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CHAPITRE II -

LA POSTE À LA CROISÉE DES CHEMINS

I. UNE AMBITION AFFICHÉE EN VUE DE L'OUVERTURE À LA CONCURRENCE

A. UN ÉQUILIBRE FINANCIER ENCORE FRAGILE À LA VEILLE DE L'OUVERTURE À LA CONCURRENCE DES MARCHÉS POSTAUX

1. Un chiffre d'affaires qui croît plus vite que celui de la poste allemande mais qui n'en représente encore que la moitié

En 2003, le chiffre d'affaires des postes européennes a connu une croissance de 2,8 % en moyenne, bien inférieure à celle des années précédentes. Ce tassement peut s'expliquer par la fin des grandes opérations de croissance externe des opérateurs postaux mais aussi par la stagnation, voire la baisse déjà sensible de l'activité courrier, tant en valeur qu'en volume.

Dans ce contexte, le chiffre d'affaires total du groupe La Poste s'est amélioré de 3,9 % en 2003, pour s'élever à 18 milliards d'euros en 2003, hausse soutenue par la hausse tarifaire du courrier, la bonne tenue des activités express et colis et la légère croissance des services financiers. Votre rapporteur pour avis relève que ce taux de croissance du chiffre d'affaires dépasse celui enregistré par la poste allemande sur la même période, soit 1,9 %.

Si l'écart cesse de se creuser entre la poste française et la poste allemande, il reste considérable : le chiffre d'affaires total de la poste allemande représente toujours 2,2 fois celui du groupe La Poste, alors qu'ils étaient équivalents en 1997 (environ 14 milliards d'euros)...

 

Chiffre d'affaires en millions d'euros

Évolution

 

2001

2002

2003

2002/2001

2003/2002

La Poste

17.028

17.325

18.004

1,7 %

3,9 %

DPWN

33.379

39.255

40.017

17,6 %

1,9 %

ACTIVITE ET RÉSULTATS DU GROUPE LA POSTE
(en millions d'euros)

 

1999

2000

2001

2002

2003

Chiffre d'affaires

15315

15980

17030

17325

18004

Résultat d'exploitation

593

420

182

93

310

Résultat financier

(172)

(141)

(146)

(81)

(83)

Résultat net (part du groupe)

283

139

(95)

34

202

En 2003, le chiffre d'affaires du courrier a progressé, grâce à la hausse tarifaire -de 3,5 %-, malgré une baisse -de 0,9 %- du volume traité, pour la première fois dans l'histoire de La Poste. Celui du colis3(*) s'est accrû de 5,8 % grâce à la montée en gamme de la demande vers des produits à haute valeur ajoutée et à l'adaptation des tarifs. Le chiffre d'affaires de l'activité express a suivi la même tendance (+5,2 %) en vertu du développement de nouveaux produits express domestiques et internationaux et grâce à la progression des volumes de Geopost en Europe (qui a en outre renouvelé son accord commercial avec Fedex4(*) pour les dix ans à venir). Pour leur part, les services financiers n'ont vu leur chiffre d'affaires progresser que de 0,9 % dans un contexte difficile (faiblesse des taux et des flux d'épargne boursière).

Finalement, le résultat net (part du groupe) dégagé en 2003 est en hausse sensible par rapport à 2002, puisqu'il atteint 202 millions d'euros, contre 34 millions d'euros l'an passé.

Les résultats du groupe La Poste au premier semestre 2004, publiés en septembre 2004, sont également encourageants et confirment la tendance : le chiffre d'affaires du groupe s'est élevé à 9,5 milliards d'euros sur ce trimestre, soit une hausse de 6,3 % par rapport au premier trimestre 2003.

Le chiffre d'affaires courrier, qui atteint 5.634 millions d'euros, affiche une progression de 6,7 %, mais, hors effet de la hausse du prix du timbre en juin 2003, le courrier enregistre en fait une baisse de 1,6 % de son chiffre d'affaires. Sur l'année, une baisse de 2 % du volume est attendue par La Poste.

Le chiffre d'affaires de l'express, à 1.148 millions d'euros, est en hausse de 8 %, grâce au positionnement spécifique de La Poste sur les produits « rapides » et à sa solide implantation sur les principaux marchés européens, soit en propre, soit sous forme de partenariats (notamment en Italie, Espagne, Suède, Pologne, Russie5(*)...). L'activité colis croît de 6,5 % à 540 millions d'euros.

Pour les services financiers, dans un contexte de concurrence vive et de taux d'intérêt bas, le produit net bancaire atteint 2,1 milliards d'euros, en croissance de 4,5 %, notamment grâce au développement des activités d'assurance-vie et prévoyance.

Enfin, l'évolution globale des charges d'exploitation a été limitée à +2,6 %, ce qui traduit d'importants efforts de maîtrise des coûts.

Ainsi, le résultat net part du groupe atteint 383 millions d'euros, soit le double du premier semestre 2003. Mais le groupe reste prudent pour les résultats de l'ensemble de l'année 2004, le dernier trimestre étant déterminant.

2. Une rentabilité toujours précaire

Par rapport à DPWN et TPG, ses principaux concurrents, la rentabilité d'exploitation du groupe La Poste reste extrêmement fragile et marquée à la fois par sa structure de coûts fixes et par ses handicaps de productivité (internes et externes). L'évolution du ratio résultat d'exploitation/chiffre d'affaires met en évidence le retard de compétitivité persistant de La Poste, malgré la légère amélioration constatée en 2003.

Résultat d'exploitation/CA

2003

2002

La structure du chiffre d'affaires de La Poste complique l'amélioration de la rentabilité : le chiffre d'affaires courrier représente encore 58,9 % du chiffre d'affaires total du groupe La Poste en 2003, alors que la poste allemande a ramené son chiffre d'affaires courrier à seulement 27,2 % de son chiffre d'affaires total6(*). Les prévisions de recul du volume de l'activité courrier et la concurrence accrue sur ce moindre volume augurent de difficultés particulièrement aiguës pour le groupe La Poste, par rapport à ses concurrents principaux, qui ont déjà diversifié leur portefeuille d'activités en s'investissant plus dans les métiers de l'express et de la logistique et qui se sont développés à l'international7(*).

La diversification a permis de rééquilibrer les portefeuilles, de rendre moins vulnérables les opérateurs et de contribuer à rentabiliser les infrastructures (notamment les bureaux de poste). Les opérateurs ont tous utilisé ce levier, à des degrés divers : alors que le groupe La Poste a simplement transféré dix points de son chiffre d'affaires de l'activité courrier vers l'activité express de 1996 à 2003, l'opérateur hollandais TPG a divisé par trois la part du courrier dans son chiffre d'affaires et assure aujourd'hui trois métiers qui contribuent à part égale à son chiffre d'affaires : courrier, express et logistique.

Pour tous les opérateurs, la rentabilité provient encore majoritairement de l'exploitation du marché du courrier mais elle varie selon les opérateurs en fonction de l'intensité de la «rente du monopole» (dont la disparition est programmée avec la libéralisation du marché du courrier) et des contraintes qui pèsent sur lui (missions de service public, statuts des personnels).8(*)

Le prix du timbre constitue donc un paramètre important pour l'équilibre financier de La Poste. Votre commission, par la voix de son ancien président, M. Gérard Larcher, auteur de plusieurs rapports d'information sur La Poste9(*), avait déjà mis l'accent sur la pertinence de la stratégie tarifaire de l'opérateur allemand qui avait mis à profit la période du monopole pour engranger, grâce à un prix du timbre élevé, une rente de monopole permettant de financer sa modernisation et d'améliorer sa rentabilité.

M. Jean-Paul Bailly, président du groupe La Poste, a demandé au ministre délégué à l'industrie, début octobre 2004, de porter de 50 à 55 centimes le prix du timbre, déjà réévalué de 46 à 50 centimes d'euros en juin 2003. Votre rapporteur pour avis ne peut que soutenir cette demande, qui permettra d'accumuler, pendant le peu de temps qu'il reste, une marge accrue -300 millions d'euros par an-, d'autant plus que cette demande est conforme à la trajectoire financière définie entre l'Etat et La Poste, dans le cadre du contrat de plan, et aurait dû normalement intervenir à l'été 2004 .... Il ne faudrait pas, en effet, qu'un prix élevé du timbre10(*) entrave la compétitivité du groupe La Poste au moment de l'ouverture totale à la concurrence du marché du courrier.

* 3 Le groupe La Poste représente 10 % du marché européen du colis, ce qui en fait le troisième opérateur européen du colis.

* 4 Permettant aux clients de La Poste de bénéficier de l'accès au réseau aérien européen et intercontinental de Fedex.

* 5 En 2003, Geopost a créé de nouvelles joint-ventures en Turquie, Hongrie, et Croatie.

* 6 Le reste du chiffre d'affaires du groupe La Poste est constitué par le colis-express à hauteur de 18 % et par les services financiers à hauteur de 23 % ; la poste allemande effectue, pour sa part, 39 % de son chiffre d'affaires sur l'express, 14 % sur la logistique et 19 % sur les services financiers.

* 7 En 2003, la poste hollandaise réalise 70 % de son chiffre d'affaires à l'international, devant la poste allemande (42 %) et loin devant la poste française (12 %).

* 8 A partir du 1er février 2005.

* 9 En 1997 et 1999 puis encore en 2003, le rapport d'information n° 344 « La Poste : le temps de la dernière chance » au nom de la commission des affaires économiques et du groupe d'études « poste et télécommunications » du Sénat.

* 10 55 centimes est également le prix du timbre en Allemagne aujourd'hui.

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