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PISANI Edgard

Ancien sénateur de la Haute-Marne

Election

  • Elu le 26 avril 1959 jusqu'au 24 septembre 1961 (devenu membre du Gouvernement)
  • Réélu le 22 septembre 1974
  • Fin de mandat le 26 mai 1981 (démissionnaire)

Fonctions antérieures

  • Ministre

Situation en fin de mandat

  • Membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées
  • Membre du Groupe socialiste

Travaux parlementaires

Extraits de la table nominative :

Biographie

1940-1958  (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français)
Ve République  (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français)

Ve République

PISANI (Edgard)

Né le 9 octobre 1918 à Tunis

Décédé le 20 juin 2016 à Paris

Sénateur de la Haute-Marne de 1954 à 1961 et de 1974 à 1981

Ministre de l'Agriculture du 24 août 1961 au 8 janvier 1966

Ministre de l'Équipement du 8 janvier 1966 au 7 avril 1967

Ministre de l'Équipement et du Logement du 7 au 28 avril 1967

Député de Maine-et-Loire en 1967 et 1968

Ministre chargé de la Nouvelle-Calédonie du 21 mai au 15 novembre 1985

(Voir première partie de la biographie dans le dictionnaire des parlementaires français 1940-1958)

Sénateur de la Haute-Marne depuis 1954, Edgard Pisani sollicite le renouvellement de son mandat aux premières élections sénatoriales de la Ve République, le 26 avril 1959. Conduisant la liste républicaine et libérale d'action économique et sociale, il est réélu dès le premier tour avec 445 des 764 suffrages exprimés.

Au Palais du Luxembourg, il s'inscrit au groupe de la Gauche démocratique et siège à la commission des affaires étrangères de 1959 à 1961. Il rapporte deux projets de loi : en 1960 celui autorisant la ratification d'un traité de coopération entre la France et le Cameroun, en 1961 sur la promotion des officiers de réserve servant en situation d'activité. Il intervient en outre régulièrement dans les débats sénatoriaux. En 1959, il s'exprime sur la crise algérienne, la politique gouvernementale atomique, la décentralisation ou les rapports entre l'État et les établissements d'enseignement privé. En 1960, il prend la parole sur la redevance d'équipement, le ramassage scolaire, l'enseignement agricole ou la création de parcs nationaux. La même année, il vote la loi autorisant le Gouvernement à prendre, par application de l'article 38 de la Constitution, certaines mesures relatives au maintien de l'ordre, à la sauvegarde de l'État, à la pacification et à l'administration de l'Algérie.

Il quitte le Sénat le 24 septembre 1961. Ce gaulliste de gauche a en effet été nommé ministre de l'Agriculture dans le gouvernement de Michel Debré le 24 août précédent, sous la présidence du général de Gaulle. Il conserve ce poste dans le cabinet de Georges Pompidou jusqu'au 8 janvier 1966, ce qui en fait le détenteur du record de longévité rue de Varenne. Il joue un rôle déterminant dans la modernisation de l'agriculture française par les lois d'orientation agricole de 1960 et 1962 qu'il fait appliquer. Il conduit également la mise en place de la politique agricole commune en 1962. C'est aussi sous son inspiration qu'est créé l'Office national des forêts. Le 8 janvier 1966, il quitte le ministère de l'Agriculture et devient ministre de l'Équipement dans le troisième gouvernement de Georges Pompidou. Il conserve ensuite ce portefeuille auquel lui est ajouté celui du Logement dans le quatrième gouvernement de Georges Pompidou, à partir du 7 avril 1967.

Parallèlement à ses fonctions ministérielles, il brigue des mandats électoraux à plusieurs reprises. L'ancien préfet de la Haute-Marne essuie d'abord deux revers aux élections cantonales dans son département : après avoir échoué à conquérir le canton de Saint-Dizier en juin 1961, il est battu en juin 1962 dans le canton de Saint-Blin. Ayant acquis une propriété dans le Saumurois, il décide alors de s'implanter en Maine-et-Loire. Ainsi, en 1964, il est élu conseiller général dans le canton de Montreuil-Bellay. L'année suivante, il est élu maire de cette petite commune angevine. Il se présente ensuite aux élections législatives de mars 1967 dans la première circonscription de Maine-et-Loire. Candidat Ve République, il arrive largement en tête au premier tour de scrutin avec 12 216 des 37 026 suffrages exprimés. Il est élu député de Maine-au-Loire au second tour contre le centriste Prosper David et le communiste Pierre Sicard.

Peu après son élection à l'Assemblée nationale, Edgard Pisani démissionne du gouvernement Pompidou le 20 avril 1967 : il entend protester contre la volonté du Premier ministre de gouverner par ordonnances. Ce faisant, il commence à prendre ses distances avec la majorité gaulliste, même s'il continue de siéger au groupe de l'Union démocratique pour la Ve République au Palais-Bourbon. Membre de la commission de la production, il intervient à plusieurs reprises en 1967 lors de la discussion du projet de loi d'orientation foncière et urbaine qu'il avait préparé en tant que ministre de l'Équipement.

En mai 1968, en pleine crise étudiante, il rompt avec fracas avec la majorité gaulliste. Il interpelle d'abord le ministre de l'Éducation nationale Alain Peyrefitte le 8 mai 1968 sur la réaction du gouvernement face à « l'angoisse des étudiants » exprimée par des manifestations. Puis, le 22 mai suivant, il prononce à la tribune de l'Assemblée nationale un réquisitoire contre Georges Pompidou, vote la censure et démissionne de son mandat de député : « Ce faisant », déclare-t-il au Premier ministre en revendiquant son attachement au général de Gaulle, « j'ai le sentiment d'être plus fidèle que vous à l'homme que j'ai soutenu depuis la Résistance ». Ce à quoi Georges Pompidou lui répond aussitôt : « Ce qui n'est pas tout à fait convenable, c'est de parler au nom du gaullisme contre de Gaulle (...). La fidélité ne consiste pas à tromper, Monsieur Pisani ! »

Edgar Pisani fonde alors un parti, le Mouvement pour la réforme, qui présente une quarantaine de candidats aux élections législatives de juin 1968 organisées à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale par le général de Gaulle. Mais cette formation connaît un sévère échec. Edgard Pisani est lui-même battu. Candidat non pas dans la première mais dans la quatrième circonscription de Maine-et-Loire, il est largement défait : il n'obtient en effet que 9 478 des 40 057 suffrages exprimés contre 20 408 au député gaulliste sortant Robert Hauret, élu dès le premier tour. Il traverse alors une traversée du désert longue de six années. Il préside certes le Conseil national des économies régionales de 1967 à 1971 mais n'assume plus aucune responsabilité nationale. Il continue néanmoins d'exercer ses mandats locaux même s'il démissionne de celui de conseiller général en 1973.

L'ancien ministre du général de Gaulle se rapproche du Parti socialiste en 1974. S'il soutient Jacques Chaban-Delmas au premier tour de l'élection présidentielle en mai 1974, il se prononce en faveur du candidat socialiste François Mitterrand au second tour. Edgard Pisani se présente ensuite aux élections sénatoriales du 22 septembre 1974 dans la Haute-Marne après avoir signé un engagement de soutenir le Programme commun de gouvernement de la gauche. Ainsi, s'il n'obtient que 387 des 928 suffrages exprimés au premier tour, il bénéficie lors du second tour du désistement en sa faveur des quatre candidats de gauche signataires de ce programme : il réunit dès lors 535 des 918 suffrages exprimés contre 383 pour le maire de Colombey-les-Deux-Églises Jean Raullet.

De retour au Sénat treize ans après l'avoir quitté, il s'apparente d'abord au groupe sénatorial socialiste avant de le rejoindre en avril 1975. Se définissant lui-même comme « socialiste de raison », selon le titre d'un ouvrage qu'il publie en 1978, il a en effet adhéré au Parti socialiste en mars 1975. Il démissionne alors de son mandat de maire de Montreuil-Bellay. Il est par ailleurs battu aux élections cantonales de mars 1976 dans le canton de Bourbonne-les-Bains. Au sein du PS, il appartient au courant rocardien.

Lors de son second passage au Palais du Luxembourg, de 1974 à 1981, il siège à la commission des affaires étrangères. En 1978 et 1980, il présente deux rapports d'information marquants sur les équilibres extérieurs de la France. Président du groupe d'amitié sénatorial France-Algérie à partir de 1976, il rapporte en 1977 des projets de loi autorisant la ratification d'accords de coopération de la France avec l'Algérie, le Maroc et la Tunisie.

Ce fervent européen est par ailleurs délégué représentant la France au Parlement européen de 1977 à 1979. Il en préside la commission des affaires économiques et monétaires en 1978 et 1979. Puis en 1979 il est élu député au suffrage universel au Parlement européen sur la liste du Parti socialiste et du Mouvement des radicaux de gauche. Au Sénat il intervient souvent sur les questions européennes. Il se soucie plus particulièrement des conséquences de l'entrée dans la Communauté économique européenne de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne. En 1977, il présente ainsi avec le sénateur de la Côte-d'Or Michel Sordel un rapport d'information sur les répercussions agricoles de l'adhésion de ces États pour les régions du Sud de la France. En 1978, il défend la nécessité d'un examen global des conséquences de cet élargissement de la CEE.

Devenu l'expert des questions agricoles au sein du PS, l'ancien ministre de l'Agriculture continue aussi de s'en préoccuper à la Haute Assemblée. Il cosigne en 1977 un rapport d'information relatif à la création du fonds international de développement agricole. Il intervient également en séance publique à propos du remembrement des exploitations rurales, de l'organisation interprofessionnelle agricole (1975), du droit de préemption des sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (1977), du cumul des activités pour les exploitants agricoles (1978) ou du projet de loi d'orientation agricole (1980).

Il prend aussi la parole au Sénat sur des sujets très divers, qu'il s'agisse de la réforme de l'urbanisme et de la politique foncière (1975), de la programmation militaire (1976), de la recherche (1977) ou de l'ordre économique mondial (1980). Il vote la loi Veil relative à l'interruption volontaire de grossesse en 1974, la loi portant réforme du divorce en 1975 et se prononce contre la loi Peyrefitte renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes en 1980.

Le 26 mai 1981, deux semaines après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, il démissionne de son mandat de sénateur de la Haute-Marne. Le gouvernement de Pierre Mauroy le nomme en effet commissaire européen chargé du développement en remplacement de Claude Cheysson, devenu ministre des Relations extérieures. Il exerce cette fonction jusqu'en décembre 1984 au sein de la Commission européenne présidée par le Luxembourgeois Gaston Thorn. Tiers-mondiste convaincu, il s'emploie à organiser la distribution de l'aide européenne aux pays liés à la CEE par la Convention de Lomé. Il dirige également les discussions pour la renégociation de cet accord, le troisième du genre, en 1984.

En décembre 1984, Edgard Pisani quitte la Commission européenne : il est nommé délégué du gouvernement en Nouvelle-Calédonie. Il reçoit pour mission d'oeuvrer à la pacification du territoire qui se trouve alors au bord de la guerre civile et de proposer une solution respectant les droits des communautés canaque et caldoche. Le 7 janvier 1985, il prononce un discours à Nouméa dans lequel il se prononce en faveur de « l'indépendance-association » et propose de soumettre à un référendum « la constitution de la Nouvelle-Calédonie en un État indépendant associé à la France dans les conditions prévues par l'article 88 de la Constitution. » Le 21 mai 1985 il est nommé ministre chargé de la Nouvelle-Calédonie dans le gouvernement de Laurent Fabius. Il élabore alors avec le Premier ministre un statut qui accorde plus d'autonomie à l'archipel et prévoit d'organiser un référendum d'autodétermination. Il démissionne le 15 novembre 1985 après avoir élaboré huit ordonnances visant principalement à réduire les inégalités sociales entre Calédoniens. Edgard Pisani est ainsi parvenu à apaiser quelque peu la situation en Nouvelle-Calédonie malgré l'hostilité qu'il a suscitée.

Il est ensuite chargé de mission auprès du Président de la République François Mitterrand de 1986 à 1992. Le natif de Tunis se voit également confier la présidence de l'Institut du monde arabe de 1988 à 1995. Il devient en outre membre du Conseil économique et social en 1992.

Cette grande figure de la vie politique de la Ve République s'éteint le 20 juin 2016 à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans. Chevalier de la Légion d'honneur, il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages consacrés à son engagement politique, à ses combats ou à ses différentes responsabilités. Il a notamment publié Utopie foncière (1977), Défi du monde (1979), La Passion de l'État (1998), Vive la révolte ! (2006) et Croire pour vivre : méditations politiques (2015).

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Photo de M. Edgard PISANI, ancien sénateur
Appartenance politique
Membre du Groupe socialiste
Etat-civil
Né le 9 octobre 1918
Décédé le 20 juin 2016
Profession
Ancien Préfet
Département
Haute-Marne