Allez au contenu, Allez à la navigation



La coordination des politiques de l'emploi dans le contexte de l'euro

 

B. 2.2.2 LES CONSÉQUENCES DE HAUSSES DES SALAIRES DANS LES PAYS DE L'UE

On s'intéresse dans un premier temps au cas d'événements affectant initialement tous les pays de l'UE de la même manière, c'est-à-dire à des chocs symétriques, tels qu'une dépréciation de l'euro ou une hausse du prix mondial des matières premières66(*). De tels événements affectent directement la formation des salaires dans la mesure où ils entraînent une baisse du pouvoir d'achat que les salariés vont chercher à compenser par des augmentations des salaires nominaux. Ceci revient formellement à considérer un choc positif symétrique sur les salaires67(*). Dans les pays où l'indexation des salaires réels sur la productivité du travail est rapide (Allemagne, Italie, France et Finlande), le choc initial est vite résorbé. Ils gagnent alors des parts de marché sur les pays dans lesquels on observe une plus grande rigidité salariale (Suède, Royaume-Uni, Danemark et Pays-Bas). Les Graphiques 3 à 5 illustrent la diversité des trajectoires à la suite d'une augmentation généralisée des salaires dans l'UE. L'Allemagne, l'Italie et la France s'en sortent relativement mieux que leurs partenaires européens vis-à-vis desquels leur compétitivité-prix s'est améliorée68(*). Il faut noter que les écarts de croissance sont assez modérés par rapport à l'ampleur du choc envisagé.

Graphique 3 : Réponses des salaires à un choc des termes de l'échange intérieurs (équivalent à un choc ex ante de 10% sur les salaires) dans l'ensemble de l'UE

Graphique 4 : Réponses du PIB à un choc des termes de l'échange intérieurs (équivalent à un choc ex ante de 10% sur les salaires) dans l'ensemble de l'UE

Graphique 5 : Réponses des taux de chômage à un choc des termes de l'échange intérieurs (équivalent à un choc ex ante de 10% sur les salaires) dans l'ensemble de l'UE

Considérons maintenant le cas d'un choc sur les salaires ne se produisant que dans un seul pays, c'est-à-dire d'un choc asymétrique sur les salaires, qui résulterait par exemple d'un conflit salarial ou d'une hausse du salaire minimum transmise à l'ensemble des salaires. Les mécanismes d'ajustement sont les mêmes que dans le cas précédent : le pays où les salaires augmentent à la suite du choc initial perd une partie de sa compétitivité (les autres pays gagnent des parts de marché), sa production recule (elle augmente dans le reste de l'Europe). Tant que les salaires n'ont pas retrouvé leur niveau initial, les écarts de production et de chômage persistent. Le Graphique 6 illustre les différences de rigidité des salaires et leurs conséquences sur la production. Comme précédemment, c'est en Allemagne, en France et en Italie qu'une hausse des salaires a les effets les plus transitoires. En revanche, au Royaume-Uni, au Danemark et aux Pays-Bas un choc salarial à des effets persistants sur le chômage.

Graphique 6 : Réponse du PIB de chaque pays de l'UE lorsqu'il est seul affecté par un choc positif sur les termes de l'échange intérieurs (équivalent à un choc ex ante de 10% sur les salaires)

En conclusion, les trajectoires suivies par les pays de l'UE à la suite de chocs salariaux sont très disparates. Dans un premier groupe de pays (Allemagne, France, Italie et Finlande), les effets sont transitoires. La modération salariale est assurée soit par les mécanismes de marché, soit par l'action des partenaires sociaux, s'ils négocient les salaires sur la base des gains de productivité réalisés. Ces pays s'en sortent mieux que leurs partenaires de l'UE en cas d'accroissement généralisé des salaires en Europe. Dans un second groupe de pays (Royaume-Uni, Pays-Bas et Danemark), une hausse des salaires a des effets plus persistants, rendant a priori plus problématique leur participation à l'UEM si ces pays devaient connaître des chocs de salaires au cours des prochaines années.

* (1) 66 La production de l'UE reste constante.

* (2) 67 Compte tenu d'une indexation des salaires sur les termes de l'échange intérieurs de 0,67 (voir tableau 2 de la partie II), un choc de 16% sur ces derniers correspond à un choc de 10% ex ante sur les salaires.

* (3) 68 On raisonne ici à production de l'UE constante, en mettant l'accent sur la situation relative des pays étudiés.