LES
CONCLUSIONS DE LA COMMISSION DES LOIS
Après avoir entendu mardi 5 septembre 2006 M. Nicolas
Sarkozy, ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de
l'aménagement du territoire, M. Pascal Clément, garde des
Sceaux, ministre de la justice, M. Xavier Bertrand, ministre de la santé
et des solidarités, M. Brice Hortefeux, ministre
délégué aux collectivités territoriales et M.
Philippe Bas, ministre délégué à la
sécurité sociale, aux personnes âgées, aux personnes
handicapées et à la famille, la commission des lois du
Sénat, réunie le mercredi 6 septembre 2006, sous la
présidence de M. Jean-Jacques Hyest, président, a examiné
sur le rapport de M. Jean-René Lecerf, le projet de loi n° 433
(2005-2006) relatif à la prévention de la délinquance.
Tout en soulignant les progrès accomplis au cours de la
période récente dans la lutte contre la délinquance, le
rapporteur a relevé que celle-ci avait évolué, les
violences non crapuleuses -qui n'ont pas pour objet principal l'accaparement
d'un bien- tendant à progresser fortement. Or, face à ce
phénomène, la réponse ne peut être seulement
policière mais doit aussi comporter un volet social et
éducatif.
Le rapporteur a salué l'effort du projet de loi pour
prendre la mesure de ces transformations en appréhendant la notion de
prévention dans toutes les dimensions. Il a estimé que la
démarche adoptée se caractérisait par son pragmatisme -
apporter des réponses réalistes à des difficultés
concrètes.
Dans cette perspective, il a jugé logique de donner au
maire, au plus près des réalités du terrain, un rôle
essentiel pour animer et coordonner la politique de prévention de la
délinquance.
La commission a approuvé la place dévolue au
maire dans ce domaine ainsi que la priorité accordée par le texte
à la lutte contre la délinquance des mineurs.
Après un large échange de vues, elle a considéré
que les dispositions concernant l'hospitalisation d'office
trouvaient leur place dans ce texte dès lors, d'une part, qu'elles
étaient inspirées par les seules considérations d'ordre
public et portaient principalement sur des aspects de procédure et,
d'autre part, que conformément aux engagements pris par M. Xavier
Bertrand lors de son audition, le 5 septembre dernier, devant les commissions
des Lois et des Affaires sociales, serait engagée une réforme
d'ampleur -et largement attendue- des autres volets de l'hospitalisation sous
contrainte.
La commission a insisté d'une manière
générale sur la nécessité de donner aux acteurs de
la prévention les moyens nécessaires à leur action.
Elle a donc proposé la création d'un
fonds interministériel pour la prévention de la
délinquance (article additionnel après l'article 2)
destinée à regrouper les financements adaptés.
La commission a souhaité, par ailleurs,
renforcer la cohérence du texte en prévoyant de
coordonner le projet de loi avec celui réformant la protection de
l'enfance (articles 6 et 7).
Elle propose d'assouplir certains dispositifs
à travers, notamment, la possibilité d'autoriser le maire
à refuser de désigner un coordonnateur par décision
motivée et de l'autoriser à transmettre au président du
conseil général les informations qui lui sont transmises dans le
cadre du secret partagé (article 5).
S'agissant des violences conjugales, la
commission a observé que le Parlement, à l'initiative du
Sénat et aux termes de débats approfondis et consensuels, venait
d'adopter le 4 avril dernier la loi renforçant la prévention et
la répression des violences au sein du couple et qu'il ne paraissait pas
opportun de revenir sur les positions retenues alors. Elle a donc
supprimé la disposition prévoyant une aggravation
supplémentaire des peines pour violences habituelles estimant que les
niveaux de sanction actuellement prévus devaient être
effectivement prononcés ce qui semblait loin d'être le cas
(article 15). Elle a de même supprimé la mesure relative aux
provocations concernant les infractions d'agressions sexuelles ou commises au
sein du couple en considérant que ces actes tombaient déjà
sous le coup d'incriminations existantes (article 16).
La commission a en outre apporté des garanties
supplémentaires dans plusieurs domaines :
- elle a davantage encadré l'utilisation de
fichiers en particulier celui des personnes placées sous le
régime de l'hospitalisation d'office (article 19) ;
- elle a estimé nécessaire que la mise en
oeuvre d'une procédure accélérée de jugement devant
le tribunal pour enfants ne soit possible que si des investigations sur la
personnalité du mineur ont déjà été
conduites à l'occasion d'une procédure antérieure de moins
d'un an (et non de 18 mois comme le prévoit le projet de loi) (article
38).
Enfin, la commission a conforté et
complété plusieurs des dispositions du projet de loi
:
- en durcissant la législation relative aux chiens
dangereux (article additionnel après l'article 12) ;
- en ouvrant le service volontaire citoyen de la police
nationale aux étrangers non communautaires (article 13) ;
- en réservant la procédure de l'ordonnance
pénale à l'usage simple des stupéfiants, l'usage
aggravé devant continuer de relever de la procédure devant le
tribunal correctionnel (article 46) ;
- en retenant pour la nouvelle procédure de «
présentation immédiate devant le juge des enfants aux fins de
jugement » une désignation plus conforme à la
réalité de ce dispositif, « présentation
immédiate devant le tribunal pour enfants » (article 38) ;
- en rebaptisant les gardes champêtres
« agents de police rurale » (article 46).
La commission a adopté le projet de loi ainsi
modifié.
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