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Accompagnement des étudiants : une priorité et un enjeu d'avenir pour L'État et les collectivités

6 juillet 2021 : Accompagnement des étudiants : une priorité et un enjeu d'avenir pour L'État et les collectivités ( rapport d'information )

E. VALORISER L'ENGAGEMENT ASSOCIATIF ÉTUDIANT : UN LEVIER DE DÉVELOPPEMENT INDIVIDUEL, UN ENJEU CITOYEN

Comme la Charte pour la dynamisation de la vie associative des universités, le développement et la valorisation de l'engagement étudiant du 26 mai 2011 le rappelle dans son préambule, le temps des études ne se résume pas pour les étudiants à la seule acquisition de connaissances générales et de compétences professionnelles. Il représente aussi un moment privilégié d'épanouissement personnel et de construction de soi, notamment par l'engagement associatif qui constitue ainsi une étape importante d'un parcours citoyen.

1. De nombreuses retombées positives pour l'étudiant

L'expérience associative, qu'elle soit sportive, culturelle, humanitaire, écologique, syndicale ou de toute autre nature, constitue pour les étudiants une plus-value de plusieurs ordres :

- elle entraîne l'acquisition de compétences particulières, à la fois pratiques (gestion de projets, suivi de trésorerie) et transversales (travail en équipe, prise de parole en public), généralement non dispensées au sein des cursus de formation et valorisables au moment de la recherche de stages ou de l'entrée dans la vie professionnelle ;

- elle est source d'enrichissement sur le plan personnel par les rencontres et les liens qu'elle suscite ;

- elle participe au développement d'un sentiment d'appartenance à l'établissement, voire à son territoire d'implantation, favorisant ainsi le sens du collectif et l'apprentissage de la citoyenneté.

Au cours de ses auditions et déplacements, la mission d'information a pu mesurer le dynamisme et l'implication dont font preuve les associations étudiantes. Elle tient ici à féliciter les étudiants pour leur engagement, qui est l'expression d'une conscience citoyenne attentive à la construction d'un « vivre ensemble » au sein de leur établissement et, plus globalement, au sein de la société.

2. Un engagement qui mérite d'être reconnu et valorisé

La loi « Égalité et citoyenneté » du 27 janvier 2017 a impulsé une nouvelle dynamique dans la valorisation de l'engagement associatif étudiant en obligeant, à compter de la rentrée universitaire 2017-2018185(*), tous les établissements d'enseignement supérieur à mettre en place un dispositif de reconnaissance des compétences et des aptitudes acquises par leurs étudiants dans l'exercice des activités associatives, sociales ou professionnelles, libre à eux de définir les modalités de validation de cet investissement (unité d'enseignement attribuant des crédits E.C.T.S, inscription d'un supplément au diplôme, octroi de bonus...).

L'engagement étudiant ne peut en effet être seulement perçu comme une activité sociale : il doit aussi être valorisé par les établissements d'enseignement supérieur pour les compétences, les connaissances et les aptitudes qui en découlent.

Ainsi que l'expliquent le Bureau national des élèves ingénieurs (BNEI), la Conférence des directeurs d'écoles françaises d'ingénieurs (CDEFI) et la Commission des titres d'ingénieur (CTI), dans un guide pratique élaboré en commun et rendu public en juin 2020186(*), cette valorisation s'exprime à deux niveaux :

- elle doit d'abord consister en une reconnaissance de l'engagement étudiant, sous la forme, d'une part, de dispositifs de conciliation de celui-ci avec les études comme des aménagements d'emploi du temps (autorisations d'absence, demi-journées libérées), de durée du cursus ou des modalités d'examen, d'autre part, de mesures d'identification de l'engagement comme son inscription dans l'annexe descriptive au diplôme ou la création d'un support de type portfolio permettant de présenter les compétences acquises ;

- elle doit ensuite se traduire par une validation de l'engagement étudiant, au moyen, par exemple, de l'attribution de crédits ECTS additionnels ou de la dispense totale ou partielle de certains enseignements ou stages relevant du cursus, en contrepartie des compétences acquises dans le cadre de l'engagement. De tels dispositifs de validation posent toutefois la question de l'évaluation des compétences, sujet qui fait l'objet de réflexions au sein des établissements.

Cette initiative des représentants des écoles d'ingénieur pour penser les moyens de mieux reconnaître et valoriser l'engagement étudiant mérite d'être saluée et prise en exemple pour l'étendre aux autres établissements d'enseignement supérieur.

Recommandation : mieux reconnaître dans le cadre universitaire les compétences acquises par les étudiants dans le cadre d'un engagement associatif ; encourager l'élaboration d'outils objectifs d'évaluation des compétences acquises dans le cadre d'un engagement associatif ; travailler à l'élaboration d'un référentiel des dispositifs de valorisation de l'engagement étudiant, commun aux établissements d'enseignement supérieur, afin de favoriser la diffusion des bonnes pratiques en la matière.

3. Un engagement étudiant vecteur de dynamisme et de transformation dans les territoires

Les travaux de la mission d'information ont montré l'importance du lien qui existe entre les initiatives étudiantes et l'environnement territorial dans lequel elles se déploient. Il est en effet fréquent que les actions menées par les étudiants dans le cadre de leur engagement associatif impliquent aussi des collectivités, des associations locales, des entreprises et d'autres acteurs socio-économiques du territoire. L'engagement étudiant apparaît ainsi comme un levier de développement d'un « écosystème » autour des établissements d'enseignement supérieur.

Lors de son audition en avril 2021, le maire de Sceaux, également secrétaire général de l'association des maires de France (AMF), a défendu avec conviction la source d'enrichissement mutuel que représentent les initiatives étudiantes pour la vie des communes, qu'il s'agisse de l'organisation d'évènements, de la participation au fonctionnement d'établissements culturels ou du lancement d'actions de solidarité. Certaines collectivités l'ont bien compris et ont installé des instances participatives pour associer les étudiants à leurs projets territoriaux, démarches qui méritent d'être encouragées.

Recommandation : encourager les collectivités à mieux prendre en compte la présence d'étudiants comme facteur de dynamisme et de transformation des territoires.

Les instances participatives étudiantes constituées
par certaines collectivités territoriales

Depuis plusieurs années, certaines mairies ou métropoles ont mis en place des conseils de la vie étudiante ou des conseils étudiants. Le but : permettre aux étudiants de s'exprimer sur des sujets qui les concernent et de suggérer des projets pour leur ville.

· En 2008, la ville de Toulouse a créé un Conseil toulousain de la vie étudiante (CTVE), rattaché à la mission jeunesse et vie étudiante de la municipalité, pour permettre à des étudiants, recrutés sur la base du volontariat, d'agir pour leur territoire. Pendant leur mandat, les étudiants membres du conseil sont accompagnés par un élu référent et deux chargés de mission pour développer des projets sur une thématique de travail spécifique (par exemple, en 2019-2020 : « Des propositions pour rendre accessible la culture à tous les jeunes toulousains », en 2020-2021 : « Une campagne de sensibilisation sur la souffrance psychique des jeunes »).

· En 2009, la métropole du Grand Nancy a instauré un Conseil de la vie étudiante du Grand Nancy, réunissant 35 membres issus du monde étudiant. Cet espace de dialogue et de propositions a pour mission de favoriser la qualité de vie des étudiants.

· En 2014, la ville de Charleville-Mézières s'est dotée d'un Conseil de la vie étudiante, réunissant l'ensemble des associations étudiantes du territoire. Cette instance consultative contribue à la définition, l'évaluation et l'élaboration de la politique municipale « vie étudiante », l'objectif étant d'améliorer les conditions de vie des étudiants en les associant aux projets de territoire les concernant.

Favoriser l'égalité des chances, tout en contribuant au développement des territoires, tels sont les objectifs du réseau associatif Des territoires aux grandes écoles (DTGE), reçu par la mission d'information le 29 mars 2021. Ce réseau met en relation des étudiants et diplômés avec des lycéens issus de milieu rural pour les encourager, en dépit du phénomène d'autocensure qui trop souvent dans ces territoires bride les ambitions de ces jeunes, à rejoindre des filières sélectives.

Le modèle de DTGE, détaillé dans l'encadré ci-après, vise ainsi à créer une chaîne de mentorat, l'étudiant « mentoré » devenant à son tour le mentor d'un lycéen plus jeune, l'objectif étant de convaincre le jeune qu'il ne doit s'interdire aucune ambition et que « tout est possible ». Les participants à la réunion du 29 mars ont témoigné de l'efficacité de cette méthode dont ils sont aujourd'hui les acteurs après en avoir été les bénéficiaires.

Le réseau Des territoires aux grandes écoles :
un modèle d'accompagnement individualisé

Depuis 2017, le réseau DTGE aide et conseille les élèves de lycées situés en milieu rural dans leurs choix d'orientation et les accompagne dans leur parcours d'études. Il s'est constitué à partir de l'association Du Pays basque aux grandes écoles, créée en 2014. Le réseau s'appuie actuellement sur 33 associations locales187(*), présentes dans 33 départements, et sur l'engagement de quelque 1 500 bénévoles.

DTGE intervient dans les lycées sur la base de conventions conclues avec ces établissements. Les associations locales (« De l'Allier aux grandes écoles », « Du Tarn aux grandes écoles », « Du Pays basque aux grandes écoles »...) organisent des plateformes de parrainage afin de mettre en contact des jeunes lycéens se posant des questions sur certains cursus avec des étudiants des territoires dont ils sont issus ; ces derniers sont ainsi en mesure de répondre au plus près des interrogations du jeune et de l'accompagner dans ses choix d'orientation.

Un dispositif de bourses au mérite, adossé à la Fondation de France, complète sur un plan financier l'accompagnement des jeunes et concerne 30 lauréats en 2021188(*) ; il est présent aujourd'hui dans les territoires suivants : Pays basque, Béarn, Tarn, Allier et Mayenne.

L'autre axe d'action du réseau DTGE consiste à encourager le retour des diplômés dans les territoires dont ils sont originaires à travers leur mise en réseau avec des acteurs des territoires et la valorisation du potentiel économique de ceux-ci.

La mission d'information salue l'action exemplaire du réseau DTGE et l'engagement de ses bénévoles.

Lors de ces nombreuses rencontres avec des responsables d'associations étudiantes, dans la diversité de leurs engagements et de leur action, la mission d'information a acquis la certitude que ces étudiants accumulent grâce à leur engagement des compétences qui valent largement celles que l'on acquière à l'occasion d'un stage : élaboration des statuts, organisation d'événements, actions de communication, levées de fonds...

À titre d'exemple, les témoignages des fondateurs de l'association Co'p1 - Solidarités étudiantes entendus lors de la table ronde du 6 mai 2021 sur l'aide alimentaire ont acquis de nombreuses expériences transposables dans un contexte professionnel : création de l'association, recherche de fournisseurs, de mécènes, organisation logistique des opérations de distributions...

Il semble donc important que ces expériences soient systématiquement reconnues et valorisées dans le cadre universitaire, lorsque le cursus s'y prête, à travers une équivalence de stage qui pourrait être validée à l'occasion d'une présentation, par l'étudiant, de son action lors d'une épreuve orale de soutenance, par exemple.

Recommandation : inviter les universités et les établissements d'enseignement supérieur à mettre en place des équivalences de stage à destination de bénévoles associatifs.

4. Des obstacles à lever

Malgré la vigueur de l'engagement associatif étudiant en France, la mission d'information a été alertée sur plusieurs difficultés qui pourraient affecter son déploiement.

Les représentants du bureau national des étudiants en école de management (BNEM) ont ainsi fait état d'une « précarité associative » liée aux difficultés financières que connaissent certains étudiants pour participer à la vie associative de leur école. Cette participation nécessite en effet d'engager des frais, sous forme de cotisation pour adhérer à des associations - dans certains établissements, ces cotisations sont parfois intégrées aux frais de scolarité, dans d'autres, elles doivent être acquittées en plus - ou de contribution pour accéder à des évènements payants (par exemple, les week-ends d'intégration).

Selon le BNEM, 15 % des étudiants en école de management ne seraient pas engagés dans la vie associative de leur établissement, alors que celle-ci est importante dans leur cursus, conditionne certaines activités comme la pratique sportive et peut influencer favorablement leur insertion professionnelle.

Nombre d'interlocuteurs de la mission d'information, parmi lesquels les représentants des étudiants, la Conférence des présidents d'université (CPU), et la Fédération des établissements d'enseignement supérieur d'intérêt collectif (Fésic), ont également exprimé leur inquiétude quant aux conséquences de la crise sur la situation financière de certaines associations et sur les fondamentaux de l'engagement étudiant (voir l'encadré ci-après).

Dans le contexte de la crise...

· La vie associative étudiante a été durement éprouvée par la crise du fait de la fermeture des établissements d'enseignement supérieur pendant une grande partie de l'année 2020 et de la limitation des interactions sociales. Mais elle a aussi démontré sa capacité de mobilisation, d'adaptation et d'innovation : beaucoup d'associations ont lancé des initiatives pour venir en aide aux étudiants les plus fragilisés et maintenir le lien social à distance (distribution de colis alimentaires, veille sur les réseaux sociaux, mise en place de radio étudiante, etc.), ainsi que pour soutenir d'autres publics (manifestation de proximité à l'égard de personnes âgées vivant en établissement spécialisé, soutien scolaire à des élèves de primaire et de secondaire, aide à la fabrication de matériels pour les personnels soignants, etc.). Cet élan de solidarité témoigne d'un réel sens de l'engagement citoyen qui doit être salué.

· Avec l'inscription de la crise dans la durée et l'annulation de nombreux évènements, notamment sportifs, les associations étudiantes sont toutefois confrontées à des pertes financières, à une baisse de motivation et à un risque de moindre transmission des savoir-faire, menaçant leur pérennité.

Convaincue qu'une part déterminante de la vie étudiante, plus particulièrement dans les domaines sportif et culturel, repose sur les associations étudiantes dont elle a pu mesurer la mobilisation et la créativité, la mission d'information s'alarme du risque que font peser les conséquences de la crise sanitaire sur le dynamisme des associations étudiantes.

Elle s'inquiète de l'aptitude de certaines de ces associations fragilisées par la pandémie à transmettre de promotion en promotion les compétences acquises par leurs membres les plus engagés. Elle invite donc les établissements d'enseignement supérieur, à l'occasion de la prochaine rentrée universitaire, à lancer des actions de communication pour promouvoir la vie associative et valoriser l'engagement étudiant.

Recommandation : soutenir financièrement les associations étudiantes fragilisées par la crise et organiser une campagne de sensibilisation au sein des établissements d'enseignement supérieur pour encourager les nouveaux étudiants à s'y engager.


* 185 En application de l'article 29 de la loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 relative à l'égalité et à la citoyenneté, et de son décret d'application n° 2017-962 du 10 mai 2017 relatif à la reconnaissance de l'engagement des étudiants dans la vie associative, sociale ou professionnelle.

* 186 Guide pratique « Valorisation de l'engagement étudiant. Quel dispositif mettre en place ? », élaboré conjointement par le BNEI, la CDEFI et la CTI, dans le cadre d'un groupe de travail mis en place en 2018. Ce guide, rendu public en juin 2020, recense les bonnes pratiques des écoles d'ingénieurs (outils, dispositifs de reconnaissance et validation de l'engagement étudiant, etc.), dans un objectif de partage des ressources.

* 187 À la date de la réunion avec DTGE (29 mars 2021).

* 188 Ce chiffre s'ajoute aux 30 lauréats des années précédentes au Pays basque.