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Suivi de l'impact de la crise sanitaire sur l'enseignement français à l'étranger

17 juin 2020 : Suivi de l'impact de la crise sanitaire sur l'enseignement français à l'étranger ( rapport d'information )

III. DES AMBITIONS REMISES EN CAUSE PAR L'IMPACT ÉCONOMIQUE DE LA CRISE DU COVID-19

L'AEFE fêtera cette année ses trente ans dans un contexte bouleversé par l'épidémie de coronavirus et ses conséquences économiques majeures sur tous les continents. La quasi-totalité des 522 établissements du réseau sont, à l'heure actuelle, fermés, en raison des mesures de confinement imposées par la pandémie. Le mouvement de fermeture a commencé dès janvier en Chine, avant de s'étendre d'abord en Asie, puis, à partir de mars, à tous les continents.

La continuité pédagogique au sein du réseau (AEFE)

Comme partout en France, la continuité pédagogique est un défi pour les équipes enseignantes et requiert un fort investissement des familles. Les établissements mobilisent leurs outils numériques ainsi que le CNED (Centre national d'enseignement à distance). De nombreuses solutions sont proposées.

Mais cette crise souligne aussi l'urgence d'investir dans les outils numériques, pour renforcer l'attractivité du réseau. La continuité pédagogique se révèle particulièrement complexe à mettre en oeuvre pour les plus jeunes, dans les classes de maternelle, et dans les familles non francophones.

Surtout, de nombreuses familles font face à des difficultés financières qui risquent de perdurer dans le temps.

Nombreux sont ceux qui n'ont qu'une faible visibilité sur leur situation à moyen terme. Des familles pourraient être contraintes de rentrer en France. D'autres pourraient se tourner, à moindre coût, vers l'enseignement local (souvent gratuit) ou vers l'enseignement à distance, dont le marché est florissant.


Groupe Facebook « Avenir des Lycées Français du Monde en Danger » créé par des parents d'élèves.

C'est pourquoi la Fédération des associations de parents d'élèves des établissements d'enseignement français à l'étranger (FAPEE) alerte aujourd'hui sur le risque d'un recul significatif des effectifs à la rentrée prochaine. Ce risque est variable selon les établissements.

Certaines associations de parents d'élèves estiment que ce recul pourrait être de l'ordre de 10 % à 15 % dans leur établissement.

Cet impact est pour le moment difficile à quantifier, alors que les campagnes de réinscription démarrent à peine. Un diagnostic précis, établissement par établissement, est nécessaire pour anticiper les difficultés.

Face à cette situation, les réponses à apporter sont de plusieurs ordres :

- Une augmentation, dès cette année, de l'enveloppe des aides à la scolarité : un aménagement du dispositif des bourses, prenant en compte les revenus de l'année en cours, a été annoncé. Cet effort devra être conséquent et maintenu dans la durée. Le Sénat a adopté un amendement en ce sens de M. Robert del Picchia, le 22 avril 2020, dans le cadre de l'examen en première lecture du projet de loi de finances rectificative pour 2020.

- Une aide d'urgence, permettant des aménagements des frais de scolarité pour toutes les familles, françaises et étrangères, mises en difficulté par la crise : aider les seules familles françaises est insuffisant, alors que deux tiers des élèves du réseau sont de nationalité étrangère. Cet accompagnement est une nécessité pour équilibrer les budgets des établissements mais c'est aussi une obligation morale vis-à-vis des familles qui ont fait le choix de l'enseignement français.

- Une modulation des taux de participation des établissements au budget de l'AEFE (PFC et PRR) et la préservation des fonds de roulement des établissements, ce qui nécessite une augmentation du budget de l'Agence, dès cette année. Le Sénat a adopté un amendement en ce sens de M. Robert del Picchia, le 22 avril 2020, dans le cadre de l'examen en première lecture du projet de loi de finances rectificative pour 2020.

- Une attention à la situation des établissements de petite taille, notamment dans la catégorie des établissements partenaires, dont la viabilité financière pourrait être remise en cause par un recul des effectifs. Ces établissements sont souvent situés dans des zones où il n'y a pas d'autre présence française. Ils sont essentiels à notre diplomatie d'influence. Aucun établissement ne doit fermer.

- Enfin, c'est essentiel, il est indispensable de maintenir le lien de confiance avec les familles, actuellement fragilisé : cela nécessite de réaffirmer l'engagement de l'État à maintenir la pérennité et la qualité du réseau sans augmentation des frais de scolarité.

Sans un soutien financier significatif, le trentième anniversaire de l'AEFE risque de marquer un repli remettant en cause la dynamique enclenchée l'an dernier. Le sauvetage des établissements d'enseignement français à l'étranger est indispensable, à court terme, pour répondre à leurs besoins immédiats, et à long terme, pour garantir la pérennité et maintenir la qualité d'un réseau d'enseignement sans équivalent, qui est l'un des fleurons de la diplomatie culturelle et d'influence de la France.