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B. LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES PROBABLES

Tant les économies occidentales que les économies émergentes sont organisées autour du pétrole, qui en constitue une composante déterminante. Le doublement du prix du pétrole enregistré depuis plus d'un an ne peut donc être neutre. Il convient donc d'analyser avec finesse les différents effets de la hausse du prix du pétrole et ses conséquences économiques. Selon certaines analyses, une hausse durable du baril pourrait coûter plus d'un demi-point de croissance à l'Europe et ces effets négatifs pourraient mettre trois ans à se dissiper.

D'un point de vue microéconomique, cette envolée a des conséquences directes sur le pouvoir d'achat des ménages. En effet, la répercussion de cette hausse sur les prix du fioul domestique, qui est utilisé dans environ un tiers des maisons françaises pour le chauffage, obère immédiatement le pouvoir d'achat des ménages. Or, cette répercussion est loin d'être négligeable car le prix du fioul domestique est en hausse de 31,7 % par rapport au premier trimestre 2004. Le secteur du transport aérien, gros consommateur de produits pétroliers (la consommation mondiale de kérosène est de 4 Mb/j soit 5 % de la consommation mondiale), est également affecté par cette évolution. Ainsi, la compagnie Air France a décidé d'augmenter ses tarifs de 11 euros par tronçon sur les vols long courrier.

D'un point de vue macroéconomique31(*), certaines analyses démontrent qu'une hausse des cours du pétrole de 10 dollars par baril pourrait réduire la croissance du commerce mondial de 1,5 point. En effet, l'augmentation du prix des produits pétroliers se traduit généralement par un effet dépressif sur l'activité et le commerce mondial.

Au niveau international, l'inflation qui résulte de cette hausse entraîne un transfert de richesses des économies importatrices nettes de pétrole vers les économies exportatrices nettes. Ainsi, l'impact d'un renchérissement des cours sur l'économie mondiale est négatif. Selon les estimations réalisées par la Direction de la prévision, à taux de change euro/dollar inchangé, une hausse durable du prix du pétrole de 10 dollars par baril (portant la valeur du baril à 35 dollars) pourrait coûter 0,5 point de croissance mondiale en moins en 2004. Toutefois, ces effets ne touchent pas, dans ce schéma, l'économie mondiale de manière uniforme : les pays de l'OCDE perdraient 0,4 point de PIB en 2004 et en 2005 (les prix à la consommation gagnant un demi point chaque année), ceux de l'Asie 0,8 point.

Le ministère de l'économie et des finances estime que la France est relativement protégée des effets récessifs d'une hausse du prix du pétrole par l'appréciation de l'euro et par son indépendance énergétique. Depuis les chocs pétroliers des années 70, la France a sensiblement réduit sa facture énergétique et sa dépendance énergétique. La part de la facture énergétique dans le PIB, qui avait atteint un point haut à 4% au début des années 80, a ainsi été réduite à 1,5% en 2003. Ce phénomène reflète, d'une part, la spécialisation croissante du pays dans des secteurs moins consommateurs de produits énergétiques (services, biens d'équipement à forte valeur ajoutée au détriment des biens intermédiaires de base) et traduit, d'autre part, le développement depuis trente ans de sources d'énergie alternatives, conjugué aux politiques publiques en faveur des économies d'énergie.

Malgré ces facteurs d'atténuation, il convient de relever qu'une hausse durable des prix du pétrole a pour effet :

d'augmenter les prix à la fois de la demande intérieure et des consommations intermédiaires ;

- de diminuer la demande. La hausse des prix énergétiques constitue un prélèvement sur l'économie nationale supporté par les agents intérieurs, ce qui occasionne une diminution de la consommation des ménages et de l'investissement ;

- d'augmenter les prix de production et d'affecter la compétitivité des exportateurs français.

Au total, l'effet exact d'une hausse durable des prix du pétrole ne peut être déterminé avec précision. Il dépend en effet des caractéristiques structurelles des économies et de l'état de la conjoncture. Toutefois, les modèles économétriques permettent de fixer des ordres de grandeur. Sur la base des résultats de ces modèles, on estime qu'une hausse de 5 dollars du prix du pétrole augmente l'inflation française de près de 0,5 point et diminue la croissance française de 0,2 point chacune des deux premières années

Si le prix du pétrole était durablement égal à 36 dollars le baril, l'euro étant égal à 1,2 dollars, la facture énergétique de la France serait plus élevée de 4,2 milliards d'euros et atteindrait 27 milliards d'euros (contre 22,71 en 2003). Au vu de ces estimations, rendues publiques par le ministère délégué au commerce extérieur, votre rapporteur pour avis, à titre personnel, s'interroge sur la pertinence de la prévision de croissance sur laquelle repose le projet de budget pour 2005 (+ 2,5 %), sachant que cette prévision s'appuie sur un scénario de détente graduelle du prix du pétrole qui redescendrait progressivement jusqu'à 35 dollars à la fin 2005, ce qui est loin d'être assuré. Votre rapporteur pour avis se demande si la hausse spectaculaire du prix du baril au cours du mois d'octobre, compte tenu de ses effets sur la croissance française, n'est pas de nature à affecter la sincérité du projet de budget présenté au Parlement.

* 31 Cette analyse est fondée sur le dossier de presse du ministère délégué au commerce extérieur présenté le 18 août 2004 (« Le commerce extérieur de la France au premier semestre 2004 »).

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