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Tourisme

17 juin 2020 : Tourisme ( rapport d'information )

IV. AXE 3 : LA RELANCE DU TOURISME DOIT PASSER PAR L'INVESTISSEMENT DANS LES TRANSITIONS, LE CAPITAL HUMAIN ET LA QUALITÉ DE SERVICE ET PAR UN CHANGEMENT DE MODÈLE DE LA POLITIQUE PUBLIQUE DU TOURISME

La crise doit être l'occasion de revoir notre politique touristique et de dégager les moyens pour mettre fin aux difficultés structurelles du tourisme en France et donner des perspectives d'avenir à l'ensemble de l'écosystème.

A. ACCOMPAGNER LES NÉCESSAIRES TRANSITIONS DU TOURISME : DÉVELOPPEMENT DURABLE, AMÉNAGEMENT TOURISTIQUE DU TERRITOIRE, NUMÉRIQUE

Mesure n° 26 : dans le cadre des aides à l'investissement attribuées par la Caisse des dépôts et BPIfrance, privilégier les projets intégrant des dimensions de transition numérique et environnementale et participer à la constitution de « champions ».

3,6 milliards d'euros22(*) seront mobilisés d'ici à 2023 par la Caisse des dépôts, à travers ses deux filiales, la Banque des territoires et BPIfrance, pour financer les acteurs à court terme et accompagner les mutations du tourisme. Il s'agit principalement du prolongement d'actions déjà engagées depuis plusieurs années. Au-delà du soutien de court terme à la trésorerie des acteurs, ces fonds devront être orientés, autant que possible, vers le financement des nécessaires transitions du secteur : numérique, développement durable, consolidation des acteurs en vue de créer des « champions »23(*) et des infrastructures.

C'est une occasion historique de mettre fin à la principale anomalie structurelle du secteur, à savoir le sous-investissement : alors que la consommation touristique intérieure représente structurellement plus de 7 % du PIB, les investissements du secteur représentent uniquement 2,5 % de l'investissement total.

Afin de s'assurer de la bonne utilisation de ces fonds, il convient que le Parlement soit informé à échéance régulière de leurs déploiements.

1. Faire de la France une destination durable

Selon une étude internationale, le tourisme serait responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, émissions provenant du transport et de la consommation des touristes sur place. Dans une logique de développement durable, qui concilie économie, environnement et social, il convient de privilégier l'accompagnement à la contrainte pour faire de la France un champion du tourisme durable.

Mesure n° 27 : afin d'impulser une dynamique collective, il convient de définir, au niveau national, une stratégie pour un tourisme durable.

Mesure n° 28 : afin de donner un cadre clair aux mutations nécessaires, une estimation des émissions de gaz à effets de serre par le secteur touristique en France devrait être réalisée, ce qui permettrait de définir une ambition de réduction liée aux Accords de Paris.

Mesure n° 29 : inciter à des investissements massifs dans deux principaux postes : l'innovation technologique visant à « verdir » les transports - aériens, terrestres, maritimes et fluviaux24(*) - et la rénovation énergétique des bâtiments et infrastructures touristiques (hébergements touristiques, centres de vacances, parcs de loisirs, canaux, ports de plaisance, véloroutes et voies vertes...).

Mesure n° 30 : afin d'encourager les démarches vertueuses et de mieux informer les consommateurs, la visibilité des écolabels existants, comme l'écolabel européen, devrait également être renforcée. Dans le même temps, il convient de promouvoir l'information du client sur le bilan carbone des voyages commercialisés.

2. Investir pour mieux répartir les flux touristiques sur notre territoire, en utilisant les leviers des CPER et des contrats de destination

La répartition des flux touristiques ne paraît pas optimale dans notre pays : 80 % du tourisme se concentre dans 20 % du territoire. Ce n'est pas soutenable. Et c'est regrettable pour nos si nombreux territoires, notamment ruraux25(*), dotés d'innombrables richesses naturelles et culturelles. Le tourisme durable, c'est aussi le tourisme qui irrigue l'ensemble des territoires et évite les trop grandes concentrations pouvant se traduire par des nuisances à l'environnement et par une diminution de la qualité de vie des résidents et de l'expérience touristique de la clientèle.

Plusieurs filières, dont il convient de poursuivre ou d'assurer la structuration, peuvent concourir à une meilleure répartition du tourisme sur le territoire : tourisme à vélo26(*), tourisme de savoir-faire27(*), oenotourisme28(*), agritourisme29(*), tourisme culinaire, tourisme fluvial30(*)...

Mesure n° 31 : pour relancer le tourisme à moyen terme, la prochaine génération de contrats de plan État-région devrait être utilisée pour financer des appels à projets visant à mieux répartir les flux touristiques sur notre territoire. Les contrats de destination, outils permettant de fédérer les acteurs publics et privés autour d'une destination, peuvent également concourir à cet objectif de meilleure répartition des flux : il faut les renforcer et les étendre au-delà des seules destinations à visée internationale.

Le renforcement de 21 millions d'euros des crédits d'ingénierie prévu dans le « plan tourisme » devrait également être utilisé pour la rénovation de l'immobilier de loisir et pour la redynamisation des territoires touristiques en alimentant des « contrats coeur de station »31(*), dans le prolongement de l'expérimentation déjà menée dans 13 stations balnéaires et de montagne.

3. Investir pour que le tourisme français prenne le virage numérique

Mesure n° 32 : mettre en place un grand plan de formation des professionnels du tourisme au numérique.

Comme l'ensemble des PME, les acteurs du tourisme en France souffrent d'une moindre numérisation que leurs homologues européens32(*). Cela s'explique en partie par un manque de formation des professionnels au numérique. Or, la maîtrise des outils numériques et des innovations qu'il permet est aujourd'hui un avantage comparatif essentiel pour rester visible dans un contexte concurrentiel accru par les grands agrégateurs d'offres touristiques.

Mesure n° 33 : améliorer la connaissance de l'offre touristique grâce au numérique.

La plateforme de mise à disposition des données développée par le ministère de l'économie, intitulée «  Datatourisme », mériterait d'être amplifiée en accueillant également des données privées afin d'en faire un point unique des données touristiques, à l'image du point d'accès national en matière de données de mobilité.

Le dossier de presse du comité interministériel du tourisme a annoncé la mise en place, sous l'égide de la Banque des territoires, d'une plateforme de valorisation des données relatives à l'offre touristique française. Elle « visera à renforcer la coordination, le pilotage et l'articulation des offres touristiques françaises, et pourra constituer un outil de souveraineté numérique. »

Ce projet a fait l'objet d'interprétations diverses. Il apparaît que le Gouvernement a annoncé un projet sans même avoir pris le temps de le définir. Nous estimons qu'il n'y a pas lieu de faire de ce projet une plateforme concurrente des grandes plateformes de réservation touristique en ligne, car il ne revient pas à l'État de dépenser des milliards d'euros en référencement sur Google, comme Booking ou Expedia peuvent le faire. À l'inverse, mieux recenser l'ensemble des offres, en particulier des offres « d'expériences » de loisir et de culture, encore fragmentées, et ce au bénéfice des territoires, nous apparaît une orientation à retenir. Il est crucial que ce travail se réalise en bonne intelligence avec les acteurs ayant déjà une expertise en matière de recensement, à savoir le ministère de l'économie et ADN tourisme.

Mesure n° 34 : faire de la Caisse des dépôts et de ses filiales l'agence du soutien à l'innovation touristique, sur le modèle espagnol.

L'initiative du réseau France Tourisme Lab, qui fédère les incubateurs touristiques sur tout le territoire, est un outil utile pour favoriser le développement de l'innovation dans le secteur. Mais notre pays peine
- comme dans les autres secteurs - à faire émerger des « licornes ». Pour favoriser l'émergence d'entreprises innovantes en matière touristique, la Banque des territoires et BPIfrance devraient s'inspirer du modèle de l'agence de promotion de l'innovation espagnole Segittur, qui est devenue une référence mondiale.

Mesure n° 35 : mieux réguler le numérique touristique afin de permettre l'émergence d'acteurs français.

Dans la conception des réglementations d'encadrement du numérique, il importe de veiller aux risques d'effets pervers sur les petites structures et les jeunes entreprises, en distinguant, là où cela est possible, l'intensité des obligations selon la taille de l'entreprise. Appliquer à tous des réglementations qui peuvent seulement être mises en oeuvre par les acteurs déjà dominants constitue en effet un frein à l'émergence d'acteurs français du numérique touristique.

Au-delà, il convient d'être particulièrement vigilants quant aux risques d'abus de position dominante sur le numérique. C'est notamment le cas de Google qui, malgré sa condamnation par la Commission européenne quant à ses pratiques sur Google Shopping, développe des offres concurrentes d'autres acteurs spécialisés et tend à accaparer le trafic vers ses propres outils de commercialisation de l'offre touristique française.

Mesure n° 36 : afin de faciliter la mise en oeuvre de la détaxe pour les touristes internationaux non communautaires, s'engager dans sa numérisation.

La détaxe touristique applicable en Europe33(*) vise à attirer les touristes extra-communautaires et à les inciter à dépenser davantage pendant leur séjour. À ce jour cependant, la détaxe n'est pas suffisamment répandue sur l'ensemble de notre territoire ; seule une minorité de magasins éligibles la propose. Une des explications avancées tient à l'absence de dématérialisation, se traduisant par des procédures papier complexes. Une fois que le tourisme international extra-communautaire aura repris, il serait intéressant d'expérimenter la numérisation de la détaxe.


* 22 Environ 1,3 milliard d'euros en fonds propres, 1,7 milliard d'euros en prêts, 600 millions d'euros en soutien à la trésorerie. Notons que, contrairement à ce qui était indiqué dans le dossier de presse du comité interministériel du tourisme, ce ne sont pas 550 millions d'euros mais 470 millions d'euros qui seront investis en fonds propres par BPIfrance selon le communiqué de presse publié le même jour par l'établissement financier.

* 23 Le tissu touristique français est principalement constitué de petites entreprises, ce qui peut, dans certains secteurs, présenter une fragilité dans un contexte de concurrence internationale accrue.

* 24 Le « plan d'aide à la modernisation de la cale » de Voies navigables de France devra être singulièrement augmenté.

* 25 En 2018, l'espace rural suscitait 21,8 % des voyages et 18,6 % des nuitées effectués par les clientèles françaises.

* 26 Avec plus de 9 millions de séjours touristiques par an pour un chiffre d'affaires global estimé à 2 milliards d'euros.

* 27 En 2017, selon le dernier observatoire de la filière publié par Entreprise & Découverte, on dénombre près de 13 millions de visiteurs par an.

* 28 Le nombre d'oenotouristes était estimé à 10 millions en 2016, ce qui représente une dépense globale de 5,2 milliards d'euros.

* 29 Selon les chambres d'agriculture, 2 500 agriculteurs pratiquent l'accueil à la ferme au sein du réseau « Bienvenue à la ferme ».

* 30 On comptabilise plus de 11,5 millions de passagers sur le réseau navigable français, pour un chiffre d'affaires annuel des entreprises du secteur de 723 millions d'euros et un poids économique de la filière estimé à 1,3 milliard d'euros.

* 31 Notion empruntée au rapport d'inspection sur l'immobilier de loisir (2018).

* 32 La France n'est que 14e en Europe pour l'intégration des technologies numériques par les entreprises.

* 33 Article 147 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée.