C. LA POLITIQUE DE COOPÉRATION DE SÉCURITÉ ET DE DÉFENSE

1. La coopération de sécurité et de défense, un outil d'influence de premier plan

La direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) déploie l'expertise française auprès de pays partenaires en vue de renforcer leurs capacités de sécurité et de défense. Cette politique vise aussi à développer notre influence tout en assurant une meilleure diffusion de nos valeurs. Le choix de confier à une direction unique du ministère des affaires étrangères la conception et la mise en oeuvre de coopérations structurelles, plutôt que d'en laisser l'initiative aux ministères métiers - intérieur, justice, défense... - est une spécificité française.

L'activité de la DCSD consiste essentiellement en de la formation : la direction envoie à cette fin des coopérants, issus principalement des armées, de la gendarmerie, de la police et des douanes, dans une cinquantaine d'académies, et pilote elle-même une vingtaine d'écoles nationales à vocation régionale (ENVR). Ont par exemple ce statut l'école d'administration des forces de défense à Libreville, au Gabon, ou bien l'école internationale de perfectionnement à la pratique de la police judiciaire de Djibouti, toutes deux créées en 2023.

Carte du réseau des coopérants de la DCSD 2022-2023

Source : DCSD.

Le changement de contexte politico-sécuritaire survenu ces derniers mois en Afrique de l'Ouest a eu des effets ambigus. Il a certes conduit à des ajustements : la relocalisation de l'Institut supérieur de logistique de Ouagadougou est à l'étude, l'avenir de l'Institut supérieur d'études de protection civile de Ouagadougou et de l'École des personnels paramédicaux des armées de Niamey est à ce stade incertain, et l'activité de l'Académie des frontières au Niger est gelée. Mais la demande de coopération avec la France, qui dispose d'un vrai savoir-faire, est toujours forte, et les candidats à la reprise de ces établissements sont ainsi nombreux dans la région.

Les projets pour 2024 sont nombreux ailleurs en Afrique. Citons par exemple la création d'une école de systèmes d'information et de commandement en Côte d'Ivoire, la création d'une école de sécurité environnementale des parcs naturels en Afrique centrale, ou encore l'accompagnement de la transformation en ENVR de l'École de Guerre Terre de Kinshasa, en République démocratique du Congo.

Réseau des écoles de sécurité et de défense soutenues par la DCSD

Source : DCSD.

2. Un outil d'influence encore sous-utilisé

Une réflexion est en cours depuis la fin 2022 sur la nature de ces écoles et la modernisation du pilotage par la DCSD. Celle-ci repose sur plusieurs piliers.

D'abord, celui du repositionnement géographique. Il s'agit, d'une part, de réorienter la présence française en Afrique au profit de grands pays pivots et de l'Afrique orientale et australe et, d'autre part, de miser davantage sur l'indopacifique, l'Europe continentale et les pays d'intérêt de la zone Afrique du Nord-Moyen Orient. La DCSD se fixe ainsi :

- dans la zone indopacifique : le lancement du projet d'école régionale de sécurité maritime au Sri Lanka, et un projet régional de sécurité des infrastructures portuaires devrait également démarrer en 2024, sous financement européen ;

- dans la zone Afrique du Nord-Moyen Orient : outre la poursuite des actions de coopération avec le Maroc, le Liban, la Jordanie et la Tunisie, un effort sera fait avec la Libye, notamment en matière de protection civile et de douanes ;

- dans les Balkans occidentaux : l'achèvement en 2024 du projet EVOFINDER relatif à la lutte contre les trafics illicites d'armes à feu de petit calibre, et l'inauguration du projet monté conjointement avec la Slovénie d'école régionale de cybercriminalité au Monténégro (C3BO), qui a dispensé sa première formation en mai 2023 ;

- en Amérique latine et dans les Caraïbes : la poursuite de la coopération avec la police haïtienne et des actions de protection civile et de lutte contre les stupéfiants.

Au plan thématique, la DCSD s'attache à développer son action sur des enjeux nouveaux, de fort intérêt pour la France en termes de retour en sécurité et en termes d'influence, et faisant l'objet d'une forte demande des pays partenaires, tels que : la cybersécurité, la protection civile et la sécurité environnementale, la sécurité maritime, et la lutte contre l'immigration clandestine.

La modernisation de la doctrine d'emploi des ENVR est également en chantier. Il s'agit :

- d'internationaliser le financement et/ou la gouvernance des écoles. L'Union européenne a par exemple rendu possible le programme de soutien aux centres de formation africains à la paix et à la sécurité, où figurent cinq des écoles soutenues financièrement par la DCSD. L'Académie internationale de lutte contre le terrorisme de Côte d'Ivoire a, pour sa part, bénéficié de la participation de l'Union européenne, du Canada, du Danemark, des Émirats Arabes Unis et des États-Unis.

- De rénover le pilotage des écoles en les autonomisant, notamment pour la recherche de financements extérieurs, en les mettant davantage en réseau par la création de synergies et d'échanges de bonnes pratiques et la constitution de réseaux d'anciens élèves, en y renforçant le soutien à la francophonie.

L'atteinte de ces différents objectifs suppose une forte capacité d'adaptation de la DCSD et une « flexibilité » du réseau et un fonctionnement « en mode projets ». La DCSD sera en effet conduite à fermer et ouvrir un volume de postes équivalent à plus de 10 % de ses effectifs. À cela s'ajoute l'objectif d'accroître l'offre de formation de 40 %, afin d'ajouter 1200 stagiaires aux 3 000 déjà bénéficiaires, chaque année, des cursus longs délivrés par les différente écoles - les stagiaires de formations courtes ou ponctuelles étant environ dix fois plus nombreux. L'atteinte d'un tel objectif nécessitera des financements, des effectifs et des travaux d'infrastructures supplémentaires.

Pour 2024, la DCSD bénéficie, au titre du programme 105, d'une hausse de ses crédits d'intervention de 7 % par rapport à l'an dernier, ce qui les porte à environ 39 M€. Une ENVR coûte un à deux millions d'euros par an, dont 300 000 de fonctionnement assurés par la DCSD elle-même.

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