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B. LES SUJETS D'INQUIÉTUDE

La recherche française accuse, dans de nombreux domaines particulièrement importants (sciences du vivant, technologies de l'information), des retards préoccupants qui sont, cependant, bien identifiés et font l'objet d'un effort de rattrapage substantiel.

En facilitant la participation de chercheurs du secteur public à des créations d'entreprises ou aux activités scientifiques du secteur privé, la loi du 12 juillet 1999 sur l'innovation et la recherche a amélioré la valorisation des travaux de nos laboratoires.

Nos résultats, en terme de brevets, demeurent toutefois insuffisants. Cependant, une implication plus forte de nos entreprises dans les activités de recherche, que tend à encourager le présent projet de loi de finances, pourrait contribuer à améliorer cette situation. En effet, plus que des organismes publics, des entreprises privées, soumises à la concurrence, ont intérêt à valoriser leurs travaux de recherche, à protéger leurs inventions et à en tirer profit par l'exploitation de licences. Les résultats de la recherche privée se diffusent ainsi plus spontanément dans le milieu des entreprises que ceux de la recherche publique.

Dans ces conditions, la situation actuelle de la recherche française, dont votre rapporteur persiste à penser que les structures doivent être réformées, lui inspire deux inquiétudes relatives :

- à la crise des vocations de chercheurs ;

- à l'insuffisance des moyens de calcul de la recherche française.

1. La crise des vocations de chercheurs

Votre rapporteur ne dispose pas des données les plus récentes sur ce sujet, mais le tableau suivant est alarmant, dans la mesure où il révèle une diminution du nombre d'étudiants :

En outre, le nombre d'élèves dans ces disciplines est très inférieur à celui constaté, par exemple, en droit ou en sciences humaines et les effectifs de nouveaux entrants y sont en baisse.

En ce qui concerne les bénéficiaires d'allocations de recherche (thésards), des constatations analogues peuvent être faites : en physique et sciences pour l'ingénieur, en chimie, en biologie, médecine et santé, comme en sciences de la terre et de l'univers, le nombre d'allocataires est en diminution par rapport à 1993. Il augmente, en revanche, dans le domaine des sciences humaines.

2. L'insuffisance des moyens informatiques

Malgré les efforts consentis, le retard de la France en matière de moyens informatiques lourds pour la recherche est en train de s'accroître de façon préoccupante. La nécessité d'une politique nationale d'équipements soutenue et planifiée se fait sentir. Le dispositif national actuel pour la recherche scientifique, structuré lors des années 1990, est fondé sur la complémentarité de trois niveaux d'équipements de puissance croissante en moyens de calcul intensif et stockage de données :

- des équipements mi-lourds dans les laboratoires ;

- une dizaine de centres intermédiaires de calcul régional, mis en place dans les grandes universités permettent une diffusion plus proche des utilisateurs des nouvelles techniques de calcul intensif ;

- deux centres informatiques nationaux, le CINES (Centre informatique national de l'enseignement supérieur à Montpellier) et l'IDRIS (Institut du développement et des ressources en informatique scientifique, unité de service du CNRS à Orsay)25(*), offrent des puissances de calcul et stockage de très haute performance dépassant largement les moyens des centres intermédiaires.

De 2001 à 2002, la demande globale a pratiquement doublé vis-à-vis des deux centres nationaux, alors que l'occupation des machines est déjà de 75 à 80 %.

La faible augmentation en mécanique des fluides et en physique, qui représentaient jusqu'à présent les plus forts taux de croissance, est largement compensée par l'explosion de la demande en biologie, en mathématiques et la forte progression dans les domaines de l'environnement, des milieux réactifs et de la chimie.

Depuis la fin 2002, la France dispose, dans chacun de ces deux centres nationaux, d'une puissance de calcul d'environ 1,5 Teraflop, soit 3 Teraflops au total26(*). Le centre du CEA civil à Bruay-le-Chatel va atteindre la puissance de 5 Teraflops et évoluera rapidement, le plaçant ainsi largement au-dessus des centres nationaux. En puissance de calcul cumulée, la France se situera en 5ème position mondiale, derrière les USA, le Japon, l'Allemagne et l'Angleterre.

En Europe, l'Allemagne dispose du triple, l'Angleterre du double.

Dans le domaine des sciences du vivant, la France ne s'est pas encore dotée, en bioinformatique, d'infrastructures comparables à celles existant, non seulement aux Etats-Unis et au Japon, mais également en Europe (Royaume-Uni, Allemagne, Suisse). Ces pays consacrent à la bioinformatique environ 30 % de leur budget de recherche en sciences génomiques.

INFOBIOGEN, centre national de ressources qui distribue à la communauté scientifique l'accès à des services, reste modeste.

En 2003, pour combler les besoins, le ministère chargé de la recherche a lancé un appel à propositions intitulé « Informatique, mathématiques, Physique en biologie moléculaire », afin d'appréhender les phénomènes du vivant dans leur complexité au niveau moléculaire ou cellulaire.

Notre pays doit poursuivre ses efforts à cet égard s'il veut rester compétitif.

* 25 Le budget de ces centres, hors personnel, est, pour chacun, de l'ordre de 5 millions d'euros.

* 26 La puissance de calcul d'un centre informatique s'évalue en fonction de la puissance de calcul offerte. Actuellement, chaque pays essaie d'offrir des Terafacilities : 1 Teraflop correspondant à mille milliards d'opérations flottantes par seconde.

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