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Projet de loi de finances pour 2009 : Economie

 

B. LA CRISE ÉCONOMIQUE RISQUE D'AGGRAVER LES DIFFICULTÉS DU SECTEUR

Le secteur a connu ces deux dernières années une vague de concentrations capitalistiques, tant chez les producteurs (Fram, Look Voyages, TUI ou Jet Tour) que chez les distributeurs (Thomas Cook ou Prêt à Partir), qui témoigne des bouleversements auxquels il doit s'adapter. Si certaines opérations de croissance externe ou de rapprochements industriels s'apparentent à des mouvements qu'on observe à toutes époques, dans n'importe quelle activité, plusieurs d'entre elles ont aussi pour origine les difficultés rencontrées par l'opérateur absorbé.

A titre d'exemple, votre rapporteur pour avis citera le rachat, le 29 octobre 2008, par Karavel-Promovacances, du tour-opérateur Switch, propriétaire du site Internet Partirpascher.com et placé en redressement judiciaire le 8 octobre par le tribunal de commerce de Créteil. Au-delà des fraudes éventuelles, il est certain que la tension grandissante de l'économie, la hausse des prix des produits pétroliers au cours des trois premiers trimestres de l'année 2008 qui enchérissent les ventes à forfait et les voyages long-courriers, tout comme la baisse du pouvoir d'achat des Français, ont nécessairement pesé sur l'activité de cet opérateur.

Certes, au plan général, les premiers mois de l'année 2008 se sont inscrits dans la tendance antérieure relativement satisfaisante pour le secteur. Le volume de la billetterie aérienne du premier semestre serait quasiment identique à celui du premier semestre 2007 : + 0,7 % d'activité pour une hausse de chiffre d'affaires de + 3,9 %. On constate cependant un tassement du long courrier balnéaire au profit du moyen courrier, en raison des surcoûts extrêmement importants liés au prix du carburant. De même, la facturation de billetterie ferroviaire en agence s'est accrue de 12 % entre août 2007 et août 2008.

Toutefois, le marché français du tourisme risque d'être fortement affecté par la brutale aggravation du cycle économique faisant suite à la crise financière, venue des Etats-Unis mais désormais mondiale.

Dans ce contexte dégradé, les agences de voyage sont placées en première ligne, d'autant que la période octobre-novembre est déjà pour elles traditionnellement délicate. Or, sur ces deux mois 2008, les réservations de tourisme enregistrent une baisse de 30 % qui touche tous les segments, non seulement les longs et moyens-courriers, mais aussi celui de l'hôtellerie et des vacances de Noël.

En ce qui concerne les séjours à la montagne, les professionnels minimisent dans la presse ce dernier impact pour de compréhensibles raisons marketing, mais la première semaine de décembre, qui enregistre habituellement les plus nombreuses ventes de séjours à la neige, sera à cet égard déterminante. En tout état de cause, de fortes remises de prix ont commencé à être accordées dès la mi-novembre, c'est-à-dire un mois avant les promotions traditionnelles de Noël : le chiffre d'affaires du secteur en sera naturellement affecté. Quant aux séjours exotiques, ils sont également touchés, en particulier le long-courrier, destinations pour lesquelles des promotions sont également d'ores et déjà proposées avec plusieurs semaines d'avance.

S'agissant de la billetterie d'affaires, la situation est également préoccupante, avec un résultat depuis la rentrée scolaire d'environ - 10 %. Le volume d'activité reste actif, les entreprises ayant d'autant plus besoin de contacter leurs clients que la crise les fragilise, mais c'est le contenu en valeur qui se transforme : ainsi, alors que la moyenne de la billetterie d'affaires « sous contrainte » (billets non modifiables et non remboursables, donc aux prix attractifs) se situe traditionnellement autour de 15 % du volume, cette proportion a doublé pour atteindre 30 % aujourd'hui. Ceci témoigne de l'attention renforcée des entreprises à l'égard de ce poste de dépenses.

Les professionnels du secteur craignent donc que la tendance récessive de l'économie perdure, ce qui leur serait extrêmement préjudiciable. En effet, en période de crise économique, ce sont les dépenses de confort et de loisir qui sont en priorité reportées. Le segment de la restauration a déjà connu cette réalité ces derniers mois, quand l'activité commençait à ralentir. Si la crise s'installe, ce sera désormais au tour des agences de voyage d'en subir les effets, avec un risque certain, compte tenu des caractéristiques de ce secteur, d'en être durablement pénalisées.

Les anticipations de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT)

Selon l'OMT, la croissance du tourisme international devrait être de 2 % en 2008 et « au mieux stable en 2009 ». Il s'agit donc d'un brutal coup d'arrêt à la croissance enregistrée ces dernières années (de 4 à 5 % par an). Et encore, cette évolution est anticipée sous réserve d'une stabilisation du contexte économique et financier international : « Si la crise reste sous contrôle, les résultats du secteur ne seront pas bons, mais a priori, il devrait se monter plus résistant que les autres secteurs que sont la finance, l'immobilier ou l'automobile », a déclaré M. Francesco Frangialli, secrétaire général de l'OMT.

L'optimisme tempéré de l'OMT se fonde sur la contribution croissante au tourisme international des pays émergents, tels que la Chine, ainsi qu'à la modification du comportement des consommateurs, plus enclins que dans le passé à tenter de préserver leurs activités touristiques en cas de difficultés budgétaires passagères, quitte à les adapter en voyageant moins loin, moins longtemps et de manière plus économique.

Mais un changement radical de comportement des touristes interviendrait si la crise s'aggravait. Comme le relève M. Frangialli : « Si l'on est sur le point de perdre son emploi ou dans l'incapacité de rembourser son emprunt, on ne part pas ». Ainsi, l'avenir immédiat du secteur au plan mondial est-il étroitement tributaire de la capacité des économies, notamment occidentales, à rebondir rapidement.

Source : Le Monde du mercredi 26 novembre 2008

Ce qui est vrai au niveau mondial, « tiré » par l'accession au tourisme de populations nombreuses, l'est d'autant plus au niveau français, dont le marché touristique est très largement mature. D'autant que l'OCDE a officiellement annoncé, le 25 novembre 2008, que la France serait frappée par une récession de - 0,4 % l'an prochain ainsi que par une aggravation du chômage en 2009 et 2010.

Les inquiétudes pour l'année 2009, voire les suivantes, sont donc naturelles, comme l'indique la forte couverture médiatique des difficultés du secteur des agences de voyages depuis la mi-octobre 2008. Aussi M. Georges Colson, président du SNAV, a-t-il récemment demandé au secrétaire d'Etat chargé du tourisme d'accorder une attention toute particulière au secteur. Il s'agirait en particulier, en cette période de difficultés de trésorerie et de tensions sur le crédit bancaire, de mobiliser les soutiens financiers accordés par OSEO afin de permettre aux entreprises les plus en difficulté de passer le cap. Votre rapporteur pour avis soutient naturellement cette demande. Toutefois, elle observe qu'elle sera insuffisante si aucune reprise ne s'amorce durant l'année 2009. Dans cette hypothèse, il sera sans doute nécessaire d'envisager un plan de soutien plus large, à l'instar (bien que dans des proportions considérablement moindres en termes de masses financières en jeu) du plan de soutien à l'agriculture adopté le 12 novembre dernier par le gouvernement.

Lors d'une réunion tenue le 26 novembre 2008, la commission des affaires économiques, suivant la proposition de MM. Gérard Cornu et Pierre Hérisson, rapporteurs pour avis, a donné un avis favorable à l'adoption des crédits de la mission « Economie » ainsi qu'à ceux du compte d'affectation spéciale « Gestion et valorisation des ressources tirées de l'utilisation du spectre hertzien » inscrits dans le projet de loi de finances pour 2009, Mme Odette Terrade, rapporteur pour avis, ayant exprimé un avis contraire et le groupe socialiste ainsi que le groupe communiste républicain et citoyen votant contre.