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29 octobre 1998 : Assurons l'avenir de l'assurance ( rapport d'information )

 

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C. UNE CONCENTRATION PÉRILLEUSE

Les années récentes ont été marquées par de nombreuses fusions-acquisitions. Mais loin d'avoir été les prédateurs, les grandes se sont avérées être les proies de telles opérations.

L'année 1996 a été marquée par le rachat de l'UAP par AXA, donnant naissance à un géant de 300 milliards de francs de chiffre d'affaires. Les AGF sont ensuite entrés dans le giron de l'allemand Allianz fin 1997, Athéna étant partagée entre les AGF et l'italien Generali qui a récupéré l'allemand AMB. Groupama a enfin repris le GAN en 1998, se hissant au 2ème rang de l'assurance française derrière AXA-UAP.

Or, en dépit d'une certaine rationalité, la concentration traduit une lutte pour l'accroissement de la part de marché dans le contexte d'un marché européen arrivé à maturité. Elle reflète la rivalité des grands groupes pour le pouvoir de marché et la maîtrise des politiques tarifaires.

1. La course à la part de marché remplace le souci de rentabilité

Le secteur français de l'assurance est nettement plus concentré que dans les pays de taille comparable en Europe ou dans le monde. Ceci est certainement le résultat de l'action de l'Etat pendant la période de nationalisation, qui a donc ainsi profité de la période où il était propriétaire de l'assurance pour entreprendre une certaine restructuration du secteur, contrairement à l'inaction qui lui a été reprochée dans le domaine bancaire.

Cependant, paradoxalement, les acquisitions à un prix parfois trop élevé, n'ont pas nécessairement renforcé les géants nationaux comme en a témoigné la chute du cours de l'action UAP trois mois après sa mise sur le marché. La capitalisation de la société est ainsi passée de 50 à 30 milliards de francs, ce qui a facilité son rachat par AXA.

Or, la concentration de l'assurance française s'est accélérée ces dernières années. Elle devrait encore se prolonger, même si le mouvement de fusion absorption semble parvenir à un pallier.

Les dix premiers groupes d'assurance détenaient en 1997 près de 68 % des parts de marché (volume des primes) contre 60 % en 1990.

Cette concentration vise d'abord à répondre à l'européanisation et à la globalisation de l'économie : face à des acteurs économiques à vocation mondiale, des partenaires financiers globaux sont requis pour accompagner et soutenir les stratégies mondiales des entreprises et des groupes industriels.

Les fusions permettent en effet :

- de profiter de synergies commerciales par complémentarité des produits ;

- de réaliser des économies d'échelle par la mise en commun d'un certain nombre de services administratifs, financiers ou informatiques qui sont générateurs de frais fixes élevés.

Toutefois, il est à craindre que cette lutte pour les parts de marché l'emporte sur le souci de rentabilité, voire de solidité, et qu'ainsi, comme l'observe le Commissariat Général du Plan, " la concentration infuse une dose d'aléa moral non négligeable dans le système financier, susceptible de produire des effets négatifs en cas de crise ".

2. Au delà d'un certain seuil, les regroupements sont contre-productifs

En effet, le commissariat Général du Plan estime que " le coût d'acquisition du contrôle des sociétés cibles sur le marché financier et les limites des rendements d'échelle peuvent restreindre sérieusement l'intérêt objectif pour les actionnaires d'un certain nombre d'absorptions et du processus de concentration au delà de certains seuils ".

Deux arguments sont avancés par le CGP :

Les prix d'acquisition de nouvelles filiales par des groupes d'assurance intégrant souvent une prime de contrôle parfois élevée comportant une survaleur (un " goodwill ") importante, peuvent mettre en cause la rentabilité de ces opérations.

Les économies d'échelle ne sont pas infinies. En effet, selon une étude SIGMA, les économies d'échelle dans l'assurance sont réelles jusqu'à 500 millions de dollars de primes émises. L'étude montre à l'inverse que les petites structures d'assurance opérant sur des niches ont des marges moyennes supérieures à celles des plus grands groupes grâce à des frais généraux et une sinistralité mieux maîtrisés.

3. Les restructurations bousculent les agents généraux23(*)

Selon la fédération nationale des syndicats d'agents généraux d'assurance (FNSAGA) le nombre d'agents généraux est passé de 25.000 au début des années 80 à 17.000 aujourd'hui, soit 50.000 personnes avec leurs collaborateurs.

Payés à la commission, les agents généraux sont les mandataires d'un groupe d'assurances dont la stratégie affecte son activité. Or, les stratégies de rationalisation mises en place par le groupe d'assurances à l'égard de leurs réseaux de distribution risquent de diminuer encore le nombre d'agents généraux.

Pour autant, cette profession qui est l'une des plus anciennes dans le monde de l'assurance est loin d'être amenée à disparaître mais les mutations en cours nécessiteront chez les agents généraux une adaptation de leur compétence. En réduisant régulièrement les taux de commission et en procédant à des regroupements d'agences, les assureurs poussent en effet les agents à optimiser leurs techniques de marketing et à accroître leur chiffre d'affaires.

Enfin, il faut noter que la convention signée en 1996 par la FNSAGA, la fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) et les pouvoirs publics a réformé l'ancien statut des agents généraux. Les compagnies d'assurance disposent en effet de la possibilité de baisser les taux de commission et d'imposer aux candidats à la reprise d'agences des conditions de plus grande rentabilité.

Au terme de ce panorama rapide du secteur de l'assurance en France, si l'on peut avoir des motifs de satisfaction et estimer, comme le Commissariat Général du Plan, que les acteurs français de l'assurance sont désormais bien aguerris au jeu de la concurrence, il convient toutefois de ne pas perdre de vue la vulnérabilité très grande de l'assurance française.

Cette vulnérabilité est d'autant plus préoccupante dans le contexte actuel de volatilité des places boursières et de baisse des taux d'intérêt que le résultat technique des sociétés d'assurance est très dépendant des produits financiers qu'elles réalisent.

Or, certains aspects réglementaires et fiscaux ont tendance à entretenir cette vulnérabilité en constituant des distorsions de concurrence ou en déstabilisant les flux de primes qui constituent le chiffre d'affaires des assureurs.

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