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Projet de loi de finances pour 2003 : Relations culturelles extérieures et francophonie

 

3. L'apport des moyens audiovisuels existants à la création de la chaîne française d'information continue

Il est évidemment exclu de créer cette nouvelle chaîne ex nihilo, alors que de nombreux acteurs occupent déjà ce terrain de l'information. La difficulté tient plutôt à leur coordination raisonnée, ce que l'enjeu de prestige représenté par cette création ne facilite pas. L'exportation d'une chaîne nationale existante ne constitue pas non plus une solution d'avenir, car aucune d'entre elles, y compris LCI, n'offre un intérêt, telle qu'elles existent actuellement, pour un public étranger. Notre production audiovisuelle est, en effet, beaucoup trop hexagonale en matière d'information pour susciter l'attention d'un public étranger, même francophone.

Ce constat doit conduire, selon votre rapporteur, à faire de TV5 et de CFI le creuset d'un pôle de télévision tourné vers l'étranger, ce qui suppose une accélération des restructurations dans ces deux sociétés, ainsi que de leur rapprochement, qui est d'ailleurs en bonne voie. Restent en suspens les contributions éventuelles d'Euronews, dont la situation financière actuelle est précaire, d'Arte -qui a été sollicitée pour l'édification d'un projet audiovisuel en direction de l'Europe, et de France-Télévisions.

4. BBC World : une réussite que sa spécificité rend intransposable

Consciente du caractère de référence de cette chaîne, créée en 1922 sous une forme radiodiffusée, la direction de l'audiovisuel extérieur du ministère des affaires étrangères a fait réaliser une étude sur les leçons que la France pouvait tirer de l'action internationale de la BBC. Les principaux éléments en sont les suivants :

(1) Présentation de la BBC

La BBC est bien plus qu'une entreprise audiovisuelle : ses 24 000 salariés concourent à des activités très diverses, allant de la publication de magazines populaires au télé-enseignement, et la radio et la télévision.

Le poids financier de la BBC est considérable. Ses ressources (5,1 milliards d'euros) sont plus de 50 % supérieures à celles de l'ensemble de l'audiovisuel public français au sens large (3,3 milliards d'euros hors transactions inter-entreprises). Cette capacité financière s'appuie sur un financement public élevé et sécurité : redevance par foyer supérieure de 45 % à la redevance française : dotation du Foreign Office à la radio extérieure (281 millions d'euros) près de deux fois et demie supérieure au financement public de RFI ; garantie de croissance de la redevance jusqu'en 2006 en contrepartie d'un engagement à ramener les frais de structure de 24 % à 15 % du budget.

Au-delà de la préservation de parts d'audience nationale très significatives (40 % en télévision sur un marché très concurrentiel, 50 % en radio où le marché est moins ouvert), le poids financier de la BBC lui a permis (à la différence du service public français) d'investir massivement dans deux domaines stratégiques à long terme :

a) la production de ses programmes, dont elle assure en général l'intégralité du financement, ce qui lui confère la maîtrise des droits, notamment à l'international ;

b) les activités Internet, dans lesquelles elle investit 92 millions d'euros par an (hors BBC Worldwide). Le résultat est que la BBC est de très loin le leader européen, aussi bien pour l'exportation de programmes audiovisuels que pour l'exploitation de sites Internet de contenus.

(2) La présence de la BBC sur le marché international

Entreprise juridiquement unique, la BBC est pourtant loin d'être monolithique dans son développement international : elle s'appuie sur huit entités distinctes qui ont des modes de financement et d'organisation très différents les uns des autres :

BBC News est un département de la BBC qui regroupe la plupart des journalistes du groupe (hors sports), soit 2.000 personnes (dont 250 à l'étranger). Cette « super-rédaction » alimente l'ensemble des journaux des chaînes nationales de radio et de télévision du groupe, trois services d'information continue national (Radio 5 Live et BBC News 24) et internationale (BBC World), et les sites Internet du groupe, ainsi que, pour partie, BBC World Service (la radio internationale), qui seule conserve une rédaction indépendante (en principe complémentaire de BBC News).

BBC Worldwide est une filiale à 100 % regroupant l'ensemble des activités commerciales de la BBC. Son chiffre d'affaires (954 M€ en 2001) est trompeur car constitué majoritairement de recettes provenant du marché national, notamment, à 51 %, de l'activité de publication dont Radio Times (le « Télé7 jours » britannique, particulièrement rentable). BBC Worldwide est néanmoins le premier exportateur de programmes européens avec un chiffre d'affaires de 243 M€ et investit chaque année 110 M€ dans les programmes produits par la BBC.

BBC World, chaîne de télévision d'information continue lancée en 1991, est éditée par BBC News (où elle dispose d'équipes dédiées) et commercialisée par BBC Worldwide. Son budget est de 60 M€ et son chiffre d'affaires de 42 M€. Elle est reçue par 79 millions de foyers en canal plein et 100 millions en canal partagé4(*)

BBC Prime, chaîne qui propose à l'international une sélection de programmes BBC de fiction/divertissement sans information, est également commercialisée (notamment auprès des expatriés britanniques) par BBC Worldwide. Elle touche 10 millions de foyers.

BBC World Service, intégralement financé sur un budget spécial du Foreign Office, regroupe la radio internationale (1.200 personnes, 281 M€) et un service de surveillance et de renseignement (BBC Monitoring - 480 personnes, 34 M€) créé au moment de la guerre froide. La chaîne estime avoir 153 millions d'auditeurs.

BBCi produit les sites internent gratuits et sans publicité de la BBC, notamment à partir des ressources de BBC News et de BBC World Service en ce qui concerne l'information générale en anglais et en langues étrangères.

BBC Worldwide, entreprise publique commerciale agissant dans un environnement très concurrentiel et « pompe à finances » du groupe, présente de nombreux avantages. En séparant strictement les fonctions d'édition et de commercialisation, elle contribue à la crédibilité éditoriale qui est l'une des forces de la BBC. Son statut lui permet de développer des partenariats et des filiales communes avec de nombreux partenaires privés à l'étranger. L'existence d'une structure de commercialisation commune à plusieurs chaînes et à l'ensemble des programmes produits par la BBC améliore le rapport de forces avec les distributeurs (câble, satellite) et les acheteurs. Enfin, BBC Worldwide est soumise à des règles très strictes dans ses relations avec la BBC, de façon à éviter les distorsions de concurrence auxquelles les opérateurs privés britanniques sont très attentifs.

La réussite financière de BBC Worldwide est impressionnante (954 M€ de recettes, 156 M€ de cash flow en 2001 ; objectif 2006 : 1.625 M€ de chiffre d'affaires et 325 M€ de cash flow) et lui permet de financer des opérations déficitaires, comme BBC Worls, alors que sa maison-mère n'aurait pu le faire. Pour autant, ce modèle n'est pas non plus transposable en France, où l'audiovisuel public ne dispose pas des deux atouts commerciaux qui sont à l'origine de ces résultats.

Enfin, cette étude souligne que les chaînes d'information continue, quels que soient leurs moyens et leurs qualités, obtiennent des scores d'audience très faibles partout dans le monde. Ainsi, les quatre chaînes d'information en français (LCI, i-Télévision, Euronews et Bloomberg) cumulent moins de 2 % d'audience chez les 20 % de foyers français qui les reçoivent. De même, la part d'audience cumulée des trois chaînes en langue anglaise (CNN, BBC World et Sky News) ne dépasse pas 0,3 % chez les quelques millions de foyers français qui les reçoivent. Cette étude présente l'intérêt de démontrer en quoi BBC World est une réussite spécifique, et qu'il convient donc d'élaborer pour la France un autre modèle.

* 4 TV5 touche 132 millions de foyers en canal plein.