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Projet de loi de finances pour 2001 : Relations culturelles extérieures et francophonie

 

II. LA FRANCOPHONIE : UN PROJET EN CONSTANTE INNOVATION, UN HÉRITAGE A PRÉSERVER

A. UNE RÉALITÉ DÉMOGRAPHIQUE ET UN HÉRITAGE CULTUREL

1. Un poids démographique et économique certain 

La francophonie concerne près d'un pays sur quatre dans le monde : la langue française y est la deuxième langue enseignée et la cinquième la plus parlée à l'échelle des cinq continents. En outre, elle demeure la langue officielle ainsi qu'une langue de travail de la plupart des organisations internationales.

La notion de " francophonie " recouvre cependant une diversité de situations selon lesquelles les critères de compréhension et d'usage du français varient. Les francophones réels, pour lesquels le français est la langue quotidienne, représentent une population de près de 113 millions de personnes réparties dans les Etats suivants : l'Algérie, le Canada, la France, la Belgique, la Côte d'Ivoire, la Tunisie, le Cameroun, la République du Congo et la Suisse.

Il convient également de distinguer les francophones dits " occasionnels " qui emploient irrégulièrement la langue française. Cette catégorie comprend 180 millions de personnes dans le monde entier et présentant un accès inégal à la langue française, comme l'illustrent les différentes communautés francophones isolées sur l'ensemble du Canada anglophone et des Etats-Unis. L'ensemble des pratiquants du français, occasionnels ou constants, représenterait ainsi plus de 300 millions de personnes.

La francophonie représente également un espace d'échanges culturels, mais aussi économiques et commerciaux. L'espace économique francophone représente 12 % de la production mondiale et 18 % des échanges commerciaux internationaux, avec un PNB estimé en 1997 à 14 000 milliards de francs et rassemble près de 500 millions de personnes.

L'enseignement du français enregistre également une évolution contrastée : près de 60 millions de personnes dans le monde apprennent aujourd'hui notre langue. Toutefois, si l'on constate une augmentation de son audience en Europe, notamment dans les PECO, le constat d'un recul s'impose en revanche en Amérique du Nord, en Afrique francophone et non francophone, en Amérique latine, ainsi qu'en Asie et Océanie. En outre, les récents aléas affectant nos relations bilatérales avec l'Algérie et la Tunisie ont contribué à l'affaiblissement du français dans la région du Maghreb.

Le nombre de francophones réels et occasionnels a enregistré une augmentation de 2,5 millions durant les deux dernières décennies, mais ce constat apparemment favorable doit être relativisé, si l'on compare cette hausse à la pression démographique globale qui, à l'inverse, révèle le déclin de la proportion de francophones dans le monde. Certes, le taux d'apprentissage du français reste élevé dans des régions traditionnellement francophones, à l'instar du Québec, mais l'enseignement du français, dans des zones où il ne constitue pas un élément identitaire, enregistre en revanche une baisse certaine. Ainsi, seulement 2 à 3 % des étudiants apprennent le français dans des pays hispanophones et lusophones.

Or, la promotion et la sauvegarde de l'usage du français constituent le fondement de l'action culturelle extérieure de la France. C'est pourquoi le développement de la francophonie politique et la promotion de la diversité linguistique et culturelle doivent demeurer, à l'avenir, les priorités suivies par le ministère des affaires étrangères.

2. Un édifice institutionnel unifié

Le sommet de Hanoï, en novembre 1997, a marqué un tournant dans l'édification de la francophonie institutionnelle avec l'entrée en vigueur de la charte et l'élection du premier secrétaire général de la francophonie, M. Boutros Boutros-Ghali.

Elu par les chefs d'Etat et de gouvernement pour un mandat de quatre ans renouvelable, il est le porte-parole politique et le représentant officiel de la francophonie au niveau international et, à ce titre, le plus haut responsable de l'Agence intergouvernementale. Conformément aux dispositions de la charte, il propose aux instances les axes prioritaires de l'action multilatérale, en concertation avec l'Administrateur général de l'Agence et avec les opérateurs directs. Il propose, par ailleurs, la répartition du Fonds multilatéral unique (FMU) et ordonne les décisions budgétaires et financières qui y sont relatives. En outre, il évalue l'action de la coopération intergouvernementale francophone, veille à l'harmonisation des programmes et des actions de l'ensemble des opérateurs.

Le huitième sommet francophone de Moncton, en septembre 1999, a permis de dresser un premier bilan de la nouvelle coordination institutionnelle et des nouvelles fonctions du secrétaire général qui s'est exprimé, au nom des autres opérateurs, dont l'Agence intergouvernementale, sur le devenir des institutions francophones.

Cette rationalisation du dispositif institutionnel permet de mieux répondre aux objectifs de la francophonie politique, communauté de valeurs favorisant la consolidation de la paix, de la démocratie et du respect des droits de l'homme. L'importance conférée à l'Etat de droit va de pair avec la promotion de la diversité culturelle auprès des diverses instances internationales, et doit ainsi rassembler les différents Etats francophones confrontés aux conséquences culturelles et économiques de la mondialisation.

En ce sens, la France se doit de soutenir résolument la rénovation des opérateurs de la francophonie, impliquant notamment par la rationalisation des instruments et des méthodes de la coopération multilatérale entre Etats concernés. L'université Senghor d'Alexandrie fera, à ce titre, l'objet d'une évaluation courant 2001.

Par ailleurs, les conférences ministérielles de N'Djamena en février prochain, puis de Cotonou en juin 2001, permettront, avec le séminaire de Bamako, d'enrichir la réflexion des instances de la francophonie et de préparer les différents volets du sommet de Beyrouth, en septembre prochain.