020. Vos rapporteurs ont passé des messages en ce sens à leurs homologues parlementaires à l'occasion de leur déplacement.