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B. UNE VOLONTÉ DE RESTAURER L'AUTORITÉ DE L'ÉTAT

L'élection en 2002 du président Uribe, tenant d'une politique de fermeté à l'égard des guérillas et du narco-trafic, a marqué une inflexion importante privilégiant le renforcement de l'autorité de l'Etat et l'action directe contre les rebelles. Le « plan Colombia », initié en 2000 puis réorienté par le président Uribe sur des objectifs sécuritaire, incarne cette nouvelle politique fortement soutenue par les Etats-Unis.

1. La politique de « sécurité démocratique » du président Uribe

Candidat libéral dissident se présentant hors du clivage classique entre parti libéral et parti conservateur, Alvaro Uribe a été élu dès le premier tour le 26 mai 2002 sur un programme privilégiant la restauration de la sécurité et de l'autorité de l'Etat dans le respect des libertés, le renforcement de l'efficacité de l'administration et la lutte contre la corruption, ainsi que la libéralisation de l'économie pour réduire la pauvreté et les inégalités. Deux ans et demi après son élection, et malgré une contestation sociale due à sa politique économique, le président Uribe conserve une popularité élevée, confirmant l'impact sur l'opinion de son langage de fermeté et le discrédit de la classe politique traditionnelle. En novembre dernier, la Constitution a été révisée pour permettre la réélection du Président de la république, ce qui permettrait à Alvaro Uribe de solliciter un second mandat de quatre ans en 2006.

La politique de « sécurité démocratique » qu'il a définie et mise en oeuvre repose sur le principe d'un rétablissement de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire national en préalable à la recherche d'une solution négociée du conflit. L'objectif est d'établir un rapport de force plus favorable au gouvernement pour amener les groupes armés à accepter l'ouverture de négociations sous condition d'une cessation des hostilités.

D'importantes mesures ont été prises à cet effet (recrutement de 30 000 soldats professionnels, création de milices rurales, mise en place d'un réseau de surveillance citoyenne d'un million de personnes). En décembre 2003 a été votée une loi antiterroriste donnant aux forces armées des pouvoirs de police judiciaire dans les zones retirées du pays. Ce dispositif, critiqué par certaines organisations non gouvernementales, devait entrer en vigueur en août 2004, mais la Cour constitutionnelle l'a rejeté pour des questions de forme. Une nouvelle version sera prochainement présentée.

Si l'année 2003 a été marquée par une série d'actions violentes des FARC, la politique de fermeté du Président Uribe a obtenu des résultats réels: la violence recule, le nombre d'homicides et d'enlèvements est en diminution, tout comme celui des attaques contre les infrastructures et la sécurité des axes de communication s'est notablement renforcée. Les forces armées et de police bénéficient d'une augmentation continue de leurs moyens et de leur capacité opérationnelle, en particulier en matière de recueil de renseignement ainsi que d'outils de police judiciaire.

L'armée, mieux préparée au combat contre la guérilla, a remporté des victoires significatives. Elle est parvenue à arrêter d'importants dirigeants des FARC, dont leur chef Ricardo Palmera, extradé depuis lors aux Etats-Unis. Une large offensive militaire faisant appel à plus de 15 000 hommes, baptisée « Opération Patriote », a été lancée début 2004 dans le sud du pays, bastion traditionnel des FARC. Bien qu'il soit difficile, faute d'informations précises, d'apprécier les résultats de cette opération, il semblerait que les FARC connaissent depuis quelques mois des problèmes d'approvisionnement et de communications.

Parallèlement, de difficiles négociations sont en cours avec les paramilitaires de l'AUC qui se sont engagés à déposer les armes avant la fin de l'année 2005. Une zone de démobilisation a été officiellement inaugurée le 1er juillet 2004, permettant le lancement des discussions. En ce début d'année 2005, près de 3 000 paramilitaires ont déjà été démobilisés. Cette opération soulève cependant de sérieuses difficultés, du fait de la possibilité d'impunité qu'elle ménage aux intéressés et des mandats d'arrêts pesant sur de nombreux dirigeants impliqués dans le trafic de drogue, comme Salvatore Mancuso dont la justice américaine demande l'extradition.

Toutefois, les FARC manifestent un regain d'activisme en tentant de reprendre le contrôle des zones délaissées par les paramilitaires. Depuis le début de cette année, elles ont mené plusieurs attaques meurtrières contre les forces armées colombiennes.

La proposition gouvernementale faite en août 2004 d'un échange entre une cinquantaine de guérilleros emprisonnés et la soixantaine d'otages politiques séquestrés, dont Ingrid Betancourt, a relancé l'espoir d'aboutir à un accord humanitaire, même si les positions des parties en présence sont encore très éloignées. Le gouvernement refuse en particulier l'octroi de la zone démilitarisée demandée par les FARC pour négocier et réaliser cet échange. Par ailleurs, la relance du dialogue avec l'autre guérilla, l'ELN, pour laquelle le Mexique avait accepté de jouer un rôle de facilitateur, reste actuellement au point mort.

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