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Étude de législation comparée n° 159 - février 2006 - La lutte contre les mariages de complaisance

 

SERVICE DES ETUDES JURIDIQUES (Février 2006)

ITALIE

La lutte contre les mariages de complaisance ne constitue pas une priorité. En effet, un étranger en situation irrégulière peut assez aisément se marier avec un citoyen italien et ainsi obtenir un titre de séjour : d'une part, parce que les formalités préalables au mariage sont limitées - un titre de séjour n'est pas exigé - et, d'autre part, parce que l'officier d'état civil ne peut refuser de publier les bans relatifs au mariage d'un étranger qui n'est pas en règle. Toutefois, l'officier de l'état civil peut prévenir la police, mais il n'en a pas l'obligation. De plus, la procédure d'expulsion est assez longue.

Par ailleurs, si l'article 123 du code civil érige en cause de nullité du mariage la « simulation », c'est-à-dire le fait que les époux aient convenu de ne pas s'acquitter de leurs obligations, parmi lesquelles la cohabitation, l'annulation ne peut être demandée que par les époux. De plus, l'action en nullité ne peut être intentée ni au-delà d'un an de mariage ni lorsque les époux ont cohabité après la célébration du mariage.

Toutefois, la loi Bossi-Fini du 30 juillet 2002 portant modification des dispositions applicables en matière d'immigration comporte un article visant spécifiquement les mariages de complaisance. Intitulé « Mariages conclus pour échapper aux mesures sur l'entrée et le séjour des étrangers », cet article a inséré à l'article 30 du décret législatif n° 286 du 25 juillet 1998 (4(*)), consacré aux permis octroyés pour raisons familiales, un nouvel alinéa selon lequel le titre de séjour qui est attribué au conjoint d'un ressortissant italien au titre du regroupement familial doit lui être immédiatement retiré en cas de non-cohabitation des époux, à moins qu'un enfant ne soit né du mariage.

Aucune sanction pénale n'est prévue en cas de mariage de complaisance.

PAYS-BAS

La loi du 2 juin 1994 relative à la prévention des mariages de complaisance est entrée en vigueur le 1er novembre 1994. Elle a inséré, dans les articles du code civil relatifs au mariage, des dispositions spécifiques aux couples dont l'un des membres n'a pas la nationalité néerlandaise.

L'officier de l'état civil peut refuser de célébrer un mariage lorsqu'il soupçonne un mariage blanc. Il peut en particulier fonder son refus sur les éléments de l'attestation que, depuis le 1er novembre 1994, les étrangers (5(*)) doivent fournir avant de se marier. Quels que soient son statut, le motif de son séjour aux Pays-Bas et sa nationalité, un étranger qui envisage de se marier avec un citoyen néerlandais doit en effet produire une attestation du service des étrangers. Ce document, dont la durée de validité est limitée à six mois, récapitule les éléments relatifs à l'état civil de l'intéressé - en particulier, le cas échéant, les références d'un mariage précédent -, sa situation au regard du droit des étrangers (6(*)) (nature du titre de séjour, durée de validité, etc.) et un avis sur le futur mariage. Tout avis doit être motivé. En outre, tout avis négatif doit être justifié par des éléments objectifs. C'est pourquoi le fonctionnaire qui remplit l'attestation doit, en cas d'avis négatif, répondre à plusieurs questions (sur la justesse et la concordance des renseignements fournis par les futurs époux, sur la fréquence des déménagements de l'étranger, etc.). L'officier de l'état civil peut fonder son refus sur d'autres éléments, par exemple sur des renseignements communiqués par les services sociaux. Inversement, il peut célébrer un mariage malgré l'avis négatif du service des étrangers.

Par ailleurs, le ministère public peut empêcher un mariage ou demander au juge d'annuler un mariage déjà célébré lorsqu'il a la conviction que le seul but de l'union est l'immigration d'un étranger. La demande d'annulation peut être formulée plusieurs années après le mariage, par exemple à l'occasion d'une procédure pénale.

Dans tous les cas (refus de l'officier d'état civil, opposition du ministère public, décision judiciaire d'annulation), les intéressés peuvent se prévaloir des voies de recours de droit commun.

Aucune sanction pénale n'est prévue en cas de mariage de complaisance.

* (4) Ce décret législatif dit « texte unique » sur l'immigration regroupe les dispositions issues de plusieurs textes, en particulier de la loi du 6 mars 1998 sur l'immigration. Le texte unique a été modifié à plusieurs reprises, notamment par la loi Bossi-Fini du 30 juillet 2002.

* (5) À l'exception des ressortissants de l'un des pays de l'Espace économique européen, ainsi que des Suisses.

* (6) Un étranger en situation irrégulière ne peut pas se marier aux Pays-Bas.