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Le Sénat de 1940 à 1944 : Les relations entre Paris et Vichy

« Le personnel de Châtelguyon renouvelle ses vœux les meilleurs au personnel de Paris avec l'espoir d'une réunion des deux personnels à Paris dans le courant de l'année présente » (2 janvier 1942)

Une division fonctionnelle

Le maintien du Sénat, même ajourné, implique le maintien de son administration. En 1940, celle-ci se trouve divisée en deux parties. Les assemblées doivent s'établir là où siège le Gouvernement. Par conséquent, des bureaux ont été installés d'abord à Vichy puis à Châtelguyon : ces services assurent les relations du Sénat avec les Sénateurs en zone libre et les ministères.

Il apparaît cependant indispensable d'assurer à Paris le fonctionnement de plusieurs services. D'une part, les nombreux Sénateurs restés en zone occupée ont besoin d'un interlocuteur. D'autre part, la présence de représentants du Sénat à Paris permet de mieux veiller à la sauvegarde du Palais occupé par la Luftwaffe.

Presque tous les services - hormis ceux de l'architecture et du jardin, qui restent au complet au Luxembourg - sont dédoublés : ceux de Paris sont placés sous l'autorité du Questeur Henri Hamelin tandis que ceux de Châtelguyon dépendent du questeur Anatole Manceau. Cependant cette partition est purement fonctionnelle. Comme le précise avec insistance une note du Président Jeanneney aux Questeurs (22 février 1941), l'autorité réelle - constitutionnelle - du Sénat est bien à Vichy puis Châtelguyon, où se trouvent le Président et les Secrétaires Généraux et où sont prises les décisions de Questure. Cette unité de direction, fortement affirmée, permet d'éviter les conflits de compétence apparus dans les premiers temps. Elle demande, pour toute prise de décision, une consultation permanente des autorités de Vichy par Paris, qui s'avère parfois difficile.

Activités et coordination des services

L'importante réduction d'activité engendrée par l'ajournement des Chambres incite le Sénat à détacher temporairement une partie de son personnel auprès de divers ministères et de la préfecture de la Seine. Les fonctionnaires restant au service de la Chambre Haute se partagent entre Vichy et Paris. Un roulement est organisé afin que les fonctionnaires de Vichy puissent retrouver leur famille, souvent restée en zone occupée.

Une abondante correspondance assure la liaison et la coordination entre les services. Elle témoigne, pour l'essentiel, des préoccupations quotidiennes de l'administration : gestion du personnel (avancement, salaires, pensions), du matériel, comptabilité... De nombreux services poursuivent tant bien que mal leur activité habituelle. Ainsi le service de la bibliothèque s'efforce-t-il de continuer à alimenter et entretenir son fonds. La comptabilité, quant à elle, procède à une répartition des tâches par zone : à Paris, le paiement des salaires (et autres) en zone occupée, à Vichy celui de la zone libre, le courrier permettant un contrôle financier mutuel.

Les deux administrations sont confrontées à de multiples difficultés d'approvisionnement (du bois de chauffage aux enveloppes et aux savonnettes. Le logement est également un sujet de préoccupation constante. A Châtelguyon, les fonctionnaires dépendent des locations et réquisitions. A Paris, les occupants grignotent peu à peu les locaux initialement laissés à la disposition de l'administration sénatoriale qui doit chercher des nouveaux bâtiments à louer, tant pour se loger que pour abriter mobilier et documents.