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CONCLUSION

Notre système de recherche est un grand corps aux membres multiples, mais sans tête capable de leur imposer un minimum d'unité. Résultat : il vit dans la dépendance de l'Etat, ou plutôt, d'une dizaine de ministères dont chacun est jaloux de son pré-carré.

Tant il est vrai que dans les nouvelles technologies, le fondamental et l'appliqué, le civil et le militaire, la recherche et le marché ne font qu'un. Toute recherche est désormais duale. La distinction d'hier, tradition bien française, entre le clerc et le profane, le gratuit et l'utile, le savoir pur et le profit, au reste contredit en son temps par la carrière de Pasteur, n'est plus de mise.

La césure, le divorce entre l'université et la recherche nous prive d'une arme qui, partout ailleurs, a fait chaque jour ses preuves. Elle explique le prestige des « Grandes écoles » qui alimentent, presque seules, les cellules de recherche dans l'entreprise privée. Elle réduit d'autant les débouchés auxquels accèdent tout naturellement dans les autres pays les titulaires de titres universitaires.

A la racine de cette coupure qui altère gravement l'image et l'attrait de l'université française à l'étranger, on retrouve deux singularités françaises. La première, c'est l'obligation qui lui a été faite un jour d'accueillir sans sélection préalable et au nom d'un principe d'uniformité mal compris des millions d'étudiants sans vocation ni sanction. Elle a provoqué un déséquilibre entre les deux fonctions d'encadrement/enseignement, d'une part et recherche, d'autre part. Et cela au détriment et de l'une et de l'autre car elles sont appelées à se féconder réciproquement.

Le projet de loi de programmation et d'orientation qui nous est annoncée apportera-t-elle quelques réponses ? Quelles seront les étapes de ce vaste chantier ? L'Agence nationale pour la recherche aura-t-elle la capacité d'orientation, c'est-à-dire le choix qui donnerait un commencement d'unité, de visibilité et une efficacité nouvelle à un corps de recherche tragiquement dispersé ?

Le même impératif s'impose d'ailleurs aujourd'hui à l'Europe. Si, compte tenu du coût croissant des moyens de la recherche, une nation moyenne ne peut plus les affronter seule et ne peut plus ne pas faire des choix, les pays européens devront demain à la fois s'unir et se spécialiser. On le voit d'ores et déjà dans le domaine militaire. C'est dire que le défi est certes financier ; mais il est aussi et sans doute politique.

L'établissement de « pôles d'excellence » annonce-t-il la réconciliation entre organismes publics, universités et entreprises privées dont l'absence génère le gaspillage et l'impuissance ? La naissance de trois ou quatre d'entre eux en 2005 aurait valeur d'exemple et d'entraînement. Pouvons-nous y compter ? Le statut de chercheur sera-t-il à la fois valorisé et assoupli dès lors qu'il sera en même temps sécurisé et intéressé financièrement au résultat de ses travaux ? L'évaluation a posteriori, -non plus comme aujourd'hui et sous l'oeil de Bercy, c'est-à-dire par le résultat- génèrerait une marge accrue de responsabilité et d'autonomie dans la recherche et celle-ci deviendrait alors un terrain privilégié d'application de la LOLF. Mais la route sera longue dans un monde qui a parfois désappris le goût du calcul et le respect du temps. Et pourtant, il faudra oser, sous peine de voir la nation s'épuiser dans des combats prestigieux mais ruineux et sans lendemain.

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