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Projet de loi de finances pour 2009 : Défense - Equipement des forces

 

B. L'AVANCEMENT DES PROGRAMMES NUCLÉAIRES

Les grands programmes de renouvellement de nos forces nucléaires vont franchir une étape significative au cours de la prochaine loi de programmation militaire.

La composante aéroportée bénéficiera de la mise en service du nouveau missile ASMP/A en 2009 alors que l'admission au service actif du 4ème SNLE-NG équipé du nouveau missile balistique M 51 est prévue pour 2010.

Quant au programme de simulation, les principaux travaux d'infrastructure du laser mégajoule sont en voie d'achèvement, l'équipement des chaînes laser ayant démarré.

1. La composante océanique

La livraison du 4ème sous-marin nucléaire lanceur d'engins de nouvelle génération (SNLE NG), le Terrible, à la Force océanique stratégique (FOST) entre dans sa phase terminale. Le bâtiment a été transféré sur son dispositif de mise à l'eau en mars 2008 et la divergence de la chaufferie nucléaire est intervenue cet automne. Le début des essais à la mer est prévu en 2009 et l'admission au service actif en 2010. Le Terrible sera directement équipé du nouveau missile balistique M 51.

Le 6ème et dernier sous-marin de la série « Redoutable », l'Inflexible, a été retiré du service en janvier 2008 et devra être démantelé.

Depuis le début de l'année, le format de la FOST est ainsi temporairement ramené à trois sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. Il s'agit d'une situation comparable aux périodes durant lesquelles un sous-marin se trouve en grand entretien. Elle ne remet pas en cause la tenue de la posture, qui prévoit la permanence à la mer d'un sous-marin, et de deux si nécessaire.

Les dotations prévues sur le programme SNLE NG en 2009 s'élèvent à 99,4 millions d'euros d'autorisations d'engagement et 281,9 millions d'euros de crédits de paiement. Les paiements prévus sur les engagements passés avant fin 2009 sont de 66 millions d'euros en 2010, année d'achèvement du programme.

Le missile balistique M 51 destiné à équiper la FOST à compter de 2010 prendra la suite des missiles de la génération M 4 entrée en service en 1985, dont est issu le M 45 actuel et dont certains composants ou certaines technologies deviennent désormais obsolètes. Le M 51 est un missile à têtes multiples d'une portée de l'ordre de 6 000 km. Plus volumineux que le M 45, il est conçu pour emporter, sans perte de portée pour un même nombre de têtes, les futures têtes nucléaires océaniques (TNO) élaborées à partir du concept de « charges robustes », validé lors de la dernière campagne d'essais dans le Pacifique. Avec le M 51, les zones de patrouilles seront plus étendues, les profils de vols plus variés et les secteurs géographiques atteignables plus nombreux. La capacité de pénétration du missile sera accrue pour tenir compte de l'évolution des défenses antimissiles. Sa précision supérieure permettra de mieux sélectionner les objectifs.

Le développement du missile M 51 a débuté en 2000 et la fabrication du premier des deux lots commandés, sur trois prévus, a commencé en fin d'année 2004. Le M 51 a effectué trois tirs d'essai réussis depuis le Centre d'essais des Landes, dont le dernier, réalisé le 13 novembre dernier, était réalisé à partir d'un caisson immergé dans une piscine de 100 mètres de profondeur construite spécialement à cet effet. Les essais à la mer proprement dits devront être réalisés sur le Terrible, le tir de synthèse étant prévu en fin d'année 2009.

Dans un premier temps, le M 51 emportera les têtes nucléaires TN 75 actuellement en service. A cette première version appelée M 51.1 succèdera, à compter de 2015, une seconde version appelée M 51.2 équipée de la TNO ainsi que de nouvelles aides à la pénétration plus performantes. Le marché de conception de cette version a été notifié à la fin de l'année 2006.

Les deux premiers lots de missiles M 51 ont été commandés en 2004 et 2006. Le troisième et dernier devrait l'être en 2009.

Les dotations prévues sur le programme M 51 en 2009 pour le développement et la fabrication du M 51 s'élèvent à 732,6 millions d'euros d'autorisations d'engagement et 632,9 millions d'euros de crédits de paiement. Les flux de paiements prévus sur les engagements passés avant fin 2009 sont évalués à 468,8 millions d'euros en 2010 et 346 millions d'euros en 2011.

Le projet de budget met également en place des dotations pour le programme d'adaptation au missile M 51 des trois premiers SNLE NG. Il s'agit de développer, à l'aide de différents moyens d'essai, la composante embarquée du système d'armes de dissuasion M 51 (CESAD M 51) qui sera installée à bord des trois bâtiments. La commande de la première adaptation est intervenue fin 2006. Les dotations prévues en 2009 s'élèvent à 182,2 millions d'euros d'autorisations d'engagement et 123,7 millions d'euros de crédits de paiement.

Enfin, dans le cadre du soutien des forces sous-marines, les crédits prévus pour le maintien en condition opérationnelle des SNLE NG s'élèveront à 220 millions d'euros.

Pour la composante océanique, les principales évolutions à réaliser au cours de la prochaine loi de programmation militaire concernent l'adaptation de deux des trois premiers SNLE-NG au M 51 et la réalisation de la tête nucléaire océanique « robuste », qui n'entrera cependant en service qu'à l'horizon 2015.

2. La composante aéroportée

L'évolution de la composante aéroportée sera marquée d'une part, par la mise en service du nouveau missile ASMP/A (air sol moyenne portée améliorée) sur Mirage 2000N en 2009 puis sur le Rafale au standard F3 en 2010, et d'autre part, par la réduction de format annoncée par le Président de la République le 21 mars 2008.

Les forces aériennes stratégiques, actuellement composées de trois escadrons de Mirage 2000N, ne comporteront plus que deux escadrons. L'adaptation du Mirage 2000N à l'ASMP/A (programme Mirage 2000N - K3) sera ainsi limitée à un seul escadron qui sera opérationnel en 2009. Cet escadron devrait être retiré du service à l'horizon 2018 pour être remplacé par un escadron Rafale. Le premier escadron Rafale doté de l'ASMP/A devrait quant à lui être opérationnel en 2010. C'est également en 2010 que devrait être constituée une première capacité opérationnelle de Rafale équipés de l'ASMP/A sur le porte-avions Charles de Gaulle.

En conséquence, la commande d'un 3ème lot de missiles ASMP/A a été abandonnée, le programme se limitant aux deux lots déjà commandés entre 2005 et 2007. D'après les documents budgétaires, 60 % du 1er lot devrait avoir été livré en 2009.

Le missile ASMP/A disposera d'une portée et d'une capacité de pénétration des défenses nettement supérieures à celles de l'ASMP. Il sera équipé de la nouvelle tête nucléaire aéroportée (TNA) dont la fabrication a commencé au printemps 2007.

Les dotations prévues en 2009 pour le développement et la fabrication de l'ASMP/A s'élèvent à 44,2 millions d'euros d'autorisations d'engagement et 190,9 millions d'euros de crédits de paiement.

3. Le programme de simulation

La simulation doit fournir les moyens de garantir la fiabilité et la sûreté des armes nucléaires en l'absence d'essais en vraie grandeur. Elle permettra d'évaluer les conséquences du vieillissement des charges sur les armes actuelles et de valider les futures têtes nucléaires dotées de charges « robustes », en vérifiant que leurs caractéristiques sont compatibles avec les modèles définis à la suite de la dernière campagne d'essais. Enfin, à plus long terme, la simulation fournira aux concepteurs n'ayant pas été confrontée aux essais des calculateurs et des moyens expérimentaux leur permettant de confronter leurs calculs à l'expérience.

Le programme simulation implique un développement considérable de la capacité de calcul de la direction des applications militaires du CEA et s'appuie sur deux grands équipements expérimentaux : la machine radiographique Airix, destinée à l'étude du fonctionnement non nucléaire des armes, et le laser mégajoule, destiné à l'étude du domaine thermonucléaire. Le calendrier de mise en service de ce dernier a été revu et légèrement décalé.

L'augmentation des moyens de calcul, développée dans le cadre du projet Tera, se déroule selon le calendrier prévu, en cohérence avec les besoins de la réalisation de la tête nucléaire aéroportée et de la tête nucléaire océanique. Le CEA dispose depuis 2002 d'une machine « 1 teraflop/seconde soutenu » (1000 milliards d'opérations par seconde) qui a multiplié par 100 sa capacité de calcul par rapport à 1996. Une deuxième machine de capacité dix fois supérieure (Tera 10), réalisée par la société française Bull, est entrée en service à l'été 2006. La dernière phase (Tera 100), prévue pour 2010, visait à acquérir une capacité 10 fois supérieure à la capacité actuelle (100 teraflops/seconde soutenu), soit 10 000 fois la capacité détenue en 1996. Toutefois, les évaluations effectuées depuis la conception initiale font apparaître des besoins supplémentaires, si bien qu'un doublement de la puissance de calcul estimée pour Tera 100, soit 20 fois Tera 10, est envisagé.

La machine radiographique AIRIX, située à Moronvilliers dans la Marne, est opérationnelle, dans sa version initiale, depuis fin 2000. Elle est vouée à l'analyse de la dynamique des matériaux et permet d'étudier le fonctionnement non nucléaire des armes, à l'aide d'expériences au cours desquelles les matériaux nucléaires sont remplacés par des matériaux inertes. Il est envisagé de faire évoluer l'instrument actuel, qui comporte un seul axe de visée, afin d'obtenir au cours d'une même expérience davantage de clichés et sous des angles différents. Des études de faisabilité sont en cours pour définir la solution optimale en termes de nombre d'axes de visée, de nombre de flashs et de coût pour cette future installation dont le développement pourrait être lancé au cours de la prochaine loi de programmation militaire, pour une livraison qui serait envisagée vers 2015.

Enfin, le laser Mégajoule qui sera installé au Barp, en Gironde, constitue l'investissement le plus important du programme de simulation. Il est destiné à l'étude du domaine thermonucléaire. Il permettra de déclencher une combustion thermonucléaire sur une très petite quantité de matière et de mesurer ainsi les processus physiques élémentaires. Le développement du projet doit s'effectuer en plusieurs étapes. La ligne d'intégration laser (LIL), prototype à 8 faisceaux du futur laser qui en comportera 240, a été mise en service en 2004. Elle est dotée d'une chambre d'expérimentation et de moyens de mesures qui en font un moyen expérimental à part entière parmi les lasers les plus puissants du monde. L'installation de la première ligne du laser mégajoule a commencé à l'automne 2007.

Au vu des résultats obtenus sur la LIL depuis sa mise en service, des progrès scientifiques réalisés depuis le lancement du programme et des perspectives financières, un nouveau calendrier a été arrêté l'an dernier. La mise en fonctionnement des 240 faisceaux et les premières expériences d'ignition et de combustion thermonucléaire sont désormais prévues pour fin 2014, au lieu de fin 2012.

L'ensemble du programme de simulation représente un coût global de 6,4 milliards d'euros 2008. D'après les informations fournies à votre rapporteur, le coût de fonctionnement des moyens de la simulation représentera moins de la moitié de celui des essais en grandeur réelle réalisés au Centre d'expérimentation du Pacifique.

Enfin, comme votre commission l'a déjà souligné, les grands équipements liés à la simulation, c'est-à-dire le laser mégajoule et les moyens informatiques du CEA, seront ouverts à la communauté scientifique civile. Un Institut laser et plasmas a notamment été créé en Aquitaine en 2002 pour favoriser l'accès de la communauté civile à l'ensemble des moyens lasers du CEA.