La ruralité,un atout pour demain à défendre ensemble



Palais du Luxembourg, 28 mai 2003

Jacqueline REVERDY Présidente de la Fédération Française d'Équitation

Je vais évoquer cette question du partage de l'espace rural pour les cavaliers. Bien entendu, la problématique équestre, même si elle a des spécificités fortes, est certainement très proche, sur bien des points, de celle d'autres usagers fixes ou itinérants de l'espace rural et en particulier d'autres pratiquants d'activités sportives de pleine nature.

Les établissements équestres représentent
annuellement six millions d'euros de produit intérieur brut et 10 000 emplois. Cela représente 10 % de l'emploi sportif dans le pays. La croissance annuelle du secteur est de 4 % par an. Les établissements équestres accueillent le public constituant le moteur du secteur. Le goût du cheval et souvent de la nature est le carburant du développement des activités équestres, qui réunissent environ 1,5 million de pratiquants. Cela fait beaucoup de monde, surtout si l'on sait que 500 000 d'entre eux sont extérieurs au réseau fédéral et sont donc par essence des résidents et usagers permanents du monde rural pour la plupart d'entre eux.

La filière des activités équestres de sport et de loisir est évidemment beaucoup plus large que les seuls centres équestres puisqu'elle comprend l'élevage et toutes les activités induites. Je voudrais juste vous donner quelques chiffres qui m'ont été communiqués par l'Observatoire Économique et Social du Cheval et ayant pour source les Haras nationaux. Les entreprises de la filière cheval en milieu rural représentent 1 000 élevages professionnels, 1 763 gîtes et fermes équestres, 845 employeurs dans le secteur des courses, 1 200 entreprises de maréchalerie, 1 055 cabinets vétérinaires exerçant en équin et 1 700 autres entreprises d'alimentation : celliers, boucheries, entreprises de transport et d'équipement. Cela représente 7 500 entreprises avec des emplois stables et une activité économique locale. Tout ceci représente 60 000 emplois.

Le cheval est sans nul doute, sous sa forme de loisir de proximité aussi bien qu'à travers la randonnée et le voyage, un apport considérable à l'attrait touristique des régions de France. C'est à travers les centres équestres et les centres de tourisme équestre que le cheval peut attirer les publics extérieurs. De même, ce sont les établissements équestres sous toutes leurs formes qui entretiennent la plupart des cultures traditionnellement liées au cheval. Ils portent aussi bien sûr un projet d'éducation et d'animation original, notamment à travers les poney-clubs, et constituent un attrait considérable pour la vie quotidienne dans le monde rural. Enfin, l'activité sportive, plus spécialement sous la forme de manifestations officielles attractives, constitue également un élément fort d'animation de l'espace rural.

Le cheval est donc un atout très important pour la revitalisation du territoire. Ses différentes utilisations, les courses, le sport, le loisir, le cheval de trait, n'ont apparemment aucun lien entre elles mais ces utilisations et l'élevage qui les précède trouvent leur unité dans les territoires voire dans les terroirs. Le cheval intervient dans la nouvelle dynamique économique des territoires ruraux :

ï diversification des produits agricoles en parallèle avec l'installation des jeunes ;

ï développement des produits agricoles à des fins autres qu'alimentaires ; tertiarisation de l'économie du cheval à destination, notamment, du tourisme ;

ï développement des liens entre l'agriculture, le tourisme et les sports, qui s'associent pour la promotion des produits liés aux espaces naturels et au patrimoine ;

ï développement d'activités liées au cheval, avec des produits innovants dans des zones en déprise, notamment en montagne.

Le cheval contribue à un partenariat renforcé entre agriculteurs, acteurs économiques du monde rural et la société en général. Le lien est fragile mais le cheval peut intervenir pour renforcer des politiques de réinsertion et de reconversion. Il intervient aussi dans les activités de pleine nature pour la mise en valeur des espaces et du patrimoine naturel, par son rôle d'herbivore, de jardinier des espaces et d'améliorateur de la flore. On le met souvent avec des bovins parce que la complémentarité est extrêmement importante pour le terrain. Il s'adapte à tout type de milieu fragile : montagnard, milieu sec ou zone humide. Il joue un rôle dans la mise en valeur du patrimoine culturel, architectural et génétique. Dans toutes ces activités, des activités économiques faites de PME sont réparties sur l'ensemble du territoire, apportant des métiers anciens et modernes, des formations, des travaux de recherche, des hectares utilisés, des structures d'accueil et d'hébergement.

Pour toutes ces raisons, le cheval est aujourd'hui porteur d'espoir. Espoir pour tous ceux qui sont bien sûr portés par la passion et souhaitent y consacrer leur vie. Espoir pour le monde rural dont il est un atout essentiel. Espoir pour les politiques publiques qui peuvent en attendre un effet de levier très fort. Espoir pour les activités de sport et de loisir dont il assure le développement par la fascination qu'il exerce sur le public.

Le centre équestre, clé du développement des liens entre les Français et le cheval, reste très fragile du fait de son environnement fiscal et réglementaire. Il connaît :

ï des difficultés d'implantation car il n'est tout à fait reconnu ni comme entreprise agricole ni évidemment comme un petit commerce urbain égaré aux champs ;

ï des difficultés fiscales qui le condamnent à être une petite entreprise unipersonnelle ;

ï des difficultés multiples liées à l'accumulation de textes car le centre équestre relève de nombreuses réglementations qui n'ont pas de liens entre elles.

Une autre inquiétude: les chemins. La Fédération s'est engagée très fortement à préserver les chemins, les entretenir, les identifier. Le Comité National de Tourisme Équestre a en charge ce dossier essentiel et il le traite au profit de l'ensemble de la collectivité équestre. Il mène une action en profondeur sur le terrain mais la tâche est lourde car les chemins dépendent de plusieurs niveaux de décisionnaire administratif et en particulier des mairies, souvent soumises paradoxalement aux pressions du monde agricole. Il faut que tous les cavaliers qui pratiquent l'équitation d'extérieur, aussi bien les sportifs de haut niveau que les randonneurs, partagent ces tâches avec d'autres fédérations sportives qui utilisent l'espace rural : je voudrais citer les fédérations de randonnées pédestres, de cyclotourisme et de motocyclisme.

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